La mort, source de vie

CHRONIQUE / « C’est beau la mort, c’est plein de vie dedans », chantait Félix Leclerc. Il ne croyait pas si bien dire, mais cette idée n’en est pas moins difficile à appréhender – et surtout à accepter – pour la plupart d’entre nous. Le fait est que parler de la mort n’est pas chose aisée. C’est un sujet tabou, en quelque sorte. Cela s’explique par le fait que, pour nous, la mort est le plus souvent associée à la souffrance et au chagrin. Mais pourtant, la mort fait partie de la vie, comme on dit. Elle est même notre seule certitude, dit-on parfois. Alors, pourquoi la mort nous fait-elle si peur ?

De manière générale, je dirais que si nous redoutons autant la mort, c’est qu’elle est entourée de mystère et que nous n’y sommes pas bien préparés. Ainsi, si « philosopher, c’est apprendre à mourir », comme disait Montaigne, force est de constater que nous manquons cruellement de philosophie. Cela dit, je pense que le problème de la mort est avant tout une affaire de perspective. J’entends par là que si la mort nous apparaît aussi redoutable, c’est que nous n’arrivons pas à comprendre et à apprécier son rôle dans la nature. Et pourtant, nous verrons que la mort est non seulement un passage obligé, mais aussi un bienfait – d’un certain point de vue, du moins.

Un bienfait, mais pour qui ? Évidemment, si nous nous bornons à appréhender les choses sur la seule base de notre individualité, cette idée n’a aucun sens. En effet, pour la plupart d’entre nous, la mort apparaît comme un mal, car elle nous prive de nos proches, et éventuellement de la jouissance de notre propre vie. En ce sens, la mort peut donc être perçue comme une force destructrice qui annihile tout sur son passage. Or, si nous nous efforçons de changer le regard que nous portons sur les choses, nous constatons que la mort n’est pas seulement une force destructrice, mais aussi, et surtout, une force créatrice. À toutes les échelles du vivant, en effet, la mort fait oeuvre utile. Car c’est de la mort qu’émerge la nouvelle vie.

Les Anciens avaient l’habitude de concevoir la nature comme un « grand vivant », c’est-à-dire que tous les êtres qui la constituent forment un tout indissociable. Marc Aurèle, philosophe stoïcien du 2e siècle, disait d’ailleurs ceci au sujet de l’être et de la mort : « Tous ces êtres que tu vois, la Nature qui gouverne le tout instantanément les transforme. De leur substance, elle produira d’autres êtres, puis de la substance de ceux-ci, d’autres encore, afin que le monde demeure toujours jeune. ». Ce qu’il faut en comprendre, c’est que c’est grâce à la mort que le cosmos évolue et se renouvelle sans cesse. Sans la mort, notre monde se « fossiliserait », en quelque sorte. Et nous-mêmes, ne sommes-nous pas des poussières d’étoiles, comme l’a si bien dit l’astrophysicien Hubert Reeves ?

Cette formule, en plus d’être jolie, est rigoureusement vraie. En effet, le processus d’apparition de la vie est intimement lié à la mort de certaines étoiles qui, en s’effondrant sur elles-mêmes, ont disséminé un peu partout dans l’univers les ingrédients de la vie. La leçon à en tirer, c’est qu’en délaissant le point de vue microscopique (l’échelle humaine) au profit du point de vue macroscopique (l’échelle cosmique), nous pouvons pleinement apprécier le caractère créatif de la mort. C’est effectivement grâce à elle que la vie est apparue dans l’univers, mais aussi à travers elle que la vie continue de prospérer.

La mort est donc non seulement inéluctable, mais elle est aussi indispensable. Cela est vrai à l’échelle cosmique, mais aussi à l’échelle humaine, car bien que nous n’ayons absolument rien à gagner dans le fait de devoir mourir, nous savons qu’il est nécessaire que nous mourrions un jour afin de laisser notre place à d’autres. La mort nous impose ainsi une leçon d’humilité, et ce n’est qu’en l’acceptant que nous pourrons trouver la sérénité.

Cela dit, il est normal de ressentir de la peine lors du décès d’un proche, ou encore d’avoir certaines appréhensions face à sa propre mort. Seulement, c’est une erreur de concevoir la mort comme un mal ou une aberration. Qui plus est, sans la mort, quelle valeur et quel sens la vie pourrait-elle bien avoir ?

Opinions

La loi du talion

CHRONIQUE / « Oeil pour oeil finira par rendre le monde aveugle » – Mahatma Gandhi.

