Frédéric (Sylvio Arriola), professeur de philosophie, devant sa classe de collégiens peu enclins à entendre parler de choses de l’esprit.

Le coupable: quand Kant rencontre Fugueuse ** 1/2

«C’est être misérable que de se connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.» D’entrée de jeu, cette déclaration de Pascal donne le ton du long-métrage «Le coupable». Chose rare au cinéma québécois, le troisième film d’Onur Karaman jongle avec de grandes questions philosophiques dans le but assumé d’éclairer les comportements de ses personnages, réunis à divers degrés autour d’une histoire de prostitution juvénile. Quand Kant rencontre «Fugueuse»…

Le coupable s’ouvre sur une scène où la jeune Cassandre (Camille Massicotte) est l’objet d’une vile manipulation et d’un chantage émotif de la part de son chum proxénète (Solo Fugère). À la maison, la relation avec sa mère (Isabelle Guérard), en couple avec un nouveau conjoint, n’est pas au beau fixe. L’adolescente ne veut rien savoir de son beau-père (Francis Martineau).

Au parcours chaotique de Cassandre se greffe le récit d’un professeur de philosophie au cégep (Sylvio Arriola) qui cherche à ouvrir ses ouailles aux choses de l’esprit et à les mettre en contact avec leur moi profond. Les sujets ne manquent pas : la morale et l’éthique, la culpabilité, la finalité de la vie, la différence entre légalité et légitimité. La tâche n’est pas facile. Un seul étudiant fait écho à ses propos, le plus souvent pour exprimer son incompréhension. «C’est un cours de philo, c’est fait pour rendre le monde fou...»

L’allégorie empruntera une tournure inattendue lorsque l’enseignant se liera d’affection avec la mère de Cassandre, concierge à son établissement, de plus en plus inquiète du comportement de sa fille.

Force est de reconnaître l’audace de Karaman à offrir une œuvre construites autour des grandes questions existentielles, sauf que l’approche confinée, dans une classe où le dynamisme professoral fait cruellement défaut, finit par agacer.

Une approche moins rigide aurait aussi contribuer à lubrifier un scénario bancal, particulièrement dans sa façon parfois maladroite de rendre ces multiples cas de conscience qui, en bout de piste, finiront par se rejoindre dans une scène finale qui jette un éclairage inattendu sur la signification du titre.

Il en résulte un drame porteur de réflexions intéressantes, mais auquel il manque une âme véritable.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Le coupable

Genre : drame psychologique

Réalisateur : Onur Karaman

Acteurs : Sylvio Arriola, Isabelle Guérard, Camille Massicotte et Solo Fugère

Classement : Général

Durée : 1h17

On aime : l’audace de parler philosophie au grand écran, le jeu inspiré de l’adolescente et de sa mère

On n’aime pas : le jeu monocorde du professeur, les parenthèses fantasmagoriques