David (Vincent Lacoste) doit soudainement prendre soin de sa nièce Amanda (Isaure Multrier) après le décès tragique de sa sœur.

Amanda: Beau à pleurer ****

CRITIQUE / Dans Le lambeau, le journaliste Philippe Lançon raconte sa lente reconstruction après les attentats de Charlie Hebdo. Afin qu’on saisisse la souffrance, physique et psychologique, qui consume ceux qui survivent à une tragédie innommable. C’est aussi ce qu’a voulu illustrer Mikhaël Hers dans son magnifique Amanda, un long métrage délicat et humain, beau à pleurer.

Le réalisateur de Ce sentiment de l’été (2015) a campé son récit dans le Paris à l’écart des lieux touristiques, superbement filmé, d’ailleurs.

À 24 ans, David (Vincent Lacoste) cumule les petits boulots et mène une vie insouciante. Il adore sa sœur aînée Sandrine (Ophélia Kolb) et sa nièce Amanda (Isaure Multrier).

Il fait la rencontre de Léna (Stacy Martin), sa nouvelle voisine, une provinciale venue s’installer à Paris. Peu à peu, David tombe amoureux…

Un jour qu’ils vont tous pique-niquer et que le jeune homme est en retard, l’impossible se produit : un attentat qui tue sa sœur et blesse sérieusement sa nouvelle flamme.

Le cours tranquille des choses vole en éclats. David, profondément troublé et terrifié, doit prendre soin d’Amanda et décider ce qu’il adviendra de sa nièce de sept ans. Il doit aussi composer avec le traumatisme de Léna, qui s’emmure dans ses émotions.

C’est d’ailleurs ce qui intéresse Mikhaël Hers : le contrecoup. Il dissimule l’attentat au spectateur: son propos est ailleurs. Dans la nouvelle relation que construit David avec Amanda et dans celle qu’il tente de rebâtir avec Léna.

Non seulement le réalisateur a une touche toute en retenue, mais il mise sur la simplicité et la sincérité des émotions, sans jamais tomber dans le pathos. Le résultat n’en est pas moins bouleversant. On notera néanmoins dans cette approche naturaliste l’utilisation judicieuse des ellipses pour faire progresser le récit sans heurts.

D’ailleurs, le réalisateur français en vient à nous faire complètement oublier le dispositif cinématographique, même lorsqu’il tourne David se déplaçant à vélo dans les rues de Paris.

Il dirige aussi de main de maître ses acteurs. Le jeu de Vincent Lacoste (Victoria), de la légèreté du début à la douleur subséquente, démontre que son registre gagne en puissance d’un film à l’autre (il était d’ailleurs nommé aux Césars). La complicité entre la petite Isaure Multrier et lui, très naturelle, est belle à voir.

Cette histoire de deuil et, surtout, de résilience se distingue par le minimalisme de sa superbe mise en scène. Et par son propos sur ceux qui restent après la tragédie.

Amanda se termine d’ailleurs sur une lumineuse note d’espoir, qui vient apaiser (un peu) notre trouble après ce récit terriblement émouvant. Un film sincère, authentique et profondément humain.

Au générique

Cote : ****

Titre : Amanda

Genre : Drame

Réalisateur : Mikhaël Hers

Acteurs : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin

Classement : Général

Durée : 1h47

On aime : la touche délicate de la réalisation. L’authenticité du propos. L’humanisme. Le jeu bouleversant des acteurs.

On n’aime pas : —