Mardi dernier, l’impensable s’est produit à Alma. Un meurtre sordide et gratuit, en pleine rue, au vu et au su de tout le monde. Il n’y a évidemment pas de mots pour décrire l’horreur d’un tel événement, mais j’aimerais néanmoins m’attarder à certains commentaires qui ont été émis sur les réseaux sociaux et dans les médias à propos de notre système de justice. Ce sera ainsi une bonne occasion de réfléchir sur les tenants et aboutissants de cette affaire, mais sous un angle plus « philosophique ».

Sébastien Lévesque

Le visage du racisme

CHRONIQUE / Dernièrement, sur sa page Facebook, un ami a livré un témoignage que je tenais absolument à partager avec vous. Il s’agit d’une histoire vraie et d’une triste démonstration de ce qu’il convient d’appeler le racisme ordinaire.

Avec son accord, je vous fais lire l’intégralité de son récit afin que vous puissiez bien comprendre ses diverses implications. À noter que l’ami en question est d’origine libanaise et de confession musulmane, ce qui aura évidemment son importance dans le déroulement des événements.

Chroniques

Charité bien ordonnée

CHRONIQUE / Réussir un débat sur les réseaux sociaux n’est pas une mince affaire. Outre les habituelles guerres d’ego, il y a aussi tout un nombre d’éléments parasites qui nuisent à la bonne conduite et à la compréhension de nos échanges. Parmi ceux-ci, on note la prévalence de comportements hostiles, notamment la propension qu’ont certaines personnes à chercher à « écraser » leur interlocuteur plutôt qu’à l’élever. Tout cela ne date pas d’hier, me direz-vous, mais force est de constater que les réseaux sociaux tendent à accentuer le phénomène – ou à tout le moins à le rendre plus visible.

Globalement, on peut penser que la démocratisation de la parole publique est une bonne chose. Après tout, chacun a droit à son opinion et il est sain que tous puissent s’exprimer librement. Néanmoins, on oublie trop souvent que la prise de parole publique s’accompagne de certaines responsabilités et, qui plus est, que toutes les opinions ne se valent pas forcément. La prudence est donc de mise, et il est déplorable de constater que certaines personnes s’engagent sur ce terrain glissant sans prendre quelques précautions d’usage, à commencer par s’assurer de savoir de quoi ils parlent.

Chroniques

Le chroniqueur solidaire

CHRONIQUE / Depuis une semaine, dans mon entourage, on me demande de réagir face à la menace de fermeture qui plane sur Le Quotidien et les autres journaux du Groupe Capitales Médias (GCM). On me demande aussi comment je me sens et si j’ai peur de perdre ma chronique. Pour tout dire, je demeure confiant qu’une solution durable se présentera bientôt, même si je ne suis évidemment pas dans le secret des dieux. Mais ce que je sais, en revanche, c’est que ces journaux sont trop importants pour que nous les regardions mourir sans rien faire.

Je ne suis pas un journaliste et encore moins un expert des médias, mais permettez-moi tout de même d’utiliser la tribune qui m’est confiée pour réagir à certains commentaires que j’ai lus sur les réseaux sociaux et vous partager quelques-unes de mes réflexions sur les médias et l’information en général.

Opinions

Au-delà du réel

CHRONIQUE / Nous vivons à une époque où il semble de plus en plus difficile de trouver l’équilibre, le juste milieu. Les réseaux sociaux y sont forcément pour quelque chose, mais nos débats sociaux et politiques sont effectivement très polarisés, comme si la pensée divergente et l’exposition à la critique nous étaient devenues insoutenables. Parallèlement à tout cela, il s’est développé toute une série de concepts qui, bien qu’ils soient valables sur le fond, sont souvent utilisés à mauvais escient, généralement pour disqualifier son interlocuteur, voire le réel lui-même.

Parmi ceux-ci, le concept de grossophobie me semble particulièrement révélateur de cette tendance à nier le réel au nom du politiquement correct. Dire qu’une personne est grosse serait une insulte et le révélateur d’une haine profonde à l’endroit des personnes obèses. Certes, je ne chercherai pas ici à nier les insultes et les préjugés dont ces personnes peuvent être la cible. Ces attitudes dégradantes doivent être dénoncées et c’est pourquoi le concept de grossophobie n’est pas totalement dénué de sens. Pour autant, il serait un peu simpliste et hypocrite de réduire notre préférence pour les corps plus minces – mais pas trop, quand même – à de la grossophobie.

