Vidocq (Vincent Cassel) doit prendre garde aux manœuvres de Nathael (August Diehl), le cruel chef de la pègre.

L'empereur de Paris: Rififi dans les bas-fonds ***

CRITIQUE / Soyons francs : à moins d’être féru d’histoire, l’intérêt de L’empereur de Paris réside d’abord dans la présence de Vincent Cassel dans le rôle principal. Or, à partir d’un film historique très représentatif du début du règne de Napoléon Bonaparte, Jean-François Richet a réussi à peindre le portrait d’un héros plus grand que nature et proposer un bon divertissement avec de l’action, de l’amour et une intrigue solide.

En entrevue, le célèbre acteur soulignait qu’il ne se fait plus beaucoup de ces superproductions en France. Le genre est risqué. Et un peu usé. Le personnage même d’Eugène-François Vidocq a souvent été porté à l’écran.

Mais il méritait cette nouvelle version tant son histoire (romancée) est incroyable. En 1805, l’«évadé perpétuel» est déjà une légende après s’être échappé du bagne à de multiples reprises. Quelques années plus tard, il tente de se faire oublier en marchand ambulant.

Démasqué et accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, Vidocq propose un marché au chef de la sûreté : rejoindre la police pour combattre les gangs de rue en échange de sa liberté. C’est presque faustien…

Mais Nathael (August Diehl), le cruel chef de la pègre, est résolu à l’écraser. Et l’inspecteur Dubillard (Denis Ménochet), jaloux de ses réussites, aimerait bien le voir échouer… Heureusement, le nouveau «policier» a son équipe, des proscrits et marginaux, pour l’aider.

Vidocq est un personnage est ambigu. Un solitaire qui s’ouvre peu, secrètement ambitieux et ouvertement violent. Mais avec, néanmoins, un désir de justice et de protection des faibles. Ses contradictions sont exprimées par ses hésitations entre Annette (Freya Mavor), modeste et sincère, et la baronne de Giverny (Olga Kurylenko), une intrigante qui pourrait lui permettre d’atteindre son but : la liberté.

Il y a donc à l’avant-plan ce film d’aventures aux nombreuses péripéties, avec ses méchants, les affrontements, la torture, la cruauté… L’empereur de Paris est violent et sale, comme l’époque. Que Richet s’évertue à dépeindre avec le plus de rigueur possible. Alors que Napoléon devient empereur, les rues de Paris sont toutes sauf sécuritaires. La racaille rode et terrorise la population.

Richet a su recréer la lumière de l’époque, sombre, en des tons ocre, et compte sur de superbes décors (réels et non pas numériques). Sa réalisation demeure très classique, un peu trop, même. Mais, bon, il y a plusieurs scènes à grand déploiement, bien exécutées. Et son habileté pour l’action refait surface — il a dirigé le diptyque sur Mesrine (2008) avec Cassel, mais aussi Père de sang (2016) avec Mel Gibson.

Ça se gâche toutefois dans certaines exagérations et une musique grandiloquente qui surligne. C’est agaçant.

Mais on vous le disait au début, L’empereur vaut d’abord et avant tout pour Cassel, qui a le physique de l’emploi. Il compose un Vidocq sombre, résolu, une bête tapie dans l’ombre, toujours prête à bondir.

Autant Vidocq est bien défini, autant les personnages secondaires sont trop typés, même bien interprétés. On pense à Ménochet, mais surtout à Fabrice Luchini, dont la brève apparition en Joseph Fouché, l’intraitable et rusé ministre de la Police, est marquante.

L’empereur de Paris a ses défauts, mais il ne manque pas d’ambition ni de panache pour un divertissement à grande échelle.

Au générique

Cote : ***

Titre : L’empereur de Paris

Genre : Drame

Réalisatrice : Jean-François Richet

Acteurs : Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet, August Diehl

Classement : Général

Durée : 2h

On aime : le rôle physique de Cassel. La reconstitution d’époque. La leçon d’histoire.

AZ Films

On n’aime pas : un récit trop centré sur Vidocq. Une réalisation trop sage.