Les apôtres de la non-violence

CHRONIQUE / À la suite de ma chronique de la semaine dernière intitulée Les agents du chaos, j’aimerais faire une mise au point. Avec le recul et en regard de certains commentaires que j’ai reçus, je suis conscient que mes propos ont pu être mal interprétés, de sorte à laisser entendre que je cautionnais les actions violentes, voire que j’y incitais. J’en suis sincèrement désolé, car en réalité, je cherchais simplement à susciter la réflexion autour de la notion de désobéissance civile comme outil de pression sociale et politique.

À bien y penser, ma principale erreur aura été de me référer au personnage du Joker. Sur le fond, je persiste à croire que l’exemple était valable, mais ce personnage étant un peu trop associé à la violence, il allait de soi que mon propos allait être mal perçu. Cela dit, rappelons qu’expliquer n’est pas justifié. Ainsi, bien que je ne cautionne pas les actions violentes du Joker, je peux néanmoins les expliquer à partir d’une autre forme de violence, la violence systémique. À proprement parler, on pourrait donc considérer que le Joker n’agit pas, mais qu’il réagit.

Quoi qu’il en soit, revenons-en à la réalité. Dans mon texte, je souhaitais d’abord montrer que la cause animale mériterait qu’on s’y attarde un peu plus sérieusement. Pour ce faire, je suis conscient que certains militants ont recours à des moyens plus draconiens et que cela ne fait évidemment pas l’unanimité. Moi-même, je demeure assez perplexe quant au bien-fondé et aux retombées de ces actions directes. N’empêche, les activistes véganes qui se sont introduits dans une porcherie de Saint-Hyacinthe ont au moins eu la décence de le faire de manière non violente. Autrement, j’aurais été le premier à les dénoncer.

On me rétorquera qu’il s’agissait malgré tout d’un acte illégal. C’est vrai, mais était-ce immoral pour autant ? Je ne vais pas débattre de cette question ici, mais il s’agit d’une distinction importante. Importante et délicate. Car ce qui est légal n’est pas forcément moral, et inversement. Voilà pourquoi, dans certaines circonstances, la désobéissance civile apparaît comme une solution envisageable. Mais tout cela demeure très discutable, j’en conviens.

Qui plus est, je sais très bien que la fin ne justifie pas toujours les moyens. Mais parfois, face à des horreurs ou à des injustices qui semblent insurmontables, je peux comprendre que certaines personnes ou certains groupes en arrivent à utiliser des moyens plus drastiques afin de se faire entendre. Mais les écoute-t-on ?

Prenons l’exemple des représentants de la Première Nation des Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, ou encore des Mohawks qui bloquent des voies ferrées en guise de protestation contre le passage d’un gazoduc sur leur territoire. On peut évidemment critiquer l’illégalité de leur démarche, mais prenons-nous au moins le temps de les écouter ? Essayons-nous de comprendre ce qui les pousse à faire cela ?

Mais la fin ne justifie pas toujours les moyens ; c’est vrai. À ce propos, je suis de ceux qui pensent que la violence ne devrait jamais être une solution. Même face aux pires atrocités, je crois que la violence demeure moralement répréhensible – sauf dans certains cas de légitime défense. « Mieux vaut subir l’injustice que de la commettre », disait même Socrate, ce avec quoi je suis parfaitement d’accord.

Plusieurs personnages historiques ont cependant eu recours à la désobéissance civile pour faire avancer leur cause. Je pense notamment à Nelson Mandela et Martin Luther King, ou encore Gandhi. Ce dernier a d’ailleurs dit qu’il y avait de nombreuses causes pour lesquelles il serait prêt à mourir, mais aucune pour laquelle il serait prêt à tuer. Inutile d’ajouter que ces êtres d’exception sont tous considérés comme des modèles de moralité.

Mais tel ne fut pas toujours le cas. En leur temps, tous ces apôtres de la non-violence ont été traités comme des vauriens par les autorités et une part importante de l’opinion publique. En soi, cela devrait suffire à nous rappeler que les chemins vers la liberté et la justice sont parfois raboteux, pour ne pas dire chaotiques. Et surtout, cela devrait nous inciter à demeurer critiques vis-à-vis des gouvernements et des lois.