Les interactions entre Nicole (Laetitia Casta) et Gus (Luc Bruchez) atteignent la cible grâce à leur naturel.

Le milieu de l'horizon: Un été de canicule *** 1/2

CRITIQUE / Il suffit parfois de trois fois rien pour réaliser un très bon film. Prenez «Le milieu de l’horizon», chronique d’un été de canicule à la campagne vu par les yeux d’un ado 13 ans. L’arrivée d’une nouvelle «amie» dans la vie de sa mère va complètement bouleverser l’équilibre familial. Sur ce canevas, Delphine Lehericey peint un récit initiatique original et sensible qui saura toucher le spectateur droit au cœur.

L’adaptation du roman éponyme de Roland Buti se déroule en 1976. Une intense vague de chaleur a des conséquences dévastatrices sur les agriculteurs, dont Jean (Thibault Evrard), le père de Gus (Luc Bruchez), dont l’exploitation se trouve près d’un petit village suisse. Sa mère Nicole (Laetitia Casta) fait du mieux qu’elle peut pour soutenir la famille.

Mais le garçon préfère la ferme buissonnière pour parcourir les routes de campagne sur son dix vitesses (de belles occasions de longs travellings), consulter des revues érotiques dans son refuge secret…

Sauf que les poulets meurent les uns après les autres, victimes de déshydratation, et la sécheresse a aussi raison des champs. Tout le monde est à fleur de peau.

Dans ce contexte, l’apparition de Cécile (Clémence Poésy, la Fleur Delacour de la saga Harry Potter) se veut une véritable bouffée d’air frais. Ça ne durera pas. Le rapprochement entre les deux femmes devient une source de tension palpable.

Jean, homme traditionnel, bout d’une colère sourde. Gus, dépassé par les évènements, fait la gueule à sa mère déchirée.

Laetitia Casta jouait déjà une paysanne dans Facteur Cheval (2019) de Nils Tavernier, mais dans un rôle effacé. Cette fois, celle qui a grandi à la campagne se retrouve à l’avant-plan, dans la peau d’un personnage complexe déchiré entre son amour pour ses enfants et une passion qui la libère de toutes ses entraves. L’actrice n’a jamais été aussi juste et bouleversante, totalement investie dans son rôle.

Ses interactions avec Luc Bruchez, un peu monolithique en ado partagé entre l’enfance et son arrivée à l’orée du monde adulte, atteignent la cible grâce à leur naturel.

Bien que le récit se déroule il y a 44 ans, le propos se veut très contemporain. La canicule prend la forme d’un écho pas si lointain aux changements climatiques. Même chose pour l’émancipation féminine, traitée frontalement dans le désir de Nicole de vivre sa vie. Tout comme les bouleversements du monde agricole, dont les exploitations familiales survivent difficilement au mode industriel (le sujet principal de l’excellent Au nom de la terre, qui doit prendre l’affiche le 17 avril au Québec).

Pour ce troisième long métrage, la réalisation de Delphine Lehericey (Puppy Love) se veut attentive aux moindres détails dans des plans assez longs — ce qui n’est guère surprenant puisqu’elle tourne aussi des documentaires.

La démarche esthétique s’avère conséquente. Pour cet été de fournaise, la cinéaste a adopté un rythme indolent marqué par le bruit de criquets et opté pour la pellicule, qui génère des images granuleuses d’époque. La caméra se retrouve souvent à la hauteur de Gus, un petit voyeur...

Les émotions sont justes, jamais forcées alors que Gus doit composer avec la perte de son innocence et son monde qui s’écroule. Mais la magnifique fin ouverte, placée sous le signe de l’espoir, vient conclure en beauté Le milieu de l’horizon.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Le milieu de l’horizon

Genre : Drame

Réalisatrice : Delphine Lehericey

Acteurs : Laetitia Casta, Luc Bruchez, Clémence Poésy

Classement : Général

Durée : 1h38

On aime : l’approche sensible et originale. La résonnance contemporaine. La justesse de Laetitia Casta. Les émotions jamais forcées. Les thèmes abordés.

On n’aime pas : —