Julie-Anne Tétreault et sa famille, son fils Edouard Dussault en tête, invitent la population de Sherbrooke (et du Québec) à poser des actions citoyennes. Ils ont pour leur part lancé une collecte de déchets dans leur quartier et recruté quelques amis et voisins.

Des gants, des pinces et de l’action citoyenne

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça vous aussi, mais quand j’étais floune, avec des amis, on « faisait les fossés » pour ramasser les bouteilles de bière et de liqueur vides et aller les revendre au dépanneur. Si t’étais dans un bon spot pis que t’avais des bonnes bottes, tu pouvais quasiment te payer un bicycle neuf à la fin de la journée, un BMX dans tes rêves les plus fous.

J’exagère à peine, et de toute façon, vous me direz que c’est une histoire du bon vieux temps, parce que de nos jours, on ne trouve à peu près plus rien dans les fossés.

Pouaaah.

Julie-Anne, Vincent et leurs enfants, Édouard et Laurent, ont pris l’habitude de faire quelques collectes de déchets dans les fossés et boisés pas loin de chez eux. Ils habitent Sherbrooke, dans le secteur Rock Forest, un arrondissement tranquille, mais ça pourrait être n’importe où ailleurs, Rivière-du-Loup, Shawinigan, Lévis, Alma, l’histoire serait la même.

Dimanche passé, ils sont partis en famille, gants à vaisselle et pinces à barbecue aux mains, et sont allés passer au peigne fin les fossés de deux boulevards pas très loin. Le temps de le dire, ils avaient rempli cinq gros sacs à poubelle et empilé des déchets de construction, du métal, du bois, de la styromousse, un début de chantier au bout des doigts quoi!

Et dans les sacs? Des bouteilles d’eau en quantité industrielle, naturellement, des dizaines de paquets de gomme, de papier et du carton, mais surtout, sur l’ensemble, environ 75 pour cent de restes de chaînes de restauration rapide; tasses à café, gobelets, sacs et contenants divers ramassés en vitesse au service à l’auto et rejetés presque aussi vite dans la nature.

Il y a peut-être une partie de ces déchets qui vient de sacs à poubelle éventrés, espère Julie-Anne. « J’ai de la difficulté à imaginer que des gens puissent juste jeter leurs déchets comme ça dans la nature sans se poser de questions. »

Mais elle sait bien que c’est le cas. Parce que. Les gens. Des fois.

Dimanche, c’était donc leur deuxième collecte de l’année, ça fait environ trois ans qu’ils opèrent, et dans une dizaine de jours, pendant la longue fin de semaine de la fête des Patriotes, ils retournent sur le terrain, mais cette fois, quelques familles se joindront à eux.

Effet domino. Leur action entraîne l’action de leurs voisins, de leurs amis.

« Nous aimerions bien créer un engouement citoyen pour que la ville de Sherbrooke soit plus propre, pouvez-vous nous aider? » écrivait-elle dans son message.

Le courriel ne m’était pas adressé, c’est plutôt une invitation à la collectivité. Et pas qu’à celle de Sherby, à la vôtre aussi.

Parce que l’effet domino, évidemment, plus il y a de dominos, plus c’est impressionnant.

Ça vaut pour la collecte de déchets, ça vaut aussi pour bien d’autres actions citoyennes, entrepreneuriales ou politiques. Au final, on est tous (ou presque tous) là, avec nos envies de faire autrement, mais sans toujours savoir de quel bord partir. On se sent seuls. Et perdus.

Comme un paquet de monde, Julie-Anne et son chum font plein de petits pas. Potager, compost, recyclage, confection de produits maison, achats ciblés pour un minimum de déchets, transport actif. Et cette action citoyenne de collecte de déchets qu’on aimerait déployer encore davantage.

« J’ai été sensibilisée très jeune à prendre soin de notre environnement, raconte-t-elle. Avant même que ce soit répandu, on avait une cloche à recyclage à la maison. J’ai beaucoup appris de mon père, j’espère avoir le même impact sur mes enfants. »

À ses côtés, Édouard opine. Si son frère et lui se font un peu prier au moment de partir, une fois sur place, il apprécie la collecte. Surtout depuis qu’ils se sont munis de gants et de pinces à barbecue.

« Sinon ça peut être un peu dégueu », note le jeune adolescent.

Julie-Anne sourit. C’est vrai. Mais ce qui semble tout aussi vrai pour elle, c’est que les jeunes, et pas que les siens, vont faire la différence dans cette lutte aux changements climatiques pour laquelle chaque geste compte.

« Je ne suis pas inquiète, je sens que les choses bougent, je vois les gens se mobiliser, note-t-elle. Mais j’ai l’impression que beaucoup ne mesurent pas encore complètement l’urgence, sinon c’est comme rien qu’on trouverait et appliquerait des solutions, surtout au niveau politique. Je pense que les solutions doivent venir en même temps de la base et du gouvernement, des entreprises. »

La base bouge, elle s’active, ramasse ses cochonneries, cherche des façons de moins en produire, de faire circuler ce qui doit être utilisé.

Elle se mobilise aussi, sans attendre qu’on l’organise. Julie-Anne et sa gang ne sont pas seuls, mais ils font dire que vous pouvez vous joindre à eux, dans leur cour arrière ou dans la vôtre.