Les deux sœurs doivent composer avec la mort de leur père dans Dérive.

Dérive: prendre le large ** 1/2

CRITIQUE / Dérive souffre du syndrome du premier long métrage, un mal courant au cinéma québécois. Trop contents d’avoir la chance de tourner, ses créateurs tentent d’aborder une multitude de thèmes et finissent par rester en surface et s’éparpiller. Qui trop embrasse, mal étreint…

Le père absent, mort dans des circonstances troubles, sert à examiner les destinées de Catherine (Mélissa Désormeaux-Poulin), mère désemparée qui tire le diable par la queue, et de ses deux filles aux antipodes.

L’ainée Océane (Éléonore Loiselle), androgyne et pickpocket, a un tempérament explosif alors que la timide Marine (Maèva Tremblay), qui fait son entrée au secondaire, s’imagine que son père lui apparaît partout — un réalisme magique qui détonne, mais pas trop.

Parenthèse : les allusions maritimes qui découlent du titre, et des séjours familiaux aux Îles-de-la-Madeleine, sont légion. Jusque dans le «Capitaine» dont chacun est surnommé. On aura compris qu’ils sont tous dans le même bateau. Fin de la parenthèse.

Après une très longue mise en place où les enjeux dramatiques sont confus, les choses se précisent. Océane s’entiche d’un acteur deux fois plus vieux qu’elle, même s’il la viole. Marine devient la souffre-douleur de l’école après qu’elle ait fait allusion à l’homosexualité (possible) d’une «amie».

Tout ça s’ajoute aux questions du deuil, de la résilience, de l’identité, la solitude, etc. L’ensemble est surchargé, sans direction précise. Chloé Cinq-Mars aurait eu intérêt à épurer son récit et à se chercher un point de vue plus étayé sur la question de la douleur sublimée par les enfants après le choc du décès paternel.

À la réalisation, David Uloth propose quelques beaux plans, ici et là, mais rien qui se distingue. Le film souffre d’une trame sonore à la limite du new age...

Éléonore Loiselle et Maèva Tremblay, à leur première présence au cinéma, font leur gros possible dans des rôles pas nécessairement faciles, mais la direction d’acteurs manque de doigté. Mélissa Désormeaux-Poulin, dont le personnage de la mère est plus périphérique et mal défini, offre un jeu unidimensionnel. Dans tous les cas, l’émotion ne passe pas.

Passons rapidement sur le symbolisme lourd, l’aspect prévisible et le déficit de vraisemblance de l’ensemble.

Tout ça se termine sur une note d’espoir, même si on s’en doutait depuis longtemps...

Mélissa Désormeaux-Poulin joue le rôle d’une mère désemparée.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Dérive

Genre : Drame

Réalisateur : David Uloth

Acteurs : Mélissa Désormeaux-Poulin, Éléonore Loiselle, Maèva Tremblay

Classement : 13 ans +

Durée : 1h44

On aime : les jeunes actrices.

On n’aime pas : l’ensemble surchargé. Le manque de direction et d’émotion. Le déficit de vraisemblance.