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Comme Dieu, Marie-de-l’Incarnation (Karen Elkin) est partout dans le film de Denis Boivin.
Comme Dieu, Marie-de-l’Incarnation (Karen Elkin) est partout dans le film de Denis Boivin.

Le Sang du pélican: l’œuvre – trop? – foisonnante de Marie-de-l’Incarnation *** [VIDÉO]

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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CRITIQUE / Le titre du nouveau film de Denis Boivin s’inspire d’une légende chrétienne qui veut que le pélican, lorsqu’il ne réussit pas à pêcher suffisamment de poissons pour ses petits, perce sa poitrine avec son bec pour nourrir de son sang sa progéniture. Même si bon nombre de biologistes démentent cette théorie, le mythe religieux, lui, sied parfaitement au drame biographique de 127 minutes qui retrace l’histoire de Marie-de-l’Incarnation, de sa foi initiale à son héritage, effrité, qui demeure malgré tout.

La plupart des gens qui habitent Québec connaissent l’impasse Marie-Guyart, la rue Marie-de-l’Incarnation ou encore la religieuse, brièvement rencontrée dans un manuel d’histoire il y a quelques années. Peu de personnes conçoivent toutefois l’ampleur de la véritable mission que s’était donnée cette femme, née en 1599 à Tours, en France, qui a accepté de quitter ses racines pour fonder, en 1639, le couvent des Ursulines de Nouvelle-France (aujourd’hui Monastère des Ursulines de Québec).

Voilà où Le Sang du pélican de Denis Boivin prend de l’ampleur, voire une importance particulière dans le paysage culturel québécois : grâce à son aspect informatif.

Loin de faire l’apologie des dogmes chrétiens ou de nier les horreurs commises à l’époque, le réalisateur de Québec braque ses projecteurs sur les motivations mystiques qui ont poussé cette femme à se donner tout entière pour bâtir les fondements de notre société.

Dans le film biographique, Marie-de-l’Incarnation, interprétée par Karen Elkin, vient à la rencontre des «vraies» Ursulines, dont Sr Suzanne Pineau. Pour soutenir celles qui se préparent à quitter définitivement leur couvent et voir le chemin qu’elles ont parcouru depuis sa mort.

Entre les touchantes conversations avec les sœurs et les entretiens avec des historiens ou des théologiens, le spectateur est plongé au cœur de scènes fictives mettant en images la création de ladite communauté chrétienne, le passé de sa fondatrice, sa mission éducative, ses liens avec les Hurons ou encore la royauté.

Oui, on apprend beaucoup choses grâce au Sang du pélican. Peut-être même trop. À vouloir traiter de toutes les facettes de l’histoire de Marie-de-l’Incarnation, la production qui entremêle fiction et réalité, passé et présent, crée une certaine confusion temporelle chez le spectateur.

Menées par l’actrice Karen Elkin elle-même, les entrevues de la portion documentaire posent plusieurs questions : est-ce le fantôme de Marie-de-l’Incarnation qui interview ses homologues contemporaines ou ne serait-ce simplement qu’une rencontre dans les coulisses du tournage? Des interrogations qui donnent libre cours à l’interprétation du public.

Mais Denis Boivin, qui a dédié plus de trente ans de sa vie à la réalisation de ce projet, utilise volontairement ici l’Histoire – soit les scènes fictives – pour expliquer notre époque. Le Sang du pélican se construit ainsi sur ces allers-retours temporels pour mettre en lumière d’où vient le Québec et ce qu’il est aujourd’hui.

Un exercice qui demeure malgré tout fascinant puisqu’il survient à une ère où la province semble couper, voire renier la majorité de ses liens avec son passé religieux.

Le Sang du pélican est présenté au cinéma.

Au générique

Cote : ***

Titre : Le Sang du pélican

Genre : Docufiction

Réalisatrice : Denis Boivin

Acteurs : Karen Elkin, Sr Suzanne Pineau, Marie-Ginette Guay, Perrine Grusson

Durée : 2h07