Laurence Lebœuf joue le rôle de Keely, Québécoise victime d’un kidnapping. La jeune femme enceinte après un viol se retrouve sur une petite île du Nord de l’Ontario avec Du, sa geôlière et ange gardien.
Laurence Lebœuf joue le rôle de Keely, Québécoise victime d’un kidnapping. La jeune femme enceinte après un viol se retrouve sur une petite île du Nord de l’Ontario avec Du, sa geôlière et ange gardien.

Catch and Release: pour Laurence Lebœuf ***

CRITIQUE / L’adaptation d’une pièce au cinéma demeure toujours une entreprise risquée. Surtout s’il s’agit d’un huis clos — la réalisation finit souvent par manquer d’ampleur. Catch and Release n’y échappe pas malgré son empathie féministe, sa charge contre l’intégrisme pro-vie et des dialogues bien ficelés. Heureusement, il y a les deux interprètes, en particulier Laurence Lebœuf, pour maintenir notre intérêt.

L’actrice y joue le rôle de Keely, Québécoise victime d’un kidnapping. La jeune femme enceinte après un viol se retrouve sur une petite île du Nord de l’Ontario avec Du (Nancy Palk), sa geôlière et ange gardien. Elle y est retenue contre son gré par un groupe pro-vie extrémiste qui veut l’empêcher d’avorter…

Après cette mise en place nébuleuse — on ne connaît pas les circonstances de l’enlèvement pas plus que les réelles intentions des ravisseurs —, le récit emprunte un schéma narratif assez prévisible.

Tout oppose les deux femmes, à première vue. Keely, brillante et volontaire, a la jeunesse baveuse et rebelle. Du, réservée et pieuse, brandit sa foi comme une armure. La première n’hésite pas à pointer les contradictions de la seconde. Mais elles vont vite s’apercevoir qu’elles ont en commun d’en avoir arraché dans la vie.

L’apprivoisement sera progressif même si Keely joue parfois la provocation, notamment avec son corps — un peu à la Swimming Pool (2003) de François Ozon.

Mais c’est sans compter sur le menaçant Robert, le cerveau de l’opération, qui les approvisionne régulièrement par bateau sur cette île où le duo vit totalement confiné...

Dominique Cardona et Laurie Colbert ont entamé leur carrière comme documentariste militante (Thank God I’m a Lesbian, My Feminism) avant de s’aventurer dans la fiction, tout en restant proches de leurs thèmes de prédilection. Le protagoniste principal de Finn’s Girl (2007) dirige une clinique d’avortement.

L’adaptation de la pièce de Jane Martin, en nomination pour un Pulitzer en 1994, tombait sous le sens, et le parti-pris, évident. La paire réussit même à nous insuffler une dose de sympathie pour Do malgré sa rigidité religieuse. Par contre, elles ne font guère dans la nuance avec Robert, un homme inquiétant non seulement en raison de sa rhétorique dogmatique, mais aussi son tempérament sanguin et contrôlant.

Les réalisatrices réussissent même à nous insuffler une dose de sympathie pour Do (Nancy Palk) malgré sa rigidité religieuse.

Les réalisatrices multiplient les efforts pour éviter la redite visuelle, notamment quelques beaux plans sous-marins. L’utilisation parcimonieuse d’une caméra subjective portée, pour traduire la détresse de Kelly, s’avère réussie.

La principale faiblesse réside plutôt dans la tension fluctuante de l’aspect suspense du long métrage. Sans parler de leur incapacité à susciter une réelle adhésion et de réelles réflexions sur les thèmes abordés.

Ce n’est pas faute d’efforts de Laurence Lebœuf, très investie dans son rôle. L’actrice a une forte présence, même au naturel (elle joue sans maquillage). Chacune de ses répliques prend place aisément et il lui suffit de très peu pour faire passer les états d’âme de Kelly. C’est en soi la principale raison de voir Catch and Release, sans diminuer une œuvre qui a ses qualités, dont celle d’offrir un point de vue féminin sur des questions qui touchent au plus près le deuxième sexe.

Catch and Release est disponible en vidéo sur demande

Au générique

Cote: ***

Titre: Catch and Release

Genre: drame psychologique

Réalisatrices: Dominique Cardona, Laurie Colbert

Actrices: Laurence Lebœuf, Nancy Palk

Durée: 1h18