Flashwood: adultes en devenir ****

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
CRITIQUE / Jean-Carl Boucher, acteur et réalisateur de plusieurs courts métrages, a récemment présenté Flashwood, son tout premier film au grand écran. Avec un tournage qui s’est échelonné sur sept ans, le cinéaste offre au public un regard étudié, fin et étonnamment réaliste sur le passage de jeunes adolescents à l’âge adulte.

En hommage à Boisbriand, Jean-Carl Boucher campe Flashwood dans une banlieue tranquille, neutre et universelle.

Dès le début du film, le spectateur est placé en position d’observateur. On découvre peu à peu l’histoire de Luc (Pier-Luc Funk), Hugo (Antoine Desrochers), Louis (Simon Pigeon), Ti-Max (Maxime Desjardins-Tremblay), Chris (Laurent-Christophe de Ruelle), Camille (Karelle Tremblay) et plusieurs autres. Sans but ni direction particulière, à l’image de ses personnages, Flashwood, qu’on pourrait qualifier de docu-fiction, illustre simplement, sans fioriture, le quotidien des adolescents qui, à force d’errer à pied ou à vélo dans les rues de banlieues moroses, se saoulent, se droguent, s’aiment et s’insultent sans trop savoir pourquoi.

Loin de la contemplation, de l’introspection et du «film québécois cliché, froid et déprimant» — comme certains aiment le qualifier —, la caméra de Jean-Carl Boucher guide de façon très claire notre regard sur la détresse, les questions existentielles et le manque de sens dans la vie de ces adultes en devenir.

Avec un scénario parsemé de petites perles et de l’humour réel qui rassemble la bande d’amis autour du film, Jean-Carl Boucher capture en image une période de la jeunesse qu’on a rarement vue aussi vraie sur nos grands écrans. La docu-fiction illustre également de façon très précise et sans jugement la vie des banlieusards, souvent utilisés comme tête de Turc au cinéma et à la télévision.

En décidant, cinq ans après le début du tournage, de replonger dans l’univers de Flashwood, Jean-Carl Boucher offre un rare cadeau aux spectateurs qui ont l’occasion de voir littéralement grandir les personnages sous leurs yeux. L’évolution physique des acteurs accentue le réalisme du film ainsi que l’aspect documentaire si cher au réalisateur. Lors du tournage, ce dernier a d’ailleurs laissé une grande liberté d’improvisation à ses interprètes, une confiance payante puisque le jeu des acteurs, confondant, transperce l’écran.

Si leurs baby faces s’amenuisent, les comédiens eux-mêmes se perfectionnent devant les yeux des spectateurs. Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers, Karelle Tremblay et leurs collègues jouent avec justesse, sous la caméra attentive du réalisateur, ces moments où les questions existentielles refont surface sans prévenir. Ils recréent ces quelques secondes où, enivrés par l’alcool, le plaisir bascule subitement pour laisser sa place au manque de sens qui ronge les jeunes… et les moins jeunes.

Il est certain que ce film, qui prend à bien des moments un air de miroir, fera vivre une expérience de visionnement «confrontante», voire désagréable à quelques spectateurs. Or, comme le disait récemment Antoine Desrochers en entrevue au Soleil, «le cinéma, ce n’est pas toujours agréable». S’il est souvent utilisé pour divertir, le cinéma sert aussi, dans bien des cas, à réfléchir.

Pour la richesse de sa distribution et la qualité de sa réalisation, Flashwood est un film à voir et à revoir.

Au générique 

Cote: **** 

Titre: Flashwood 

Genre: chronique 

Réalisateur: Jean-Carl Boucher 

Acteurs: Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers, Simon Pigeon 

Durée: 1h32