Donald Trump

Trump: de l’indignation à la réflexion

CHRONIQUE / Il y a quelques jours encore, le président américain Donald Trump a lancé de virulentes attaques à l’endroit de certaines élues démocrates, allant même jusqu’à leur suggérer de retourner d’où elles viennent. Bien qu’il n’ait cité aucun nom, on se doute bien qu’il faisait référence à des femmes comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. Outre la grossièreté de ses propos (et c’est un euphémisme!), il est par ailleurs difficile de ne pas être choqué par la méconnaissance dont le président Trump fait preuve à l’égard de l’histoire de son propre pays.

À l’instar de la plupart des autres grandes démocraties occidentales, les États-Unis se sont construits sur l’immigration et sur des valeurs comme l’ouverture et la tolérance – même si, dans les faits, ces dernières ont souvent été mises à mal, notamment en raison de l’esclavage et de la ségrégation raciale. En ce sens, qu’un président américain se permette de tenir ouvertement un tel discours est non seulement préoccupant, mais représente un net recul. Et cela dénote surtout un profond malaise dans la culture politique américaine.

Cela dit, on commencerait presque à s’y habituer tellement tout cela est devenu commun. Il ne se passe effectivement pas une semaine sans que le président Trump nous gratifie de propos ou de gestes qui ne peuvent faire autrement que susciter l’indignation et le dégoût chez ses adversaires ou chez quiconque possède un quelconque sens moral. Bref, Trump fait énormément réagir, au point où il est permis de penser que cela fait carrément partie de sa stratégie. En conséquence, il faudrait dès maintenant envisager de passer de l’indignation à la réflexion, et ce, afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants de la présidence de Donald Trump.

Comment, en effet, un homme aussi obscène et ignare a-t-il pu se hisser jusqu’au sommet du pouvoir? Et pire, comment pourrait-il être réélu en 2020? Serait-ce que les Américains ne sont eux aussi que des ignares ou une bande de crétins racistes? Ou serait-ce qu’ils ont complètement perdu la tête? Il serait tentant de le penser, mais ce serait une fois de plus tomber dans le piège de la « réactance ». Aux préjugés et aux idées reçues qui nous confortent et nous empêchent de comprendre, il faut substituer la pensée critique et rationnelle. Le « phénomène » Donald Trump est complexe et mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

A priori, l’élection du président Trump incarne assez bien la perte de confiance de la population à l’égard des institutions et de l’establishment. Les Américains en avaient assez des « politiciens de carrière » et ont préféré se tourner vers un homme qui, aussi imparfait soit-il, leur donnait néanmoins l’impression de mieux comprendre leurs besoins et leurs préoccupations. Car, en dépit de ses multiples défauts (surtout sur le plan humain), force est de reconnaître que Trump possède un extraordinaire pouvoir d’attraction et l’étonnante capacité à se fondre dans la masse.

Mais, dans un autre ordre d’idées, il serait difficile de nier que la popularité de Donald Trump – et de la droite en général – est aussi grandement attribuable aux déboires et à la désorganisation de la gauche. J’ai déjà eu l’occasion de le dire, mais bien que je sois moi-même un homme de gauche, je trouve de plus en plus difficile de m’identifier à certaines franges « radicales » qui semblent plus intéressées à donner des leçons qu’à gagner des élections. Cette mentalité chevaleresque est certes louable, mais s’avère complètement inefficace sur le terrain politique.

Bref, la gauche peut bien s’époumoner autant qu’elle le veut sur le cas de Donald Trump, mais elle devra tôt ou tard accepter de se regarder dans le miroir et de mettre un peu d’ordre dans ses propres affaires. Car face à la rhétorique simpliste et tapageuse du président Trump, la meilleure option n’est certainement pas l’indignation permanente. Taper sur Donald Trump n’est pas un programme politique.