Chroniques

Vivre sans cellulaire

CHRONIQUES / « Les choses que tu possèdes finissent par te posséder. » – Tyler Durden, dans Fight Club

J’ai lu avec intérêt la chronique de mon collègue Patrick Duquette du Droit, dans laquelle il nous explique pourquoi il ne pourrait pas se passer de son cellulaire. En fait, peut-être le pourrait-il, mais il ne le souhaite tout simplement pas. Il assume qu’il en est venu à voir son cellulaire comme un prolongement de lui-même, une sorte « d’excroissance de [s]on propre corps ». Et si j’ai bien compris son texte, son principal argument consiste à dire qu’en soi, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise, mais que tout dépend de l’usage que nous en faisons. 

En lui-même, l’argument est bon. En effet, rien ne me lasse plus que ces gens qui diabolisent les nouvelles technologies, comme si ces dernières allaient faire de nous des bêtes sans âme, ou pire encore nous pousser à notre propre destruction. À bien des égards, le progrès technologique nous a rendu la vie meilleure, nous ne pouvons le nier. Mais depuis toujours, l’être humain entretient aussi un rapport trouble à la connaissance et à la technique, qu’il considère tantôt comme des bénédictions, tantôt comme des malédictions. Il suffit de lire des mythes comme Prométhée, Frankenstein ou même la Bible pour s’en convaincre. 

Personnellement, je n’ai pas de cellulaire et je ne souhaite pas vraiment en avoir un. Cela dit, je n’entretiens pas un rapport conflictuel avec la technologie pour autant. Je ne suis pas technophobe, bien au contraire. Je dirais même que les nouvelles technologies sont très présentes dans ma vie. 

À la maison, par exemple, nous avons un ordinateur de bureau, deux ordinateurs portables et deux tablettes numériques. Et au bureau, j’en suis arrivé au point où je n’utilise pratiquement plus de papier. De nos jours, presque tout peut se faire à partir d’un ordinateur ou d’une tablette, et c’est très bien ainsi. 

Bref, je n’ai aucun problème avec les nouvelles technologies, sauf lorsque celles-ci sont utilisées de manière immodérée, au point où elles en viennent à nuire aux relations humaines, voire carrément à la santé. 

Et c’est là que le bât blesse, car pour une majorité d’utilisateurs, il semble très difficile de garder la juste mesure. 

D’ailleurs, en tant que professeur au cégep, j’en aurais long à vous dire au sujet des cellulaires et de leur impact sur les étudiants, notamment dans la salle de classe. Dire que cela perturbe le processus d’apprentissage serait un euphémisme. 

N’empêche, je comprends les gens qui sont attachés à leur cellulaire. Je reconnais l’utilité de la patente. Mais trop, c’est trop ! 

Et quand je calcule la balance des bienfaits et des méfaits du cellulaire sur ses utilisateurs, je ne peux faire autrement qu’en arriver à la conclusion qu’il fait plus de mal que de bien. 

Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez être joints partout et n’importe quand. Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez suivre l’actualité en temps réel. Oui, vous pouvez faire votre magasinage en ligne pendant que vous attendez l’autobus. 

Mais à quel point tout cela est-il vraiment nécessaire ? Et à quel point ces avantages supplantent-ils les inconvénients, à savoir tous ces moments que vous perdez à scroller passivement plutôt que vivre le moment présent ? Tous ces moments que vous passez à « parler » à travers vos écrans, ne vaudrait-il pas mieux les prendre pour converser avec les gens autour de vous ? Réflexion faite, si je devais avoir un téléphone cellulaire, ce serait un bon vieux « flip-flop ». Vous savez, ces téléphones qui ne servaient qu’à téléphoner ? ! 

Je doute que nous ayons réellement besoin de plus que cela, de toute façon. 

Finalement, bien que je sois d’accord pour dire que le cellulaire n’est pas mauvais en soi, je demeure d’avis que son impact est généralement néfaste. 

Évidemment, il revient à chacun de nous de tracer la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, mais en sommes-nous capables ? 

Malheureusement, il semblerait que l’emprise du cellulaire sur ses propriétaires soit telle qu’ils en perdent parfois le contact avec la réalité. 

Dans ces conditions, il vaudrait peut-être mieux apprendre à vivre sans cellulaire.

