Ken Scott

L’extraordinaire périple de Ken Scott

Ken Scott est allé tourner deux longs métrages à Hollywood après l’immense succès de «Starbuck» (2011). Puis a embarqué dans l’incroyable aventure du tournage de «L’extraordinaire voyage du fakir», qui l’a mené dans quelques pays européens et en Inde. De retour au Québec, l’artiste de 49 ans a pris le temps de s’asseoir avec Le Soleil sur un banc des Plaines d’Abraham pour discuter de cette comédie pur bonheur et «des histoires qu’on a passionnément envie de découvrir».

Q Est-ce que le fait de pouvoir tourner à l’étranger a contribué à la décision de réaliser cette adaptation?

R J’adore voyager pour le travail. Je trouve que c’est une autre façon de découvrir un pays. En travaillant avec les gens de la place, t’as vraiment une autre vision des choses. Et sur un plateau de tournage, c’est toujours une découverte de voir comment les acteurs et les techniciens travaillent. De manière très égoïste, c’est qui fait la richesse du projet : la découverte d’autres cultures. […] C’est difficile de dire non à un projet comme L’extraordinaire voyage du fakir. C’est une comédie qui n’est pas cynique. J’ai envie que les gens sortent du cinéma avec le sourire et quelque chose à discuter.

Q Quand on regarde votre filmographie, dont La grande séduction que vous avez écrit, on sent cette ligne directrice du feel good movie, mais avec une plus-value?

R En lisant le roman [de Romain Puértolas], j’avais l’impression qu’il y avait une cohérence. J’ai tout de suite trouvé qu’il y avait des affinités avec l’auteur. Quand je suis arrivé sur le projet, il y avait déjà une version, mais on m’a invité à collaborer au scénario.

Q Justement, pour une rare fois, ce n’était pas votre scénario. Est-ce qu’il y avait des appréhensions?

R Non. J’avais une grande liberté. Romain était le premier à dire «faisons le meilleur film possible». Dans le roman, par exemple, il y avait beaucoup d’absurde. Pour l’amener au cinéma, j’avais l’impression que ça nous prenait un meilleur ancrage émotionnel avec le personnage [principal et narrateur]. Les 20 premières minutes du film, alors que nous sommes à Bombay, c’est une ligne dans le livre. Mais ça respecte l’esprit. Je trouvais que le spectateur en avait besoin pour avoir envie de suivre ce personnage dans cette odyssée.

Q C’est une odyssée, mais c’est aussi une fausse quête du père, un prétexte au voyage?

R Oui, ça aussi, ce n’était pas dans le roman. C’est une quête initiatique, la recherche de soi. Il fait cette odyssée pour découvrir qui il est. Cette quête du père était une façon de mettre l’histoire en branle.

Q Une histoire qui oppose aussi la pauvreté matérielle à la richesse du cœur?

R Oui! C’est ce que j’ai découvert en Inde, un pays perçu comme pauvre, ils n’aiment pas cette perception d’ailleurs, mais des gens heureux. Quand j’ai commencé mes études en cinéma, il y avait un professeur qui disait que c’était important, pour connaître du succès, d’écrire sur ce qu’on connaît. Sans être capable de le verbaliser, je n’étais pas d’accord. Ce que j’ai découvert [par la suite], c’est qu’il faut écrire des histoires qu’on a passionnément envie de découvrir.

Q Vous avez mentionné vous être inspiré de Being There d’Hal Ashby (1979), d’After Hours de Scorsese (1985) et même de La grande séduction. Je me suis demandé, puisque le film est tourné en partie en Inde, si Slumdog Millionaire (Danny Boyle), Lion (Garth Davis) et The Darjeeling Limited (Wes Anderson) ont aussi été des sources d’inspiration?

R Ce sont évidemment des films que j’ai vus et adorés. Mais quand je cite les autres films comme Being There, je parlais surtout d’un personnage à qui tout arrive, comme Forrest Gump. On a beaucoup d’empathie pour eux. C’était mes références dans la façon d’aborder la construction de mon personnage.

Q On parle de l’Inde depuis tout à l’heure, j’imagine que les scènes chantées sont influencées par Bollywood [le nom donné au très populaire cinéma musical indien, une contraction de Bombay et Hollywood]?

R J’ai vraiment voulu me laisser influencer par chaque culture rencontrée. Le film commence en Inde, j’espère qu’on sent presque les odeurs, les couleurs sont vibrantes… Après, chaque pays amène sa texture. Je voulais que les cultures et les coutumes aient un impact sur l’histoire, sur le personnage et l’auditoire. Pour l’Angleterre, par exemple, je me suis laissé influencé par l’humour anglais. C’est carrément un hommage au Monty Python, quand le commissaire se met à chanter.

Q Au-delà des considérations esthétiques, il y a autre chose qui transpire à l’écran, c’est le plaisir que tout le monde a eu pendant ce tournage. Est-ce que je me trompe?

R Il y a eu beaucoup de plaisir. On a tourné dans tous ces pays [Inde, France, Italie, Belgique], ce fut exigeant. Mais ça s’est fait dans le bonheur. […] J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec Dhanush, un acteur et un danseur formidables. On le voit dans son numéro de danse, une influence bollywoodienne assumée, avec Bérénice Bejo, qui a accepté de se prêter au jeu. La façon dont ils bougent en Inde est complètement différente. Elle a mis six semaines à apprendre la chorégraphie. Lui est arrivé deux jours avant puis il l’avait. Il est extrêmement charismatique et on a le goût de le suivre dans ce voyage.

Gérard Jugnot, Dhanush et Ken Scott sur le plateau de tournage de «L'extraordinaire voyage du fakir».

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UN LANCEMENT DANS 160 PAYS

Il y a une semaine, Ken Scott était en Inde pour le lancement de la bande-annonce de L’extraordinaire voyage du fakir. Là comme ici, et aux États-Unis, sa comédie prendra l’affiche le 21 juin. En tout, pas moins de 160 pays le projetteront — certainement un record pour un réalisateur québécois pour un film non hollywoodien. Et probablement un gage d’un bon succès au box-office.
On n’a aucune idée de la popularité en Inde de Dhanush, l’acteur qui se glisse dans la peau d’Aja, le fakir du titre. Depuis son premier tournage à 18 ans, il a joué dans une trentaine de longs métrages. «C’est une star en Inde.»
Moins de 24 heures après le dévoilement de l’avant-coureuse, elle avait été vue par 1,7 million de personnes. «Nous sommes maintenant à 11 millions, confie Ken Scott, un peu ébahi. C’est des gros chiffres...» Outre Dhanush, Bérénice Bejo, Erin Moriarty, Barkhad Abdi et Sarah-Jeanne Labrosse font partie de la distribution.
Le film prendra l’affiche sur 500 écrans dans ce pays et un autre 500 aux États-Unis, où Scott a tourné sa reprise de Starbuck (2013) et Jet Lag (2015), avec Vince Vaughn, dans les deux cas. Le Royaume-Uni, la Malaisie, Singapour et le Népal font aussi partie de cette sortie simultanée qui survient un an après la France et quelques pays européens.
Une question de coordination, explique le cinéaste, qui a profité de ce moment de pause pour écrire deux scénarios, dont un en français, une adaptation du roman L’homme idéal existe, il est Québécois de Diane Ducret. Si le projet aboutit, la comédie romantique serait tournée en bonne partie dans la région de Québec, confie-t-il. Éric Moreault

L’extraordinaire voyage du fakir prend l’affiche le 21 juin.