Le cinéaste français François Ozon après avoir reçu le Grand prix du jury à la Berlinale, deuxième prix majeur après l’Ours d’or, samedi.

La cour refuse de suspendre la sortie de «Grâce à Dieu» d’Ozon

PARIS — Un juge a refusé lundi de suspendre la sortie mercredi dans les cinémas français du plus récent film de François Ozon, basé sur une affaire présumée de pédophilie dans l’Église catholique, dont l’accusé n’a pas encore été jugé.

Grâce à Dieu a remporté samedi l’Ours d’argent au Festival du film de Berlin. Le film relate le combat de victimes du prêtre français Bernard Preynat, accusé d’avoir agressé sexuellement des dizaines de garçons dans les années 80 et 90. Les avocats du père Preynat ont vainement plaidé que le film décrivait les accusations comme des faits avérés, et que sa sortie en salle, avant le procès, devait être suspendue, car l’œuvre ne respectait pas la présomption d’innocence.

Selon son avocat, le juge a estimé lundi qu’un avis dans le film indiquant que «toute personne est présumée innocente jusqu’à preuve du contraire» suffisait pour garantir les droits de l’accusé. L’avocat soutient toutefois qu’un avis de deux secondes ne peut effacer deux heures d’inculpation.

Les victimes accusent Barbarin

Les victimes ont par ailleurs accusé le cardinal Philippe Barbarin, devenu archevêque de Lyon en 2002, d’avoir permis à Preynat de continuer à servir en tant que prêtre et d’avoir des contacts avec des enfants malgré des années de rumeurs. Barbarin, 68 ans, a subi son procès le mois dernier et il a soutenu avoir été injustement accusé; un verdict est attendu le 7 mars.

Le titre du film d’Ozon est inspiré d’une conférence de presse tenue à Lourdes en 2016 lorsque Mgr Barbarin, interrogé par les journalistes sur les agressions commises par Preynat, avait déclaré : «La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits, mais certains peut-être pas.»

La sortie au Québec de Grâce à Dieu est annoncée pour le 5 avril.