Molly Patel (Mindy Kaling) et Katherine Newburry (Emma Thompson) développent une relation employée et patronne dans «Fin de soirée».

Fin de soirée: N’éteignez pas votre appareil... ***

Il y a deux façons d’aborder «Fin de soirée» («Late Night»). Soit le spectateur accepte de regarder une comédie légère, bien jouée et agréable, sur le milieu extrêmement compétitif des émissions de fin de soirée à la télévision. Soit il constate que malgré les qualités évidentes du long métrage, dont la remarquable interprétation d’Emma Thompson, Nisha Ganatra a manqué une belle chance de creuser des thèmes porteurs en se contentant d’en effleurer la surface.

Le film reprend le même prétexte que Network (1976), formidable satire de Sydney Lumet, gagnant de quatre Oscars, dont celui du meilleur scénario. On a simplement remplacé le chef d’antenne du bulletin de nouvelles par une populaire animatrice d’un talk-show depuis 28 ans. Autre temps, autres mœurs!

À 56 ans, la légendaire Katherine Newburry (Thompson) doit bientôt céder son siège, en raison de cotes d’écoute à la baisse depuis 10 ans. Il faudra toutefois lui passer sur le corps. La candide Molly Patel (Mindy Kaling, connue surtout pour son rôle dans The Office), nouvelle venue dans l’équipe d’auteurs, sera une précieuse alliée dans son combat contre la directrice de la chaîne…

Mais toute comparaison s’arrête là. Autant le premier tirait à boulets rouges, autant celui-ci se contente d’un prudent tir de sommation. C’est d’ailleurs dommage que les deux personnages féminins principaux soient aussi stéréotypés — même si le film prend le parti dans rire.

Katherine Newburry est l’archétype de l’ambitieuse dont la vie se résume à son travail, imposant à son équipe de subordonnées son autoritarisme ainsi que son manque d’empathie et de chaleur humaine. La dragonne a un mari aimant et attentionné, souffrant du Parkinson (très bon John Litgow), même si elle s’en soucie peu.

Alors que Molly Patel est celui de la jeune femme née dans une famille modeste qui obtient la chance de réaliser le rêve de sa vie et se rend compte que le parcours est parsemé d’embûches. À commencer par celles que sème au gré de ses humeurs sa tyrannique patronne.

Sans nécessairement utiliser un éclairage féministe à outrance, le récit de Mindy Kaling était prétexte à aborder différentes facettes liées aux iniquités, à la discrimination, à l’âgisme et à la représentation. On aurait seulement souhaité que la scénariste et la cinéaste poussent la réflexion un peu plus loin plutôt que de jouer la carte du consensuel.

Même chose sur le plan formel. Nisha Ganatra utilise, avec efficacité, il faut le reconnaître, les formules éprouvées de la comédie de situation. On se serait attendu à mieux d’une réalisatrice qui travaille majoritairement en télé et, peut-on penser, en connaît assez les rouages pour éviter d’en reprendre les plus apparents au cinéma…

En fait, c’est essentiellement sa distribution quatre étoiles qui fait le charme de Fin de soirée. À commencer par Emma Thompson (Raison et sentiments, Nanny McPhee…), saisissante dans ce rôle de sans-cœur. Mindy Kaling, John Litgow et Denis O’Hare (dans la peau de Brad, le discret et efficace bras droit de la présentatrice) sont aussi très bons.

À vaincre sans risque, on triomphe sans gloire, dit-on. C’est le cas de Fin de soirée (et, ironiquement, la situation contraire à celle de sa principale protagoniste). Sans parler du fait qu’après 15 minutes, on se doute bien de ce qui se passer et comment tout ça va se terminer… Et on sourit plus qu’on rit.

Au générique

Cote : ***

Titre : Fin de soirée

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Nisha Ganatra

Acteurs : Emma Thompson, Mindy Kaling, John Litgow

Classement : Général

Durée : 1h42

On aime : la remarquable interprétation d’Emma Thompson. Le questionnement sur la représentation féminine.

On n’aime pas : le manque de profondeur et d’audace.