Jean-Paul Rouve (À droite)

Jean-Paul Rouve: au coeur d'une fratrie désaccordée

Jean-Paul Rouve a fait son apparition dans le paysage cinématographique français au milieu des années 90, dans la troupe comique des Robins des Bois, avec Marina Foïs et Pierre-François Martin-­Laval. Quelques années plus tard, en 2003, il remporte le César du meilleur jeune espoir masculin pour son rôle d’écrivain collabo dans Monsieur Batignole. La table était mise pour une carrière bien remplie, qui court maintenant sur une trentaine d’années, autant devant (Karnaval, Podium, Poupoupidou) que derrière la caméra (Quand je serai petit, Les souvenirs).

Coscénarisé avec le romancier David Foenkinos (comme ce fut le cas pour Les souvenirs, en 2014), son dernier film, Lola et ses frères, permet à l’acteur réalisateur de 51 ans d’aborder le thème universel de la famille, à travers les déconvenues sentimentales d’une fratrie formée de Lola (Ludivine Sagnier) et de ses deux grands frères, Benoît (Rouve) et Pierre (José Garcia). 

Entre embrouilles, conflits personnels et crêpages de chignons, tout devrait éloigner les membres de ce trio désaccordé, mais c’est sans compter un attachement profond qui les unit et qui pousse chacun d’eux à appuyer l’autre lorsque survient un coup dur. Des visites régulières au cimetière, sur la tombe de leurs parents, leur permettent de se réconcilier et de faire front commun devant les coups bas du destin.

«Il y a des liens indéfectibles entre eux. Il y a toujours ce lien inconscient qui vole au-dessus des personnages», explique Jean-Paul Rouve, en entrevue téléphonique depuis Paris, à la veille de son départ pour le plateau de tournage du prochain film d’Éric Barbier, au Rwanda.

Ironiquement, Jean-Paul Rouve est fils unique, mais l’idée de Lola et ses frères ne vient pas d’une quelconque lacune dans sa vie, se défend-il. «Ça ne m’a pas manqué du tout [de ne pas avoir de frères et sœurs]. Ça m’amusait seulement d’écrire sur les relations dans une famille. David [Foenkinos] et moi avons la même façon de nous intéresser aux petites choses de la vie. On est assez en phase quand on écrit.»

Dans cette chronique familiale empreinte de tendresse et de légèreté, le réalisateur se donne le rôle de l’aîné du clan, un opticien qui éprouve du mal à composer avec les lacunes de sa personnalité. Marié deux fois, il accueille la nouvelle de la venue d’un enfant avec sa troisième épouse avec une grande immaturité.

«Il est très égoïste et replié sur lui-même, poursuit Rouve. Il a créé son petit monde et le moindre petit grain de sable dans son univers le dérange. Il est un homme avec des préoccupations d’adolescent. Je trouvais intéressant de jouer ce genre de personnage, qui est à la fois l’aîné et, en même temps, le plus jeune au plan psychologique.»

La cadette, Lola, la «petite sœur» des deux autres, joue à sa façon le rôle de la mère. «C’est elle qui tient la barque», souligne Rouve au sujet de cette avocate qui, après avoir réglé son divorce, s’éprend éperdument d’un de ses clients.

Mec plein de pudeur

Le personnage défendu par José Garcia montre aussi des failles. Archétype de l’homme qui dissimule ses sentiments et ses déconvenues financières et sentimentales à son entourage (dont son fils), Pierre voit sa vie s’effondrer, à l’image de ces immeubles qu’il détruit à titre d’expert en démolition (ce qui donne lieu à une scène d’ouverture explosive, tournée en vrai, sans effets spéciaux).

«C’est un mec plein de pudeur, qui ne veut pas emmerder les autres. Il ne veut pas déranger, mais finalement, il va craquer et s’ouvrir aux autres», résume le réalisateur pour qui le métier de ses personnages s’avère d’une grande importance pour construire leur profil.

Et lorsque le public se reconnaît dans ceux-ci, c’est la cerise sur le sundae. «Les gens me disent souvent qu’ils ont l’impression que ces personnages existent, qu’ils se retrouvent en eux. Ça les renvoie à des choses de leur vie, et ça me touche. C’est notre but, à David et à moi, que l’histoire soit la plus crédible possible pour que le public puisse se reconnaître.»

Lola et ses frères prend l’affiche le 25 janvier.