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À défaut de public, les Cowboys Fringants jouent souvent en cercle, ajoutant une dimension intime aux prestations enregistrées.
À défaut de public, les Cowboys Fringants jouent souvent en cercle, ajoutant une dimension intime aux prestations enregistrées.

L’Amérique pleure – le film: l’intensité du vide ***

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
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CRITIQUE / Des plans fixes sur la spectaculaire nature québécoise ouvrent ce road film des Cowboys Fringants qui nous emmène en tournée aux quatre coins de la province. Seuls les musiciens sont mis en scène dans ces paysages qui évoluent, passant du magnifique panorama du rocher Percé au spectacle d’une station-service abandonnée.

Sans présence humaine, la nature apparaît grandiose alors que nos infrastructures ont moins fière allure. Elles conservent pourtant un charme nostalgique qui épouse de façon authentique la musique de la formation québécoise. Des prises de vue efficaces, certaines par drone, et une qualité d’image remarquable (4K) mettent en valeur l’aspect grandiose de la nature, et poétisent même les constructions humaines délabrées et esseulées.

Des prises de vue efficaces, certaines par drone, et une qualité d’image remarquable (4K) mettent en valeur l’aspect grandiose de la nature.

Plus le visionnement avance, plus l’empreinte de l’humanité occupe une grande place dans les lieux vides qui accueillent la prose parlée et chantée par le charismatique Karl Tremblay et ses comparses. Fidèles à leur style, les artistes semblent à l’aise, sans prétention, et une forte camaraderie se dégage de la production.

En plus de L’Amérique pleure, titre à succès de leur dixième album Les Antipodes paru en 2019, qui ouvre et clôt le film, celui-ci comprend également des classiques qui ont fait la popularité du groupe. Étoile filante, En berne et Toune d’automne figurent parmi les 16 morceaux interprétés. On ne peut qu’apprécier l’agencement minutieux des textes avec les paysages captés, qui rehausse la charge émotive de l’ensemble.

À défaut de public, les artistes jouent souvent en cercle, comme autour d’un feu de camp, ajoutant une dimension intime aux prestations enregistrées dans des lieux qui évoquent le road trip: camping, cantine, motel, roulotte et station-service sont autant de scènes utilisées durant cette tournée sans admirateurs.

Notamment, après l’interprétation de L’hiver approche au bord d’une roulotte, les grondements d’une chute et de rivières remplacent avec brio les applaudissements de la foule.

Le film poétise même les constructions humaines délabrées et esseulées.

Au fil de leur dynamique carrière de plus de 20 ans, on a maintes fois pu constater la puissance émanant de l’échange d’énergie entre Les Cowboys Fringants et leur public. Cette fois, c’est le vide et l’absence de ce public qui donne l’intensité aux compositions.

Ces rues et bâtiments abandonnés ne sont pas sans rappeler des scènes qui ont marqué l’imaginaire des Québécois lors des premiers confinements de 2020. Des lieux grouillants de vie sont devenus soudainement déserts. Ce vide rempli d’appréhension, Les Cowboys Fringants ont su l’utiliser pour faire résonner leurs chansons engagées. Difficile de rester de marbre en entendant les paroles presque prophétiques de Plus rien, chantées au milieu d’un vaste champ dont l’immensité étourdissante fait paraître les artistes petits et fragiles comme des mouches.

«Les gens ont dû se battre contre les pandémies/Décimés par millions par d’atroces maladies/Puis les autres sont morts par la soif ou la faim/Comme tombent les mouches, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien» - Extrait de Plus rien, La Grand-Messe (2004), Les Cowboys Fringants.

L’Amérique pleure est présenté au cinéma

Au générique

Cote : ***

Titre : L’Amérique pleure – le film

Genre : Documentaire

Réalisateur : Louis-Philippe Eno

Capture d’écran

Acteurs/musiciens : Les Cowboys Fringants (Jérôme Dupras, Marie-Annick Lépine, Jean-François Pauzé, Karl Tremblay)

Durée : 1h20