La Tasse devrait apparaître sous peu dans un café de quartier près de chez vous. N’hésitez pas à vous renseigner auprès de votre barista préféré.

Ras la tasse jetable

CHRONIQUE / Vous sentez ça? C’est l’odeur du café. Le premier café matinal.

Il est assez tôt, le soleil se lève à peine, c’est à ce moment que je préfère vous écrire, peut-être parce que c’est tranquille, peut-être une trame sonore d’Alexandra Streliski en sourdine quelque part certains matins, mais sinon c’est silence et j’ai l’impression qu’on se comprend mieux.

Je le sais que vous le savez, mais c’est pas toujours facile de se comprendre.

Peu importe le sujet.

Souvent, on s’époumone tellement la liberté d’expression en oubliant à quel point notre bouche est proche de nos oreilles, ça nous rend presque sourds.

Bref, se jaser calmement au petit matin dans l’odeur du café, des fois c’est mieux.

J’en suis déjà à mon deuxième. La bergère anglaise attend à côté pour lécher le fond du bol, et oui, je vais la laisser faire, parce que c’est une chienne immunisée au café de fond de bol et que de toute façon, le troisième et dernier café de la journée, je vais le prendre en voiture en roulant vers le journal.

Pas dans le bol.

Dans une tasse réutilisable.

Vous avez ça, vous, une tasse réutilisable?

Je vais être honnête, ici, y en a cinq, donc disons que mathématiquement j’ai deux tasses réutilisables et demie.

Et ce, en grande partie parce que, comme pour les sacs de l’épicerie ou de la SAQ, les tasses réutilisables, tu ne les as étrangement pas sous la main quand t’en as besoin.

En fait, les tasses, souvent, tu les as sous la main, mais dans la console de la voiture, depuis quelques heures dans le meilleur des cas, ce qui fait que tu peux toujours demander gentiment au barista de rincer avant le plein, mais depuis quelques jours parfois, et là, c’est un peu plus gênant.

Bref, au fil du temps et des oublis, je me suis retrouvée avec deux tasses et demi, dont une qui me suit depuis 1997, ce qui fait que lorsque dans les cas extrêmes j’ai besoin d’un supplément de caféine pour accéder à un brin d’efficacité, je peux m’arrêter dans un de mes cafés de quartier préférés, tendre ma tasse et recommencer à fonctionner.

Mais quand la tasse n’est pas là, dilemme déchirant, et avouons-le, on cède trop souvent.

C’est pour ça que La Tasse a vu le jour.

Dans le quartier Villeray de Montréal, l’an dernier, une dizaine de cafés indépendants ont testé le système qui s’étend maintenant partout au Québec où les proprios de cafés, souvent encouragés par leur clientèle, lèvent la main pour adhérer au système.

Comment ça fonctionne? C’est assez simple. C’est comme une consigne, un système de location de tasse en fait, mais où vous pouvez utiliser ou échanger votre Tasse chez n’importe quel café participant. La Tasse est dispo au café, vous la demandez, laissez un dépôt de 5 $ et repartez en souriant.

Quelques heures ou jours ou semaines plus tard, vous vous présentez au même café ou à un autre qui a adhéré au concept, on reprend La Tasse, on vous sert votre café pour emporter dans le même gobelet s’il est propre, dans un autre sinon. Les cafés se chargent de laver les tasses et de les remettre en circulation, pas plus compliqué que ça.

Vous avez encore oublié votre Tasse? Vous pouvez en « louer » une deuxième, une troisième, une dixième si vous voulez, on vous les rembourse anyway quand vous les rapportez sans bris. À n’importe quel moment, vous rapportez La Tasse en version solo ou en multiple de 10 et on vous rembourse votre ou vos dépôts.

Si tout fonctionne comme prévu et que les cafés embarquent de Gatineau à Rimouski, de Granby à Saguenay en passant par Montréal et Trois-Rivières, vous pourriez traîner votre Tasse en vacances cet été et lui faire visiter le Québec plutôt qu’un site d’enfouissement après un seul latté, ce n’est pas à dédaigner.

Voilà, je vous laisse terminer votre café tranquille, profitez du moment.