Repenser l’école?

CHRONIQUE / Ma chronique du 2 octobre dernier, au sujet de l’école, a énormément fait réagir. À vrai dire, je m’en doutais un peu, non seulement parce qu’il s’agit d’un sujet sensible, mais aussi en raison du ton avec lequel j’ai choisi d’exprimer mon point de vue. De manière assumée, sans détour, je souhaitais m’attaquer à l’école, et ce, afin de provoquer un débat et une remise en question. Car pour moi, c’est clair, l’école doit être repensée. Mais il n’est évidemment pas aisé d’ébranler les colonnes du temple sans se frotter à certaines résistances.

Cela dit, avec le recul, j’admets que le portrait que j’ai brossé de l’école manquait de nuances. L’école a ses défauts, certes, mais aussi ses qualités. Pour autant, je maintiens que critiquer l’école est non seulement légitime, mais nécessaire. Aussi souhaiterais-je, si vous le permettez, revenir sur ce débat afin d’approfondir ma pensée et répondre à certaines critiques qui m’ont été adressées.

À lire, la chronique de Sébastien Lévesque du 2 octobre: Le problème avec l'école

De toutes les réponses que j’ai reçues, j’ai particulièrement apprécié celle de Stéphane Allaire, professeur à l’UQAC. Si cela vous intéresse, je vous encourage à lire son texte paru dans nos pages en date du 5 octobre. Son analyse m’oblige à revenir sur mes propos afin de les nuancer. Et ironiquement, vous constaterez que je suis plutôt d’accord avec les solutions qu’il avance afin de réformer l’école, même si je demeure pour ma part très sceptique quant à la faisabilité d’une telle entreprise.

Je l’admets volontiers, l’école-maison n’est pas pour tout le monde. C’est d’ailleurs pourquoi il est important que nous puissions critiquer l’école, mettre en relief ses lacunes et ses travers, et ce, afin d’en faire un milieu de vie et d’apprentissage plus convivial pour les enfants qui la fréquentent. Et ce que je constate, c’est que certaines problématiques comme le décrochage et l’intimidation n’ont rien à voir avec le dévouement et la qualité du travail des enseignants — dont je n’ai jamais douté —, mais sont plutôt d’origine structurelle.

C’est pourquoi j’ai toujours plaidé en faveur de la diversité en éducation. Il est important d’offrir un large éventail de possibilités aux parents et aux enfants afin de rencontrer les besoins et les valeurs de chaque famille. En ce sens, l’une des principales forces de l’école-maison est de permettre une éducation « sur mesure », qui évolue au gré des besoins et des intérêts de l’enfant, mais aussi à un rythme qui lui est propre. C’est sur cette base que l’école devrait être repensée.

D’ailleurs, tout comme monsieur Allaire le mentionne dans son texte, je suis d’avis que pour favoriser la persévérance et cultiver la passion, il faudrait élargir l’offre et démocratiser l’accès aux programmes particuliers. L’école pourrait ainsi devenir moins académique et plus « dynamique », avec des contenus plus signifiants pour les jeunes.

Il faudrait aussi revoir la manière d’évaluer les élèves. À bien des égards, la formule actuelle s’avère inadaptée et mise beaucoup trop sur les résultats chiffrés au détriment du processus d’apprentissage lui-même (la progression). Il faudrait donc envisager de laisser tomber les tests standardisés et les évaluations qui visent la sanction, exactement comme l’ont fait les Finlandais.

Mais nul doute qu’une telle réforme rencontrerait une vive opposition, notamment de la part de certains parents. Rappelons-nous qu’en 2007, Mario Dumont, alors chef de l’ADQ, avait fait pression sur le gouvernement afin qu’il maintienne le bulletin chiffré ainsi que la mention à la moyenne du groupe. Ces exigences montrent bien en quoi il y a tout un travail à faire afin de changer les mentalités en éducation, et surtout sortir d’un modèle axé sur la compétition et la performance.

C’est en ce sens que je dis qu’il faudra non seulement repenser l’école, mais toute la société. Car l’école, en fin de compte, n’est qu’un instrument au service de l’idéologie dominante. Et au risque de me répéter, la prévalence dans nos écoles de certaines valeurs « toxiques » comme l’individualisme, la compétition et la performance, ne peut avoir que des effets délétères sur le développement des enfants. Apprendre n’est pas une course, et encore moins une compétition.