Avec le temps, j’ai développé une méthode super efficace pour libérer mon plancher: un bon coup de balai et hop!, on peut de nouveau marcher sans risques de se casser la gueule.

Trop de jouets, c’est comme pas assez!

CHRONIQUE/ Tous les parents se sentent, un jour ou l’autre, impuissants devant la multitude de jouets qui s’éparpillent un peu partout dans la maison. Je ne fais pas exception et, avec le temps, j’ai même développé une méthode super efficace pour libérer mon plancher: un bon coup de balai et hop!, on peut de nouveau marcher sans risquer de se casser la gueule.

L’automne dernier toutefois, à bout de voir notre salon envahi par des dizaines de poupées, blocs Lego, morceaux de casse-tête et autres bébelles, mon chum et moi avons décidé de nous lancer dans les rénovations et de terminer le sous-sol pour y aménager une vraie salle de jeux. Au moins, on n’aurait pas les ravages causés par le tsunami quotidien de notre progéniture dans la face en permanence.

« Elles ne jouent pas: elles font juste foutre le bordel! », me répétait mon chum périodiquement, dans des excès de découragement.

Vrai qu’elles ne « jouaient » pas selon notre perception d’adultes sur ce qu’aurait dû être le jeu, mais elles s’occupaient forcément, selon leurs critères à elles, les défendais-je tant bien que mal.

Pourtant, son observation ne serait pas loin d’être vraie, ai-je dû concéder en tombant sur un article de la revue Infant Behavior and Development, en février dernier.

Moins créatifs et attentifs

Selon une récente étude américaine, les enfants qui auraient trop de jouets seraient moins créatifs et moins attentifs que les autres. La surabondance irait même jusqu’à ralentir leur développement intellectuel, selon les chercheurs de l’Université de Toledo.

La principale auteure de l’étude, Dre Carly Dauch, explique que leur démarche visait à déterminer si le nombre de jouets dans l’environnement des tout-petits influait sur la qualité de leur jeu. Et leur constat est sans équivoque: « l’abondance de jouets réduit la qualité de jeu des tout-petits » et « avoir moins de jouets à leur disposition pourrait les aider à mieux se concentrer ».

Pour prouver cela, ils ont demandé à 36 enfants de 18 à 30 mois de s’amuser pendant 30 minutes, tantôt avec 4 jouets, tantôt avec 16. « Lorsqu’ils disposent de moins de jouets dans leur environnement, les tout-petits se livrent à des périodes de jeu plus longues avec un seul jouet, ce qui leur permet de mieux explorer et de jouer de façon plus créative », constate Carly Dauch.

Avec quatre jouets dans leur environnement, les petits passaient deux fois plus de temps à s’amuser avec chacun d’eux et cherchaient plusieurs manières de les utiliser. A contrario, « le plus grand nombre d’incidences de jeu dans le cas où 16 jouets sont mis à leur disposition a semblé interférer avec la durée et la profondeur du jeu. D’autres jouets présents peuvent avoir créé une source de distraction externe », poursuit la Dr Dauch.

« Pendant la petite enfance, les enfants développent, mais peuvent ne pas avoir maîtrisé un contrôle plus élevé au niveau de l’attention. Leur attention et, par conséquent leurs jeux, peuvent être perturbés par des facteurs dans leur environnement qui présentent une distraction. Les résultats de la présente étude suggèrent qu’une abondance de jouets peut créer une telle distraction », dit-elle encore.

Sachant que les enfants qui développent une meilleure capacité d’attention à un jeune âge maintiennent cet avantage plus tard, ce qui suggère qu’ils seront mieux outillés pour leur parcours scolaire, les chercheurs encouragent les parents, les éducateurs en services de garde et les professionnels du milieu de l’enseignement à réduire le nombre de jouets mis à leur disposition en même temps et de préconiser un roulement.

Bref, trop, c’est comme pas assez! Ou less is more, comme ils disent en anglais.

Je me rappelle m’être d’ailleurs fait cette réflexion durant les rencontres du programme Passe-Partout, en constatant l’aménagement surchargé des classes de maternelle. « Comment est-il possible, pensais-je, de se concentrer dans un tel fouillis ? » Enfin bref...

Pas de cadeaux

Tout ça pour dire que, lorsqu’une de mes amies a proposé d’organiser une fête d’anniversaire conjointe pour ses deux enfants et ma cadette, j’ai accepté et emboîter le pas à son mouvement « n’offrez pas de cadeaux ». Non sans un petit pincement au cœur, je dois l’admettre.

« Bin voyons, mère indigne! Une fête d’enfants pas de cadeaux, ça se fait pas! », répète dans ma tête, en boucle, une petite voix insidieuse.

« En même temps... elle n’a besoin de rien! », argumente l’autre moitié de ma conscience... pas encore tranquille. 

« Et ça en fera moins qui traînent... Pis de toute façon, certaines personnes ne pourront pas s’empêcher de lui en donner. Et au pire, je courrai le lendemain au magasin, pleine de remords et avec un sentiment de culpabilité gros comme la montagne de jouets qui s’entassent déjà dans ma demeure, pour lui acheter un petit quelque chose. »

Oui, les coutumes et les habitudes ont la vie dure...