Opinions

Réenchanter le monde

CHRONIQUE / « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », disait Pascal. Par ces mots, il voulait certainement exprimer son désarroi face à un univers qui, à la lumière des connaissances de son temps, apparaissait comme froid et indifférent à notre sort. Il est vrai que, dans le modèle mécaniste et déterministe développé par des penseurs comme Descartes, Newton et Laplace, il y avait finalement peu de place à l’émerveillement, l’univers étant décrit comme une sorte de machine bien huilée et entièrement prévisible. C’est ainsi que la science moderne, ayant vidé le Ciel et la Terre de ses dieux et de sa part de mystère, a été accusée d’avoir « désenchanter le monde ».

Mais c’était sans compter les grandes découvertes du 20e siècle, rendues possibles grâce aux travaux d’Albert Einstein sur la relativité générale. Un astronome, Edwin Hubble, découvrit notamment l’existence d’autres galaxies en dehors de notre Voie lactée et, du même coup, que l’univers dans lequel nous vivons est en expansion. Cela nous a fait prendre conscience des dimensions astronomiques – c’est le cas de le dire ! – de l’univers et, qui plus est, que celui-ci a une histoire. Et le plus extraordinaire, c’est que cette histoire, c’est aussi notre histoire. En effet, nous sommes des enfants du cosmos, engendrés par lui à partir d’éléments chimiques formés à même le coeur des étoiles – qui sont nos grands-mères, en quelque sorte.

Sébastien Lévesque

«Je» n’existe pas

CHRONIQUE / « L’être humain n’est qu’une partie d’un tout que nous appelons l’univers. Une partie délimitée dans le temps et dans l’espace. Et par une sorte d’illusion d’optique de sa conscience, il se sent lui-même, avec ses pensées et ses sentiments, comme séparé du reste. Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous restreint à nos désirs personnels et à ne manifester notre affection qu’aux rares personnes avec qui nous entretenons des liens étroits. Nous avons donc pour mission de nous affranchir de cette prison en élargissant notre cercle de compassion pour embrasser toutes les créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté. »

Ces mots sont d’Albert Einstein et expriment selon moi très bien l’un des principaux défis de notre temps, à savoir la réconciliation de l’être humain avec la nature. D’ailleurs, que ce soit à travers la croyance en un dieu quelconque ou une autre forme de spiritualité, l’être humain a toujours eu le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que lui. Chez les Anciens, cette appartenance s’incarnait dans le lien étroit avec la nature, qu’ils avaient l’habitude de considérer comme un « grand vivant ».

Chroniques

La science, c’est quoi?

CHRONIQUE / Bien qu’elle soit présente un peu partout autour de nous, la science demeure à bien des égards méconnue – et surtout très mal comprise – du grand public. À l’école, par exemple, la science est souvent réduite à n’être qu’un catalogue de connaissances accumulées. Or, la science, c’est beaucoup plus que cela. La science, c’est une façon de voir et de questionner le monde qui nous entoure à l’aide d’une méthode fondée sur l’observation et les raisonnements rigoureux. Et bien que l’ambition de la science qui consiste à offrir des réponses à validité universelle puisse sembler un brin prétentieuse, nous verrons qu’il n’en est rien et que la science rime au contraire avec modestie et prudence.

Mais pour comprendre ce qu’est une chose, il vaut parfois la peine de prendre quelques petits détours afin d’expliquer ce qu’elle n’est pas. Ainsi, j’aimerais parler de la science en expliquant d’abord ce qu’elle n’est pas. De cette manière, je pourrai aussi déboulonner quelques mythes et malentendus entourant la science, et ce, afin que nous puissions l’apprécier à sa juste valeur.

Sébastien Lévesque

Tirer sur la messagère

CHRONIQUE / Icône incontournable du militantisme climatique, la jeune Greta Thunberg inspire tout autant qu’elle dérange. Elle inspire, car son engagement indéfectible pour la cause environnementale ne peut que susciter l’admiration de celles et ceux qui, comme moi, sont inquiets pour l’avenir de notre planète.

Mais elle dérange, car elle tient un discours qui, avouons-le, est assez difficile à entendre. Pour autant, il n’en est pas moins nécessaire et juste. Qui plus est, il est bon de se rappeler que cette Suédoise de 16 ans n’est qu’une messagère, c’est-à-dire la porte-parole d’une génération qui aura éventuellement à vivre avec les conséquences de notre inaction.

Opinions

Le véganisme est un humanisme

CHRONIQUE / Le véganisme fait de plus en plus d’adeptes au Québec et un peu partout dans le monde. Mais cette popularité a un prix, et dans les faits, le véganisme soulève aussi de nombreuses questions et des débats passionnés. Parmi les critiques qui lui sont adressées, certaines considèrent le véganisme comme une doctrine misanthrope, c’est-à-dire qu’elle alimenterait la haine ou le mépris du genre humain. Or, s’il est vrai que certains militants véganes portent un discours assez intransigeant et radical, notamment à l’égard de l’espèce humaine, il n’en demeure pas moins que les fondements du véganisme sont profondément humanistes. C’est à tout le moins ce que je tenterai de démontrer dans ce texte.

