Tout cuit dans le bec

En 2016, un Québécois sur trois disait manger au resto au moins une fois dans la semaine.

Pour ma tribu et moi, c’est le vendredi que ça se passe. Grâce à l’addition « paresse », « fatigue » et « manque flagrant d’inspiration », ce soir-là, les chaudrons, les spatules et le kit de cuillères en bois restent rangés.

La solution simple est souvent de faire venir deux demi-poulets en cuisses avec frites dans leur boîte de carton ou encore une large all dress « bien cuite svp ! » sans piments. Dans les faits, la paresse est si grande le vendredi, qu’on perd même le goût de sortir. Ce qui fait qu’on mange de la bouffe bourrée de gras et de sel, mais qui fait un bien fou à l’âme. Quand je me sens vraiment wild, je commande des sushis et je ne les partage avec personne.

Ceux qui s’intéressent à nos habitudes alimentaires prédisent que d’ici 2030 à 2035, on dépensera, dans une seule et même semaine, autant d’argent pour le resto que pour l’épicerie. Notre rythme de fou, c’est là qu’il va nous mener, non sans affecter notre santé et notre tour de taille...

Il existe toutefois une alternative pour ceux qui aiment toujours cuisiner et manger santé sans se casser le pompon.

Vendredi dernier, une surprise m’attendait sur mon balcon. Une grosse boîte réfrigérée avec, à l’intérieur, tout ce qu’il fallait pour cuisiner trois repas différents pour quatre personnes. Tannés de m’entendre chialer sur mon menu que je trouve redondant, ma grande et mon chum ont décidé qu’on allait être de notre temps en essayant la formule des repas prêts à cuisiner. On en revient de revisiter le poulet rôti à toutes les sauces, non ?

Comme je fais parfois partie du 60 % de parents qui n’ont aucune idée de ce qu’ils cuisineront après le boulot, et ce, malgré le fait que je passe la plupart de mes dimanches à faire de la bouffe, j’avais faim de nouveauté. Malgré une planification digne d’un petit resto bien huilé et une bonne gestion des restes, il m’arrive, plus précisément le jeudi vers 16 h 43, de me demander quoi faire pour le souper.

L’avènement des repas prêts à cuisiner va donc me sauver. Pas toutes les semaines, mais en période de rush, c’est le genre de « dépanneur » qui me ressemble le plus.

Ça arrive quasiment tout cuit dans le bec !

D’abord, la solution est santé. Du moins plus que certains repas prêts à manger. Là, on gère la quantité de tueurs silencieux qu’on ingère (mauvais gras, sel, sucre), car c’est nous qui cuisinons. La beauté de la chose, c’est qu’on arrête de se casser la tête et on évite le fameux détour à l’épicerie qui nous écœure après la tournée des écoles en fin de journée. Les produits qu’on nous propose sont bons et frais. On fait même des découvertes. Par exemple, dernièrement j’ai travaillé l’orge perlé, le vinaigre de champagne et l’oignon vidalia. Comme les portions sont pensées d’avance, on ne gaspille rien et — une autre chose merveilleuse — comme les ados sont capables de lire et de suivre une recette, ils peuvent faire le souper à notre place !

Pour vous donner une idée des plats qu’on peut concocter en se tournant vers une entreprise de repas prêts à cuisiner, nous (tout se fait en ligne et les choix de menu sont variés) on avait choisi le bœuf Stroganoff avec nouilles aux œufs et bébés épinards, les crevettes al ajillo avec patatas bravas et haricots verts rôtis et les côtelettes de porc avec sauce aux oignons et brocoli au parmesan. Tout était très goûteux et facile à faire.

Bon, comme rien n’est parfait, le principe m’a laissé un goût amer sur trois points. D’abord, ce n’est pas accessible à tous les portefeuilles. Les repas coûtent entre 7 $ et 11 $ la portion. Nous, c’était 7 $. Un total de 85 $ pour 12 portions. Acheter les mêmes ingrédients à l’épicerie revient un peu moins cher. Mais quand on compare, un souper pour deux dans une brasserie l’autre soir nous a coûté 70 $...

Comme tout arrive emballé individuellement dans la fameuse grosse boîte réfrigérée, ça fait beaucoup de plastique à gérer. On ne gaspille pas de nourriture, mais on remplit le bac bleu.

Finalement, avec les repas préproportionnés, il ne reste rien pour les lunchs du lendemain. Un gros hic quand on a des enfants d’âge scolaire à qui on ne veut pas faire manger des sandwichs pendant tout le calendrier scolaire. Sinon, il faut acheter plus de portions et là, c’est plus cher. Peut-être que je mange trop, mais même pour le souper, je trouve que c’est limite comme portion.

Mais bon, comme je sens que je vais avoir recours à ce service à l’occasion dans l’année, loin de moi l’idée de mordre la main qui me nourrit...