Le petit univers de Juliette (Alexane Jamieson), à l'extrême droite, va être bouleversé lorsqu'elle va s'enticher de Liam (Antoine Desrochers), le meilleur ami de son frère aîné...

Jeune Juliette: La vie ne vire pas toujours au drame *** 1/2

CRITIQUE / «Jeune Juliette» marque une rupture de ton dans l’œuvre d’Anne Émond. La réalisatrice des «Êtres chers» délaisse les drames torturés, mais pas son habituelle sensibilité, pour cette comédie légère et pétillante, en partie autobiographique, qui raconte le dernier mois du deuxième secondaire d’une ado en surpoids qui prend ses rêves pour la réalité. Un film attendrissant qui démontre que la vie ne vire pas toujours au drame...

Victime d’intimidation, la jeune Juliette (Alexane Jamieson) du titre ne s’en fait pas outre mesure. Elle s’amuse, avec sa meilleure amie Léanne (Léanne Désilets), à mépriser ceux qui vivent mal avec la différence. L’amour de son père Bernard (Robin Aubert) et de son frère Pierre-Luc (Christophe Levac), qui doit bientôt déménager à Montréal pour son cégep, forme un cocon protecteur à la maison.

Jusqu’à ce que la jeune romantique à l’imaginaire débridé s’entiche de Liam (Antoine Desrochers), le meilleur ami de son frère... Sa tocade d’adolescence va bouleverser l’ordre établi en mettant à mal son amitié avec Léanne et sa relation avec Arnaud (Gabriel Beaudet), un asperger avec douance de 12 ans qu’elle «garde» de temps à autre. Soudainement, Juliette étouffe dans sa banlieue moyenne beige...

Le récit initiatique d’Anne Émond se distingue en traitant de diversité et de tolérance, des thèmes habituellement chargés, avec beaucoup d’esprit, d’une part, et parce qu’elle s’attarde à un âge plus proche de la sortie de l’enfance (un peu comme Une colonie) que de l’adolescence, d’autre part.

Parce que des coming of age, il y a en eu un puis un autre ces dernières années au cinéma québécois (Avant qu’on explose, Genèse, etc.). Celui de la cinéaste québécoise ne devrait pas avoir à en souffrir et à être victime d’un effet de lassitude.

Car son quatrième long métrage est le plus accessible, tant sur le fond que la forme. Anne Émond n’a pas cherché midi à quatorze heures pour sa mise en scène dépouillée, misant sur la vitalité de ses jeunes actrices et ses dialogues plein d’esprit (les répliques sonnent «vraies», contrairement à plusieurs films du genre).

Il s’agit de son film le plus personnel, même si Juliette n’est qu’en partie son alter ego. Ce qui peut expliquer le soin apporté, avec beaucoup d’amour, à l’enrobage. Notamment à la musique pop signée Vincent Roberge (alias Les Louanges) et à la trame sonore éclectique, de Mercury Rev à Alabama Shakes en passant par Blondie — chaque chanson reflétant un état d’esprit de Juliette. Je l’ai déjà écrit, mais il y a une touche semblable à celle de Jean-Marc Vallée.

La réalisatrice s’est aussi amusée à recréer l’esprit des films qui ont marqué son adolescence (surtout Karaté Kid et Ferris Bueller) : écrans séparés, écriture rouge à l’écran, etc. Ces clins d’œil sont parfois un peu abusif, mais pas assez pour devenir lassant.

Il manque un petit je-ne-sais-quoi à ce long métrage pour devenir un classique. Mais retenons que ce beau petit film ne s’appelle pas Jeune Juliette pour rien. Tout le récit tourne autour de cette anti-héroïne parfois exaspérante, mais toujours attachante.

Chapeau d’ailleurs à Alexane Jamieson dans un rôle pas évident sur l’apparence physique. Son interprétation incarnée et sensible lui vaudra certainement une nomination au Gala Québec cinéma pour la Révélation de l’année.

Raison de plus pour voir ce film qui fait du bien.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Jeune Juliette

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Anne Émond

Acteurs : Alexane Jamieson, Léanne Désilets, Antoine Desrochers, Robin Aubert.

Classement : Général

Durée : 1h37

On aime : le ton humoristique. L’interprétation d’Alexane Jamieson. La sensibilité de l’écriture. Des personnages «réels».

On n’aime pas : un petit manque de profondeur. Un angle pas assez original du récit initiatique.