En tenant de tels propos, je sais pertinemment que je m’aventure sur un terrain glissant. Comme je l’ai évoqué précédemment, le véganisme est un sujet qui soulève les passions et qui prête difficilement à la réflexion rationnelle. Et si le véganisme ne manque pas de susciter de vives réactions, c’est non seulement parce que certains de ses représentants sont des « exaltés », mais aussi, et surtout, parce qu’il tend à remettre en question de nombreuses évidences, à commencer par notre prétendue supériorité sur les animaux, ou encore le fait que manger de la viande serait naturel et nécessaire. Ces arguments sont intéressants, mais nous verrons qu’ils résistent difficilement à l’analyse.

Chroniques

La pensée de Dieu

CHRONIQUE / Dans son best-seller Une brève histoire du temps, le célèbre physicien et cosmologiste Stephen Hawking, pourtant ouvertement athée, a déjà déclaré que si nous arrivions un jour à découvrir une théorie complète qui nous permettait de comprendre pourquoi l’univers existe et pourquoi nous existons, alors ce serait « le triomphe ultime de la raison humaine – à ce moment, nous connaîtrions la pensée de Dieu ». À juste titre, ces mots ont fait couler beaucoup d’encre. La pensée de Dieu? Mais qu’entendait-il par-là, exactement?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Dieu est un concept polysémique, c’est-à-dire que sa définition et son sens peuvent passablement varier d’une époque et d’une culture à l’autre, voire d’une personne à une autre. En ce sens, il est assez clair que dans l’esprit d’Hawking, le mot Dieu ne référait certainement pas à un être transcendant et personnel, comme c’est le cas dans les principales religions monothéistes. En fait, il y a tout lieu de penser que le Dieu dont parlait Hawking n’était autre qu’un principe créateur, semblable à celui décrit par Einstein.

Opinions

Gang de totons

CHRONIQUE / Lire les commentaires sur les réseaux sociaux est toujours un exercice périlleux, mais cela s’avère parfois nécessaire et révélateur des tendances actuelles. La semaine dernière, certains parcs aquatiques ont fait la manchette en annonçant qu’ils avaient révisé leurs politiques (code vestimentaire) afin de se conformer à la loi : maintenant, les femmes pourront déambuler seins nus dans ces parcs, tout comme dans la plupart des lieux publics. Cela dit, même si nous sommes en droit de douter que cette pratique s’avère véritablement répandue, il n’en fallait pas plus pour que cette nouvelle suscite l’émoi sur les réseaux sociaux, ainsi que son lot de commentaires, disons, douteux.

Un premier type de réaction que l’on rencontre en lisant les commentaires à ce sujet, c’est ce que j’appelle les « jokes de mononcles », c’est-à-dire des blagues de mauvais goût qui laissent entendre que les hommes seraient bien contents que les femmes se promènent seins nus, car ils pourront ainsi se rincer l’œil. Ces « blagues », en apparence anodines, reflètent assez bien le phénomène de l’objectivisation sexuelle des femmes, lesquelles se trouvent trop souvent réduites à n’être que des objets de convoitise. On me rétorquera probablement que ce si elles ne tiennent pas à être vues, elles n’ont qu’à ne pas se montrer, ce à quoi je répondrai qu’il revient aussi à nous, messieurs, de faire preuve de civisme et de maîtrise de soi – à ce propos, l’excuse des hormones s’avère un peu trop facile.

Sébastien Lévesque

Le pacte faustien de la gauche

CHRONIQUE / Dans la littérature populaire allemande, le récit tragique de Faust a donné lieu à de nombreuses interprétations. Dans l’une d’elles, notre héros accepte de vendre son âme au diable en échange de la connaissance universelle – ce qui le mènera évidemment à sa perte. Victime de sa propre ambition et de son aveuglement, Faust s’est fait duper, car il n’a pas bien mesuré la portée et les conséquences de son geste.

 De manière générale, on parle d’un « pacte faustien » pour évoquer le fait d’un individu ou d’un groupe qui, afin d’obtenir la richesse ou un quelconque bénéfice, est prêt à abandonner ses valeurs ou ses principes moraux.

