L’infirmier sherbrookois Patrick Raymond, qui compte une vingtaine de missions humanitaires à son actif et qui s’apprête à repartir au Congo, ne croit pas que sa jeune concitoyenne Édith Blais et son copain italien Luca Tacchetto, tous deux disparus au Burkina Faso, aient été trop téméraires.

Trouver sa voie au milieu du désordre

CHRONIQUE / Une maman doit se sentir un peu moins seule à chercher son enfant au milieu du désert et dans l’immensité du continent africain quand un quotidien comme Le Monde publie un texte traitant de sa disparition.

Le volume de la caisse de résonnance médiatique augmente en marge de l’inquiétante disparition de la Sherbrookoise Édith Blais, attirée à 34 ans par l’entraide humanitaire dans le pays instable qu’est le Burkina Faso avec un copain italien, Luca Tacchetto, dont la famille est aussi sans nouvelles depuis le 15 décembre.

Imaginons sa mère Jocelyne Bergeron parcourant la revue de presse internationale sur internet à partir du logement de Sherbrooke qu’elle et ses proches ont transformé en bureau d’enquête d’Interpol, d’où elle aurait sans doute voulu réagir en propageant un message d’optimisme dans l’univers :

« Où que vous soyez sur la planète, si vous croisez une jeune femme toujours souriante aux yeux bleus, aux cheveux tressés, c’est immanquablement ma belle Édith! Rappelez-lui à quel point nous l’aimons et incitez-la à nous envoyer un petit coucou dès qu’elle en aura l’occasion ».

Mais voilà que les autorités canadiennes recommandent plutôt aux proches de Mme Blais de cesser les appels à l’aide. De réprimer leurs craintes en s’enfermant dans le mutisme, dans un silence ajoutant au poids de l’incertitude causée par des djihadistes se livrant encore dans ce pays à des purges religieuses et ethniques.

Bien que ce soit difficile à admettre, il ne faut surtout pas nourrir les ambitions de brigands assoiffés de rançons.

« Je me suis déjà retrouvé à l’étranger à devoir discuter et argumenter avec des milices armées qui nous bloquaient le passage. Sans connaître ce qui s’est vraiment passé dans le cas de Mme Blais, j’encourage sa famille à garder espoir. Il y a de très bonnes chances qu’elle et son ami soient toujours vivants. Ces situations sont stressantes et délicates, mais finissent généralement par se régler sans perte de vie », témoigne Patrice Raymond, un infirmier sherbrookois ayant le bagage d’une vingtaine de missions humanitaires.

M. Raymond est d’ailleurs en attente de confirmation d’un autre départ pour retourner combattre la maladie de l’Ebola au cours des prochaines semaines dans une région isolée du Congo où 150 groupes rebelles s’affrontent. Conjoncture locale pour le moins tendue, ne représentant toutefois pas un risque indu aux yeux du coopérant.          

« Ce n’est pas être entêté que de vouloir aider. Il y a toujours du danger, peu importe où l’on nous envoie. Nous sommes adéquatement formés pour composer avec le risque. Le personnel de la Croix-Rouge nous encadre et veille au respect de pratiques sécuritaires. Les besoins des populations locales sont trop urgents et trop importants pour suspendre les opérations de secours », estime-t-il.

Souci de solidarité et d’entraide que l’infirmier du CHUS-Fleurimont perçoit de plus en plus comme une valeur collective dans la ville étudiante qu’est Sherbrooke.

« Avec tous les projets lancés au secondaire, au collégial de même que dans nos deux universités, aucune autre communauté n’engage autant sa jeunesse dans l’entraide internationale que la nôtre. C’est devenu un choix de carrière, un mode de vie, une passion. Les hésitations ne surviennent pas au moment de partir, mais lorsqu’il faut revenir en sachant que ça nous replongera dans le train-train quotidien », affirme l’infirmier missionnaire, dont les fréquents voyages à l’étranger sont cautionnés par son épouse africaine qu’il a d’ailleurs rencontrée dans un contexte humanitaire. Le couple est parent de jumeaux mixtes âgés de neuf ans.

« J’arrive à conjuguer mes responsabilités parentales et mon désir de contribuer au mieux-être des populations durement éprouvées. Les inégalités humanitaires et monétaires nous imposeront dans le futur un devoir encore plus grand à cet égard, en particulier pour secourir des enfants et cela, en étant exposés à de plus en plus de citoyens violents et radicalisés.

« Dans les circonstances par contre, la solidarité commence ici, à Sherbrooke, en saluant l’engagement d’Édith et en épaulant sa famille. Souhaitons-leur un dénouement heureux », plaide Patrick Raymond en appuyant sans réserve le parcours de vie de sa jeune concitoyenne qui, à ses yeux, n’avait rien de trop téméraire.