Mariloup Wolfe est tombé en amour avec «Jouliks», pour de multiples raisons, dès la lecture du scénario.

La passion de Mariloup Wolfe

Lorsque Mariloup Wolfe a lu le scénario de «Jouliks», l’actrice et réalisatrice est tombée en amour. D’aplomb. Au point de harceler — façon de parler — la productrice dont le choix s’était arrêté sur un autre cinéaste. Quand celui-ci s’est désisté, la femme de 41 ans s’y est investie à fond. Dix ans après son premier film, elle avait des choses à prouver. Et une passion à transmettre envers une œuvre bouleversante sur l’amour fou, la liberté, l’hyperlucidité de l’enfance et la banalité du tragique.

Les pieds dans le vide (2009) ressemble à un très lointain souvenir. Mais, quand même, une décennie d’écart? Qu’est-ce qui a bien su passer? «La vie», avance simplement Mariloup Wolfe, rejointe au lendemain de la première québécoise de Jouliks.

Va pour la réponse courte. La plus longue déboule ensuite : les deux enfants, les quatre saisons d’Unité 9 dans la peau d’Agathe Boisbriand, et les réalisations télé de 30 vies, (mouvementée) de Ruptures, d’Hubert et Fanny… «Des projets de cinéma, j’en avais en chantier, mais on dirait que ce n’était pas une priorité. Je me disais : l’année prochaine. Et j’ai eu la chance qu’on me propose plein de projets de réalisation : j’étais comblée. Et j’ai eu l’impression d’avoir fait un saut de géant.»

Ces heures accumulées et la pression de tourner rapidement ont payé : son coffre d’outils était bien rempli pour Jouliks. «J’étais moins stressé. Techniquement, il n’y a plus rien qui me fait peur. Il y a toujours des défis», mais la cinéaste était sûre de pouvoir proposer les bonnes solutions. Et d’avoir le temps pour les appliquer. «Chaque scène, je peux y penser, la peaufiner, c’est complètement différent.»

Avec en amont, une préparation minutieuse pour recréer l’esthétique du milieu des années 1970, «tout en étant intemporelle», et une attention à chaque détail : costumes, accessoires, lumière… Dans ce décor criant de vérité sont plantés les élections libres Zak et Véra, fin de la vingtaine, qui vivent une passion dévorante sous les yeux de leur fille Yanna, sept ans, alors que gronde l’orage à l’horizon. Cette vie loin des convenances et des idées reçues déplait à certains...

Comme dans la pièce de Marie-Christine Lê-Huu, qui signe le scénario, Mariloup a adopté le point de vue de la fillette — toujours à la recherche «de ce qu’elle vit, de ce qu’elle ressent». Une mission facilitée, estime-t-elle, par le fait qu’elle ressemble à la Mariloup d’aujourd’hui (mais pas à celle de l’enfance). Trouver son interprète n’a tout de même pas été de la tarte.

Pas moins de 230 candidates. «Mais il fallait beaucoup de qualités : bilingue, rebelle au regard habité parce qu’il y a beaucoup de non-dits. À sept ans, tu ne composes pas un personnage!» Lilou Roy-Lanouette, pour une première fois à l’écran, incarne cette authenticité.

La réalisatrice désirait aussi cette fraîcheur pour ses parents. Mariloup Wolfe a délibérément choisi des visages moins connus, ceux de Jeanne Roux-Côté (Cheval Serpent) et Andrés Trelles-Turgeon (Le torrent). «Ça servait l’histoire puisqu’on voit les personnages, pas les acteurs. […] Ce couple, on y croit!» lance-t-elle en ajoutant qu’il lui importe aussi de faire découvrir de nouveaux talents. Mission accomplie!

Mariloup a choisi à dessin des visages moins connus pour ses personnages: Andrés Trelles-Turgeon, Lilou Roy-Lanouette et Jeanne Roux-Côté.

«J’ai été ébranlée»

On parle, on jase, et malgré la journée d’entrevues qui précède notre entretien, l’enthousiasme — contagieux — de Mariloup Wolfe pour Jouliks ne se dément pas. Il était présent dès le départ : elle a «tout» aimé. À la première lecture, «j’ai été ébranlée». Même les larmes se sont invitées aux lectures subséquentes. «Chaque phrase avait ses textures. […] Ça me faisait rêver et voir tout de suite le film dans ma tête.»

La richesse des personnages l’ont séduite et les thèmes abordés par la dramaturge lui ont fait forte impression. La passion : «Est-ce qu’on aime mieux être avec quelqu’un de plus sage qui ne nous rend pas nécessairement follement amoureuse ou la passion qui nous rend parfois malheureuse?» L’éducation : «La confrontation des valeurs : est-ce mieux l’éducation plus libre axée sur la vie ou la traditionnelle?»

Le choc des cultures, il est Rom, elle est Québécoise, sert de moteur narratif, tout en explorant les questions identitaires. «Est-ce que dans ta culture tu peux faire des concessions au point de renier qui tu es totalement? Est-ce que tu peux être heureux en faisant autant de concessions? La liberté c’est jusqu’où? Et la liberté de qui?»

Cette «marginalité» du couple l’attirait, tant pour ce qu’elle incarne que sur le plan artistique : «Je pouvais créer tout un monde.»

Et elle ne s’en est pas privée. «Je pouvais exprimer cette liberté.» Qui s’incarne, entre autres, par les portes toutes grandes ouvertes de la maison brinquebalante que la famille habite, un défi technique considérable sur le plan de l’éclairage.

«J’avais aussi envie d’un film “léché” où chaque détail est important, autant que d’un aspect trash avec des matériaux bruts, du métal rouillé, du bois, la tapisserie défaite, la peinture écaillée…

À l’image de ce long métrage «dur, mais aussi lumineux et doux».

De toute évidence, Mariloup Wolfe jubile à l’idée d’avoir réussi à se réinventer comme réalisatrice. Et le désir cinématographique s’avère intense. Attelée à développer un nouveau projet, «je travaille fort pour que ça ne prenne pas un autre dix ans!»

Jouliks sera l’affiche le 1er novembre.