Chroniques

Trump: de l’indignation à la réflexion

CHRONIQUE / Il y a quelques jours encore, le président américain Donald Trump a lancé de virulentes attaques à l’endroit de certaines élues démocrates, allant même jusqu’à leur suggérer de retourner d’où elles viennent. Bien qu’il n’ait cité aucun nom, on se doute bien qu’il faisait référence à des femmes comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. Outre la grossièreté de ses propos (et c’est un euphémisme!), il est par ailleurs difficile de ne pas être choqué par la méconnaissance dont le président Trump fait preuve à l’égard de l’histoire de son propre pays.

À l’instar de la plupart des autres grandes démocraties occidentales, les États-Unis se sont construits sur l’immigration et sur des valeurs comme l’ouverture et la tolérance – même si, dans les faits, ces dernières ont souvent été mises à mal, notamment en raison de l’esclavage et de la ségrégation raciale. En ce sens, qu’un président américain se permette de tenir ouvertement un tel discours est non seulement préoccupant, mais représente un net recul. Et cela dénote surtout un profond malaise dans la culture politique américaine.

Chroniques

Des verts pragmatiques

CHRONIQUE / Dernièrement, la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a généré un mélange de surprise et d’indignation en adoptant une position relativement favorable aux sables bitumineux de l’Alberta. En effet, Mme May a affirmé que, puisque le Canada avait toujours besoin des hydrocarbures (le pétrole et le gaz naturel) pour fabriquer certains produits et pour satisfaire ses besoins énergétiques, il valait mieux « consommer local » que de dépendre des importations de pétrole étranger. Par ailleurs, elle prône une transition juste et réaliste vers les énergies vertes, sachant très bien que cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain.

Il n’en fallait évidemment pas plus pour qu’elle soit taxée d’hypocrisie, voire de trahison, par certains militants écologistes. Et c’est sans aucun doute le même sort qui attend l’activiste Steven Guilbeault, qui vient tout juste de faire le saut en politique sous la bannière libérale. Certes, il peut sembler ironique que l’ancien directeur d’Équiterre s’engage en politique dans une formation qui, récemment encore, a donné le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain, mais il n’en demeure pas moins qu’il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre que monsieur Guilbeault – tout comme madame May – n’est pas un écologiste sincère et convaincu.

Sébastien Lévesque

Christianisme et féminisme

CHRONIQUE / Dernièrement, j’ai écouté le film «Marie Madeleine», de Garth Davis, mettant en vedette Rooney Mara dans le rôle-titre, ainsi que Joaquin Pheonix dans le rôle de Jésus. Le film est assez peu orthodoxe, proposant une lecture féministe du personnage de Marie Madeleine en se basant à la fois sur la Bible et sur des sources apocryphes. Je suppose qu’il faut donc prendre tout cela avec un gros grain de sel, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un film intéressant, en phase avec notre époque.

Personnellement, je ne suis ni chrétien, ni une femme, il pourrait donc apparaître étrange que je m’intéresse autant à la relation entre le christianisme et le féminisme. 

Seulement, si l’on considère l’impact qu’a eu le christianisme sur notre civilisation, ce serait fou de ne pas s’y intéresser, ne serait-ce que pour mieux comprendre qui nous sommes et d’où nous venons. 

La question de la place de la femme dans la société, par exemple, est intimement liée au traitement réservé aux femmes dans l’histoire du christianisme. 

Et c’est sur ce point que le film de Davis est intéressant, car il propose de faire de Marie Madeleine une icône du féminisme, et qui plus est une figure centrale du christianisme naissant.

Chronique

L’appel de la forêt

CHRONIQUE / Vous connaissez probablement tous ce classique de la littérature américaine. L’appel de la forêt, de Jack London, raconte l’histoire de Buck, un chien domestique qui, après avoir été confronté aux pièges et à la rudesse du territoire du Yukon, revient à ses instincts naturels et devient chef de meute. Pour nous, humains, le livre soulève certaines questions importantes, notamment celle de notre rapport à la nature.

Pour peu qu’on sache lire entre les lignes, le parti pris de London en faveur de « l’état de nature » est assez évident dans ce livre. Un peu comme Jean-Jacques Rousseau avant lui, l’auteur y défend la thèse d’une supériorité de la nature sur l’homme. Plus précisément, il convient à l’homme comme à n’importe quel animal de découvrir sa vraie nature et de s’y conformer. Cela ne signifie pas qu’il faille chercher à vivre une vie plus facile, bien au contraire, mais une vie plus vraie, plus authentique.

