La carrière d’Edmond (solide Thomas Solivérès) bât de l’aile et il n’a rien écrit depuis deux ans lorsqu'il s'attaque à Cyrano de Bergerac.

Le film de la semaine: Edmond ***

CRITIQUE / Cyrano de Bergerac occupe une place mythique au panthéon de la dramaturgie occidentale. Il aurait été risqué d’en faire une autre adaptation après celle, magnifique, de Jean-Paul Rappeneau (1990). Alexis Michalik emprunte un agréable détour, des circonstances qui ont mené à l’écriture du chef-d’œuvre d’Edmond Rostand. Le réalisateur français mène l’adaptation de sa pièce Edmond avec un panache que n’aurait pas renié Cyrano lui-même.

Précisons d’emblée que sa touchante, drôle et pleine d’esprit comédie dramatique est une fiction. Rostand n’avait pas trois semaines pour écrire et mettre en scène son triangle amoureux (plutôt huit mois).

Michalik a pris beaucoup de libertés avec la petite histoire pour mieux circonscrire son véritable propos : comment naît l’inspiration?

La carrière d’Edmond (solide Thomas Solivérès) bât de l’aile et il n’a rien écrit depuis deux ans lorsque le père de famille s’attelle, à 29 ans, à sa célèbre comédie. Constant Coquelin (Olivier Gourmet) est prêt à lui faire confiance, à condition qu’il lui offre un rôle flamboyant.

Sous pression, Edmond n’arrive à rien et le beau Léo (Tom Leeb) ne lui est d’aucune aide, trop occupé à séduire Jeanne (Lucie Boujenah). La costumière, une romantique, le repousse. Jusqu’à ce qu’un concours de circonstances pousse Edmond à souffler quelques répliques à Léo pour séduire la belle…

Le dramaturge a trouvé sa muse! Se substituant à son ami le séducteur impertinent, le timide va entreprendre une correspondance enflammée (et platonique) qu’il transpose dans l'écriture de Cyrano de Bergerac.

Michalik s’amuse évidemment à jouer avec les frontières entre la réalité et la fiction, tout en flirtant ouvertement avec le vaudeville. Cet amour interdit se déroule en parallèle avec la création de la pièce, qui doit franchir plusieurs obstacles avant de triompher sur les planches.

À son premier long métrage, le réalisateur a su éviter le principal écueil de l’adaptation d’une pièce de théâtre : le manque de rythme.

Il mène tambour battant son récit, sans véritable temps mort, souvent dans le mouvement, jusque dans la fameuse scène du balcon où Edmond se déplace au gré de son inspiration. Le réalisateur n’est pas chiche de travellings et de panoramiques, assez pertinents dans l’ensemble.

À l’inverse, l’utilisation du Bolero de Ravel comme leitmotiv est agaçante, en plus de s’avérer un drôle d’anachronisme — il fut composé 30 ans après Cyrano!

Mais le principal reproche qu’on peut faire à Michalik loge ailleurs : le manque d’émotion. Celle-ci est générée principalement par les scènes de la pièce de Rostand et le film pâlit malheureusement de la comparaison.

Il peut heureusement compter sur la prestation digne de mention d’Olivier Gourmet, aussi solide en Coquelin insouciant et bohème qu’émouvant dans la peau de Cyrano sur scène.

Olivier Gourmet est aussi solide en Coquelin insouciant et bohème qu’émouvant dans la peau de Cyrano sur scène.

L’entreprise de démystification que mène Michalik ne dessert pas Cyrano de Bergerac, au contraire. Film populaire, et assumé comme tel, Edmond procure un véritable plaisir, qu’on soit familier ou non avec la célèbre pièce.

Et je vous rassure : oui, on assiste à la célèbre tirade du nez...

Au générique

Cote : ***

Titre : Edmond

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Alexis Michalik

Acteurs : Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Tom Leeb, Lucie Boujenah

Classement : Général

Durée : 1h50

On aime : la truculence du récit. Le rythme enlevant. L’évocation de la genèse de Cyrano. Un humour assez fin.

On n’aime pas : le manque d’émotion.