La science, c’est quoi?

CHRONIQUE / Bien qu’elle soit présente un peu partout autour de nous, la science demeure à bien des égards méconnue – et surtout très mal comprise – du grand public. À l’école, par exemple, la science est souvent réduite à n’être qu’un catalogue de connaissances accumulées. Or, la science, c’est beaucoup plus que cela. La science, c’est une façon de voir et de questionner le monde qui nous entoure à l’aide d’une méthode fondée sur l’observation et les raisonnements rigoureux. Et bien que l’ambition de la science qui consiste à offrir des réponses à validité universelle puisse sembler un brin prétentieuse, nous verrons qu’il n’en est rien et que la science rime au contraire avec modestie et prudence.

Mais pour comprendre ce qu’est une chose, il vaut parfois la peine de prendre quelques petits détours afin d’expliquer ce qu’elle n’est pas. Ainsi, j’aimerais parler de la science en expliquant d’abord ce qu’elle n’est pas. De cette manière, je pourrai aussi déboulonner quelques mythes et malentendus entourant la science, et ce, afin que nous puissions l’apprécier à sa juste valeur.

Tout d’abord, en dépit de ce que l’on entend parfois, la science n’est pas un système de croyances au même titre que la religion. La science, au contraire, repose sur des méthodes d’investigation rigoureuses et vérifiables. Évidemment, la science n’a pas réponse à tout, mais la science n’a jamais prétendu avoir réponse à tout. Néanmoins, si nous avons de bonnes raisons de « croire » en la science, c’est parce qu’elle offre des résultats probants et que ceux-ci sont réfutables et reproductibles, pour reprendre le vocabulaire du philosophe Karl Popper. Cela implique l’idée que les hypothèses requièrent des preuves et que ces dernières doivent être accessibles à tous, et ce, afin que nous puissions en évaluer le bien-fondé. Bref, si la science n’est pas une croyance, c’est tout simplement parce que nous n’avons pas à y croire sur parole.

Ensuite, la science n’est pas dogmatique, car elle est ouverte à la critique et à la remise en question. Le doute est d’ailleurs au coeur de la démarche scientifique. En ce sens, la science constitue une sorte de retour critique que la raison effectue sur elle-même. La recherche scientifique fait ainsi l’objet de nombreuses réflexions et ses méthodes demeurent constamment ouvertes à la révision. Et cette révision, elle provient notamment de l’évaluation par les pairs (la peer review, en anglais), mais aussi du travail des philosophes des sciences, lesquels s’interrogent sur les modalités de la connaissance (comment savons-nous ce que nous savons ?) et sur les limites de la rationalité (le champ de la connaissance). Cette étude critique des sciences et de la connaissance scientifique s’appelle l’épistémologie, et c’est essentiellement grâce à elle si nos connaissances ont autant progressé depuis le XIXe siècle.

En lui-même, il me semble que le précédent point explique assez bien pourquoi les consensus scientifiques sont importants et significatifs. Lorsque la communauté scientifique se met d’accord sur une question ou sur une autre, il y a en effet tout lieu de penser qu’il s’agit d’une prise de position sérieuse et réfléchie. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il s’agit d’une vérité indiscutable, mais il importe à tout le moins de prendre cette position suffisamment au sérieux pour ne pas prétendre pouvoir la rejeter du revers de la main sans avoir en sa possession une solide hypothèse de substitution et des preuves à l’appui, si possible. À titre d’exemple, celles et ceux qui souhaiteraient remettre en question le consensus scientifique sur l’origine anthropique du réchauffement climatique devraient prendre soin d’apporter des données contradictoires et de nous les expliquer.

Évidemment, rien de tout cela ne nous permet d’affirmer que la science serait synonyme de vérité absolue. Au contraire, de par la nature des connaissances et des réflexions qu’elle génère, il convient davantage de percevoir la science comme une sorte de work in progress. Pour autant, il s’agit sans contredit du meilleur outil que nous ayons à notre disposition pour comprendre et expliquer le monde dans lequel nous vivons.