Opinions

Le combat de Nathan

CHRONIQUE / Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Nathan Choinière, un ancien élève de l’école secondaire du Verbe Divin, à Granby, s’est vu refuser le droit de se présenter en robe à son bal de finissants. Un an plus tard, il a décidé de publier une vidéo sur Facebook pour se « vider le cœur », mais aussi, et surtout, pour faire valoir les droits des membres de la communauté LGBTQ2+. Et je crois que son message mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Pour tout dire, si je vous en parle aujourd’hui, c’est non seulement parce que cette histoire m’a touché, mais également parce que je connais Nathan. En effet, ce dernier étudie maintenant au Cégep de Jonquière et il a été un de mes étudiants l’an dernier. Je vous le dis par souci de transparence, mais aussi parce que j’ai moi-même été « confronté » à son style peu conventionnel. Enfin, confronté est un bien grand mot, car il n’y a dans les faits rien de bien dérangeant dans le style et l’attitude de Nathan, si ce n’est qu’il se démarque du lot par son originalité. Mais cela suffit évidemment à importuner certaines personnes à l’esprit un peu plus étroit.

Chroniques

Avortement: le débat impossible

CHRONIQUE / On ne l’avait pas vraiment vu venir, celle-là, mais avec ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, la question de l’avortement est revenue hanter le débat public au Québec et au Canada. En guise de réaction, nos gouvernements ont adopté des motions visant à réaffirmer le droit des femmes à disposer de leur corps. Tous les partis politiques ont applaudi, sauf les conservateurs. Comment interpréter ce refus ? Serait-ce que les conservateurs souhaitent rouvrir le débat sur l’avortement s’ils sont élus ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux, je ne vais donc pas spéculer sur les intentions réelles ou cachées des conservateurs. Par contre, je note qu’ils sont les seuls à ne pas soutenir inconditionnellement le droit à l’avortement, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Qu’on me comprenne bien, je n’ai pas dit que j’étais contre l’avortement, mais il m’apparaît néanmoins sain qu’une question aussi complexe et délicate que celle-là ne soit pas assujettie à une unanimité béate et simpliste. Bref, je trouve ça sain qu’on puisse en débattre.

Sébastien Lévesque

Le bonheur en famille

CHRONIQUE / La semaine dernière, j’ai lu avec intérêt la chronique de Marie-Ève Lambert, ma collègue de La Voix de l’Est. Elle y abordait l’épineuse question du bonheur parental, et plus particulièrement de la pénalité de bonheur parental. Selon plusieurs études, en effet, les parents seraient généralement moins heureux que les non-parents. Pourquoi ? En gros, parce que les enfants génèrent du stress, de la frustration et de l’inquiétude.

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je ne suis aucunement surpris par le résultat de ces études. Non pas que je pense que les enfants nuisent réellement au bonheur, mais parce que je crois que nous nous trompons sur la véritable nature du bonheur. De manière générale, notre société tend à nous faire croire que le bonheur réside dans l’accumulation des plaisirs intenses et immédiats ainsi que dans la réussite individuelle. Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que les enfants constituent une entrave au bonheur, car ils entrent forcément en contradiction avec nos attentes et nos aspirations individuelles.

Le problème, c’est que l’individualisme et le narcissisme sont devenus les bases de notre société. Le bonheur y est perçu comme un bien de plus à s’approprier, un peu comme toutes ces bébelles qu’on achète chez IKEA ou au Costco pour combler le vide de notre existence. Le bonheur est devenu une marchandise, une course, une compétition. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de livres et de conférences de « coachs de vie » qui nous promettent la recette du bonheur, mais surtout un moyen simple et rapide pour y parvenir. Pas l’temps d’niaiser, comme on dit !

Dans le registre familial, ce mal prend la forme de ce que j’appelle le « couple-jouisseur ». Le couple-jouisseur, c’est ce couple qui n’en est pas vraiment un. Ce couple qui n’est que l’addition des deux individus qui le composent et l’extension naturelle de l’individualisme narcissique qui caractérise notre époque. Ce modèle n’existe d’ailleurs que dans l’objectif d’accroître le plaisir et les opportunités de l’individu. Le couple et la famille n’y sont rien de plus que des « ingrédients » du bonheur standardisé à la sauce moderne.

Mais la désillusion ne tarde pas à venir, car il apparaît de plus en plus évident que le bonheur qu’on tente de nous vendre est factice et que les standards qu’on nous demande d’atteindre sont irréalistes. Surtout chez les femmes, pour qui le prix à payer s’avère particulièrement élevé. Mais à qui la faute ? En fait, tout indique que nous sommes en partie les artisans de notre propre malheur. D’abord, nous nous laissons entraîner dans cette spirale ridicule de « succès » et de confort matériel, puis nous recherchons une reconnaissance superficielle de la part d’une société tout aussi superficielle.

