Jeanne se penche sur les événements qui précèdent la condamnation de Jeanne d'Arc au bucher.
Jeanne se penche sur les événements qui précèdent la condamnation de Jeanne d'Arc au bucher.

Jeanne: une approche radicale de la Pucelle d’Orléans ***

CRITIQUE / Bruno Dumont est certainement l’un des cinéastes les plus désarçonnants des 40 dernières années. Parfois capable de génie, mais aussi de spectaculaires dérapages. Jeanne, présenté dans la section Un certain regard à Cannes 2019, vient compléter le diptyque sur la vie de Jeanne d’Arc amorcé par un film sur son enfance en 2017. Comme souvent chez le réalisateur français, l’approche s’avère assez radicale.

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc avait défrisé beaucoup de gens puisqu’il s’agissait d’une comédie musicale «électro pop-rock» assez déconcertante, merci. Comme d’habitude, Dumont a désiré changer de registre, tout en conservant la même actrice dans le rôle principal (Lise Leplat Prudhomme).

Jeanne se veut donc une reconstitution dépouillée, théâtrale, loin du faste et du clinquant des films d’époque habituels. Il y a de la musique, oui, mais seule la Pucelle d’Orléans l’entend (il s’agit, en réalité, de chansons interprétées par Christophe, décédé en avril dernier, qui surplombe de longs plans contemplatifs de la combattante).

Pour mémoire, au début du XVe siècle, la fille d’origine paysanne s’est donné comme mission de délivrer la France de l’occupation anglaise. Nous sommes en 1429. Jeanne libère la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite. Elle sera ensuite trahie, capturée puis citée à procès.

Dans Jeanne, le scénario de Dumont, d’après les œuvres Jeanne d’Arc (1897) et Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910) de Charles Péguy, se penche sur ces événements qui précèdent sa condamnation au bucher, consacrant de longs moments au procès mené par Monseigneur Pierre Cauchon.

Ce dernier est interprété par Jean-François Causeret, un acteur amateur comme l’ensemble de la distribution, mis à part Fabrice Luchini qui apparait dans le rôle du roi Charles VII. Le jeu est parfois plus qu’approximatif, pour rester poli. On aime ou pas…

De la même façon, Dumont fait peu de cas du «décor» de la réalité historique et les anachronismes pullulent — l’actrice qui joue Jeanne a dix ans... Le siège de Paris est filmé dans les dunes du Nord (proche de Calais) et une partie de l’action se déroule dans un ancien bunker (!). Le propos est ailleurs.

Toujours aussi fasciné par le sacré, le réalisateur de La vie de Jésus a préconisé une quête de la foi qui épouse le rythme de l’époque — et en vieux français. C’est leeeeeeeent, mais pas inintéressant. Pourvu qu’on soit prêt à s’investir.

Certains détestent — je me souviens qu’à ma projection à Cannes, la moitié de la salle est partie avant la fin (je suis resté… un petit fond masochiste, j’imagine). Il a pourtant décroché une mention spéciale du jury Un certain regard ainsi que le prix Louis-Delluc 2019, le «Goncourt du cinéma» en France.

Comme j’écrivais plus haut : il y a des moments de génie dans ce film. Qui m’a néanmoins exaspéré à quelques reprises…

Jeanne est disponible sur la plate-forme du Cinéma Moderne.

Au générique

Cote : ***

Titre : Jeanne

Genre : Drame historique

Réalisateur : Bruno Dumont

Acteurs : Lise Leplat Prudhomme, Jean-François Causeret

Durée : 2h18