Sylvain St-Laurent
Le Rouge et Noir d'Ottawa a mis la main sur la coupe Grey en défaisant les Stampeders de Calgary le 27 novembre 2016.
Le Rouge et Noir d'Ottawa a mis la main sur la coupe Grey en défaisant les Stampeders de Calgary le 27 novembre 2016.

Vingt-quatre heures chrono

CHRONIQUE / Être ami avec Patrick Woodbury, ça comporte certains risques.

Disons que pour l’entourage de Woody, l’aventure n’est jamais bien, bien loin.

Quand je repense au Match de la Coupe Grey de 2016, je repense automatiquement aux 24 heures les plus remplies de toute ma carrière.

Et c’est un peu, beaucoup, la faute de Woody.

***

Les lecteurs de longue date du Droit connaissent forcément Woody. Il gagne sa vie comme photographe de presse et comme vidéaste, dans notre salle de rédaction, depuis une bonne vingtaine d’années.

Les gars des sports l’apprécient particulièrement parce qu’il a le don de prendre ses meilleures photos dans le feu de l’action.

Grand sportif, il se sent comme un poisson dans l’eau quand on l’envoie travailler sur les lignes de touche, dans un stade.

Sa deuxième passion, c’est le voyage. Les road trips, plus particulièrement. Les autoroutes ne sont jamais assez longues à son goût.

Je me souviens vaguement de la perche qu’il m’a tendue, vers la fin du mois de novembre 2016. Le Rouge et Noir venait de se qualifier pour le match de la Coupe Grey. Déjà, il avait des fourmis dans les jambes.

À LIRE AUSSI: La conquête du Rouge et Noir revisitée [PHOTOS]

> Pruneau veut une autre parade [VIDÉO]

>> Une victoire à forte saveur canadienne

Ce match avait lieu à Toronto. Quatre cent cinquante kilomètres? Une affaire de rien! Ça se fait pratiquement les yeux fermés!

Woody trouvait l’occasion trop belle. Il fallait se rendre sur place pour couvrir le match en personne.

Je trouvais l’idée intéressante, mais il y avait un problème.

Le journal avait déjà choisi son envoyé spécial. Le scribe Martin Comtois est «sur le beat» du football depuis le retour de la Ligue canadienne à Ottawa. Il était tout naturel qu’il soit désigné pour passer la semaine dans la Ville-Reine.

Si on voulait se joindre à lui, on ne pouvait pas demander à nos patrons de défrayer des centaines de dollars supplémentaires pour couvrir nos frais de déplacement. J’ai donc proposé à Patrick de faire un voyage éclair. On partirait très tôt, le matin du match. Ça nous laisserait le temps de visiter le Festival de la Coupe Grey. On couvrirait le match, en début de soirée. On prendrait le temps d’envoyer nos textes et nos photos, après la partie, avant de se remettre en route vers la maison.

Pour l’employeur, ça représentait une bonne affaire. Nos superviseurs n’ont pas eu besoin de réfléchir longtemps à ma proposition avant d’accepter.

Une petite partie de moi aurait préféré que Woody trouve ma proposition un peu trop casse-cou. Mais je vous l’ai dit, tantôt. Il n’est pas du genre à reculer devant un défi.

C’est ainsi que, le 27 novembre 2016, j’ai quitté mon domicile au volant de mon camion. J’ai bien noté l’heure de mon départ. Il était 5 h 30 du matin.

L'équipe du <em>Droit</em> affectée à la couverture du match de la Coupe Grey à Toronto. De gauche à droite, Patrick Woodbury, Sylvain St-Laurent et Martin Comtois.

***

Si vous avez suivi l’histoire jusqu’ici, j’imagine que vous avez hâte au bout où je vais débiter toutes les aventures abracadabrantes qui ont marqué cette journée.

J’ai presque le goût de m’excuser.

J’ai reparlé de cette journée à deux reprises avec mon partenaire de voyage, cette semaine. Il s’est creusé la tête, comme moi.

Tout s’est déroulé normalement, dans l’harmonie la plus complète.

On a laissé le camion au centre-ville. On a marché pendant trois ou quatre kilomètres pour se rendre jusqu’au stade. Sur un coin de rue, un représentant d’une multinationale agro-alimentaire américaine nous a fait un cadeau. L’entreprise, bien connue, voulait s’aventurer sur le marché des boissons énergisantes. Pour qu’on puisse bien tester son produit, le type nous a offert un carton de six cannettes.

On y a vu un signe du destin, qui voulait s’assurer que le voyage de retour se passe bien.

Sauf que la boisson n’a pas fait effet.

Le moral de l’histoire, c’est qu’on peut être le leader mondial dans le marché du jus de légumes. Ça ne veut pas dire qu’on peut se battre avec Red Bull sur son propre terrain.

Je pourrais vous parler du moment où la collègue Kim Vallière, de Radio-Canada, a décidé de faire un pied de nez aux nombreux agents de sécurité, en s’aventurant jusqu’au milieu du terrain, à environ 60 minutes du botté d’envoi. Elle m’a traîné avec elle pour prendre un selfie.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour elle. Une vraie rebelle.

En réalité, les meilleures histoires sont celles que nous avons racontées, dans le journal du lundi 28 novembre.

Je me souviens d’avoir jeté un coup d’oeil au tableau de bord, en stationnant mon camion, devant chez moi. Il était 5 h 27.

Me souviens aussi de m’être allongé, en promettant à ma blonde que je ne faisais que me reposer les yeux. Une sieste de 10 minutes, tout au plus. J’étais bien décidé à me relever pour reconduire notre fille à l’école.

Quand je me suis rouvert les yeux, j’étais convaincu d’avoir dormi 10 minutes. Je trouvais la maison bien silencieuse, tout d’un coup.

J’ai regardé au réveille-matin. Ma sieste avait duré quatre heures.