Le film de la semaine: Greta ***

CRITIQUE / Greta est le parfait exemple de ce qui arrive quand un réalisateur talentueux et des acteurs hors pair sont à l’œuvre : même un scénario convenu devient diablement intéressant. Neil Jordan joue toute la gamme hitchcockienne pour nous glacer le sang. Avec une telle efficacité qu’on se laisse prendre au jeu.

Ce suspense a tout du classique film de stalker. Sauf qu’il s’agit d’une harceleuse… Les apparences sont parfois trompeuses. Surtout quand il s’agit, à première vue, d’une excentrique prof de piano française — la Greta du titre interprété avec maestria par Isabelle Huppert — qui a tout d’une veuve très digne.

C’est-ce que croit Frances (Chloë Grace Moretz), lorsqu’elle lui rapporte son sac à main, trouvé dans le métro. La jeune ingénue, qui vient tout juste de s’établir à New York avec son amie Erica (Maika Monroe), se remet à peine de la mort de sa mère.

Greta s’ennuie de sa fille, partie étudier en France. Les deux vont se lier, surtout lorsque Frances aide la sexagénaire à s’acheter un chien pour combattre sa solitude. Mais cette dernière va se faire de plus en plus envahissante, allant jusqu’à harceler la serveuse à son restaurant…

Commence alors un jeu de chatte et de souris dont le spectateur est habilement pris à partie par Neil Jordan, Lion d’or à Venise en 1996 pour Michael Collins. Le vétéran cinéaste connaît toutes les ficelles du métier (ellipses, gros plans, musique anxiogène, hors champ...) et s’en sert habilement pour nous faire accepter sans coup férir ce qui pourrait facilement tomber dans le grotesque.

Il est aidé aussi par Huppert (La pianiste), qui en a vu d’autres en termes de personnages décalés. Elle est tout simplement parfaite en glaciale mythomane manipulatrice, capable des plus petites nuances aux moments importuns.

Dans la peau de la naïve au grand cœur, Moretz (Sils Maria, La rééducation de Cameron Post) ne laisse pas sa place non plus. C’est d’ailleurs la dynamique de leurs échanges qui nous captive au point qu’on sublime les accrocs scénaristiques, voire même les derniers moments, un peu trop tirés par les cheveux. Tout comme la fin ouverte, un clin d’œil au film d’horreur.

Bien qu’ici, Jordan et son coscénariste Ray Wright jouent plutôt la carte du suspense, en suggérant plutôt qu’en montrant, et celle du drame psychologique. Frances, une dépendante affective, pratique l’aveuglement volontaire face à la névrose de Greta parce qu’elle désire ardemment une mère de substitution.

Greta n’a aucune autre prétention que de jouer avec nos nerfs. Et pourvu qu’on décide de jouer le jeu, le film de Jordan produit l’effet escompté. Une recette éprouvée, mais juste assez bien assaisonnée pour la savourer. Surtout dans une salle obscure où on est happé par son élaboration...

Au générique

Cote: ***

Titre: Greta

Genre: Suspense

Réalisateur: Neil Jordan

Acteurs: Chloë Grace Moretz, Isabelle Huppert, Maika Monroe

Classement: 13 ans +

Durée: 1h38

On aime: La dynamique entre les deux actrices. Le talent à l'oeuvre.

On n'aime pas: La recette éprouvée