L'Ascension de Skywalker, le film de la dernière chance

CHRONIQUE / C’est finalement demain (ou ce soir, pour les plus motivés d’entre nous qui iront à l’avant-première) que Star Wars : L’Ascension de Skywalker prendra l’affiche partout au Québec et en Amérique du Nord. Il s’agit du neuvième et dernier volet de la saga Skywalker, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’une pression énorme repose sur les épaules du réalisateur J.J. Abrams. En effet, ce film doit non seulement clore la nouvelle trilogie initiée par Disney en 2015, mais aussi l’ensemble de la saga Skywalker qui s’est amorcée il y a plus de 40 ans.

C’est donc toute une page de l’histoire du cinéma qui se tournera sous nos yeux avec ce film. Et pour l’occasion, j’aimerais vous faire part de mes attentes pour cet ultime opus, mais aussi des défis qui attendent Disney et Lucasfilm pour la suite des choses. Mais avant toute chose, est-ce que les attentes des fans seront enfin comblées ? L’Ascension de Skywalker sera-t-il un bon film ? Car, au final, c’est tout ce qui compte.

Depuis le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012, nombreux sont les fans de Star Wars qui considèrent que la franchise a été souillée par une compagnie qui fait passer ses intérêts commerciaux avant la qualité de ses films. De ce point de vue, Star Wars ne serait donc plus une saga cinématographique, mais davantage une marque de commerce et un produit de consommation. Mais qu’en est-il réellement ?

On ne va pas se mentir, il est vrai que dans les dernières années, le blason de la licence Star Wars a passablement pâli. Non pas forcément parce que les films seraient de mauvaise qualité (quoique…), mais surtout parce qu’il y en a trop, beaucoup trop ! En effet, depuis 2015, c’est pas moins de cinq films, deux séries animées et une série « live-action » qui nous ont été proposés. Cela nous change de l’époque où il fallait attendre des années avant d’aller voir un Star Wars au cinéma. Or, comme on le sait, la rareté crée souvent la valeur.

Cela dit, accuser Disney d’agir à des fins strictement mercantiles est un peu injuste. Certes, on sent que la compagnie cherche à « presser le citron » au maximum, mais il n’en demeure pas moins que de réelles ambitions artistiques semblent subsister chez Lucasfilm. Les Derniers Jedi (épisode 8), par exemple, bien qu’il ait été conspué par de nombreux fans, n’en demeure pas moins un film audacieux et original. Son réalisateur, Rian Johnson, a vraiment tout fait pour insuffler une nouvelle vie à la saga, mais cela n’a pas suffi à faire taire les critiques.

Il faut dire que les fans de Star Wars forment une communauté (religieuse ?) assez hétéroclite et très difficile à satisfaire. Certains d’entre eux versent même dans l’orthodoxie au point où ils s’avèrent incapables d’accepter de nouvelles propositions ou des idées qui ne vont pas exactement dans le sens de leurs attentes ou de leur vision des choses.

Ironiquement, le film précédent, Le Réveil de la Force (épisode 7), avait suscité des critiques opposées. On lui reprochait de manquer d’originalité et de n’avoir pris aucun risque. Et sur ce point, je suis plutôt d’accord. Le Réveil de la Force est un bon film, un excellent divertissement, mais ce n’est finalement rien de plus qu’un remake déguisé d’Un Nouvel Espoir (épisode 4). Une belle façon de relancer la franchise, certes, mais on en attendait davantage. Et on attendait beaucoup de la suite.

C’est alors que Les Derniers Jedi est arrivé et a tout chamboulé. Personnellement, j’adore ce film, mais il est vrai qu’il est assez déstabilisant, notamment parce qu’il marque une rupture assez nette par rapport à son prédécesseur, ce qui n’est pas commun dans la saga. Mais l’intention était claire : il faut sortir les fans de leur zone de confort, les forcer à aller de l’avant en cessant d’idéaliser un passé révolu – et loin d’être aussi parfait qu’ils le prétendent. Et ce message, Luke Skywalker était le personnage tout indiqué pour le porter.

Pour de nombreux fans, le traitement réservé au personnage de Luke Skywalker fut reçu comme un véritable affront, voire une hérésie. Ils ne pouvaient pas accepter que le héros de leur enfance soit humain et faillible, comme nous tous. Et pourtant, il fallait qu’il en soit ainsi. Il fallait que Luke prenne conscience de ses propres limites, mais aussi des erreurs des autres Jedi avant lui, et cela pour que nous puissions nous aussi en tirer quelques leçons.

Alors, avons-nous appris ? Serons-nous maintenant capables d’envisager le nouveau film avec confiance et enthousiasme ? Personnellement, je ne suis pas inquiet du tout, mais force est cependant de constater que les fans échaudés par Les Derniers Jedi ne sont pas gagnés d’avance. Ce film est donc le film de la dernière chance, comme on dit, car si Disney et Lucasfilm ne parviennent pas à rallier la majorité de leur public, ils auront ensuite bien du mal à sauver la franchise. Puisse la Force être avec eux !