L’actrice Catherine Deneuve, photographiée à Berlin à l’occasion de la projection de «L’adieu à la nuit» d’André Téchiné.

Berlinale: une jeunesse en colère tentée par la violence

BERLIN — Un jeune homme qui s’apprête à partir pour le jihad dans «L’Adieu à la nuit» d’André Téchiné ou des adolescents qui choisissent la vie criminelle dans «Piranhas», coécrit par Roberto Saviano : à la 69e Berlinale, plusieurs films montrent une jeunesse en colère, tentée par la violence ou l’extrémisme.

Dans L’Adieu à la nuit, qui marque le retour d’André Téchiné au festival de Berlin, cette fois hors compétition — trois ans après Quand on a 17 ans, en lice pour l’Ours d’or —, Catherine Deneuve incarne une grand-mère dont le petit-fils (Kacey Mottet Klein) a décidé de faire le jihad en Syrie avec sa petite amie (Oulaya Amamra, de Divines).

Alors qu’il dit à sa grand-mère qu’il va au Canada, elle finit par découvrir la vérité et va tout faire pour l’empêcher de partir.

Coécrit par Léa Mysius (réalisatrice d’Ava), ce film très documenté qui se déroule sur quelques jours est nourri notamment par le livre Les Français jihadistes du journaliste David Thomson.

André Téchiné y décrit, comme avait pu le faire Marie-Castille Mention-Schaar dans Le Ciel attendra, le processus de radicalisation, la détermination et le discours d’un jeune qui a choisi de rejoindre le groupe État islamique.

«C’est un garçon qui est très, très en colère», a expliqué Catherine Deneuve mardi, lors d’une conférence de presse. «J’essaie de le comprendre et de ne pas le juger.»

«Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir une espèce de champ/contrechamp entre cette parole extrêmement dangereuse et violente, et un personnage féminin très enraciné, très terrien», joué par Catherine Deneuve, a souligné André Téchiné, qui aime dépeindre la jeunesse et ses tourments.

«J’ai voulu montrer dans le film à quel point, pour ces personnages qui sont embarqués pour se déraciner, l’apprentissage de la religion et la préparation militaire sont devenus leur raison de vivre», a ajouté le réalisateur.

«Lampe d’Aladin»

C’est aussi cette délicate transition de l’adolescence qui a intéressé Claudio Giovannesi dans Piranhas (La paranza dei bambini), film sur les gangs de jeunes à Naples, en compétition à la Berlinale. Il est adapté du livre éponyme du journaliste antimafia Roberto Saviano, qui en est aussi le coscénariste.

«C’est un récit d’adolescence», a souligné Claudio Giovannesi (Ali a les yeux bleus) en conférence de presse. «Ce qui me tenait à cœur, c’était de parler de l’adolescence par rapport à un choix criminel.»

Le film suit Nicola, 15 ans, et ses amis — joués par des acteurs non professionnels de Naples — qui, par désir d’aider leur quartier, leur famille, de pouvoir s’acheter de beaux vêtements ou de séduire des filles, basculent dans la criminalité.

«C’est une histoire inspirée de faits réels. Les paranze, ce sont ces groupes de jeunes garçons qui ont occupé un vide de pouvoir», a expliqué Saviano, pour qui «ce film veut, à travers Naples, raconter le monde».

«C’est un monde dans lequel ou tu as de l’argent, ou tu fais peur, ou tu ne vaux rien», a-t-il dit, soulignant que dans le sud de l’Italie, «plus personne ne croit que les choses pourront changer par l’action d’un gouvernement ou de la politique».

«Le pistolet, c’est la lampe d’Aladin. Ils peuvent tout obtenir, mais le prix à payer, c’est la vie», a-t-il ajouté.