Selon moi, il faut changer nos attentes et nos aspirations, et surtout le regard que nous portons sur le couple et la famille. Car pour peu qu’on accepte l’idée que le bonheur ne se trouve pas nécessairement dans l’accumulation des plaisirs et dans la réussite matérielle et individuelle, les enfants n’apparaissent plus comme un obstacle. En réalité, le bonheur est davantage une entreprise collective dont la famille s’avère l’un des lieux privilégiés. Certes, celle-ci vient avec son lot de stress, de frustrations et d’inquiétudes, mais ce sont ces « épreuves » qui forgent notre caractère et nous aident à devenir de meilleures personnes.

À travers le couple et la famille, nous apprenons – en principe – à faire des compromis et des sacrifices. Nous apprenons le sens et la valeur du dévouement. Aussi, être parent nous confronte à nos propres limites et imperfections. Bref, nous apprenons à dépasser notre individualité pour embrasser un projet plus grand que nous. Ce n’est pas toujours facile, évidemment, mais humainement enrichissant.

Ainsi conçu, le bonheur en famille a donc quelque chose de subversif, car il appelle au renversement des valeurs de notre époque. La famille nous ouvre alors sur un bonheur profond et durable dont nous ne pouvons prendre la pleine mesure qu’avec les années. Cela s’appelle le sentiment du devoir accompli.

À LIRE AUSSI: La pénalité de bonheur parental - La chronique de Marie-Ève Lambert

Sébastien Lévesque

Le cerveau qui croit

CHRONIQUE / « Le mot “Dieu” n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine, la Bible est une collection de légendes honorables, mais toujours purement primitives et néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle, ne pourra me faire changer d’avis », a écrit le physicien théoricien Albert Einstein dans une lettre au philosophe juif allemand Erik Gutkind.

Bien qu’on ait souvent tenté de le faire passer pour un croyant, Albert Einstein était en réalité un athée convaincu. Il n’était d’ailleurs pas toujours tendre à l’égard des croyants, comme en fait foi la citation ci-haut.

Sébastien Lévesque

Des républicains?

CHRONIQUE / C’est un sujet assez peu discuté de nos jours, mais la question de l’héritage des Patriotes de 1837-1838 a toujours été sujette à de nombreuses interprétations. Dans un ouvrage paru en 2014, le philosophe et politologue Danic Parenteau a pour sa part soutenu l’idée selon laquelle les Patriotes seraient à l’origine d’une pratique sociale d’inspiration républicaine qui, depuis lors, se serait fortement enracinée dans l’imaginaire collectif québécois. En ce sens, les Québécois seraient donc des républicains qui s’ignorent, car il faut bien admettre que le concept de républicanisme demeure à ce jour largement méconnu du grand public.

Dans son Précis républicain à l’usage des Québécois, Parenteau nous invite d’ailleurs à distinguer le républicanisme en tant que régime politique du républicanisme en tant que pratique sociale. Car si le premier a la particularité de rejeter la monarchie et les privilèges anciens, le second tend plutôt à s’opposer au libéralisme politique. Ce point est important, car c’est sur la base de cette opposition que notre auteur entend expliquer en quoi et pourquoi le multiculturalisme canadien et les accommodements religieux ne passent pas au Québec. À ses yeux, c’est clair, si les Québécois n’adhèrent pas à ce libéralisme anglo-saxon, c’est parce qu’ils possèdent une « sensibilité républicaine » héritée de la pensée des Patriotes.

Sébastien Lévesque

Faire souffrir « pour le fun »

CHRONIQUE / Dernièrement, la direction du Festival du cochon de Sainte-Perpétue, au Centre-du-Québec, a annoncé qu’elle mettait fin à la traditionnelle course au cochon graissé, une épreuve jugée cruelle par des groupes de défense des animaux. Par ailleurs, vous avez probablement entendu parler de cet enfant qui a été mordu par un zèbre lors du Salon des animaux exotiques qui s’est tenu à Chicoutimi en avril dernier. Évidemment, loin de moi l’idée de banaliser cet incident, mais je crois cependant qu’il s’agit d’une belle occasion de nous questionner sur le sort réservé aux animaux lors de ce type d’événement.

Aujourd’hui encore, de nombreux événements dans la région et partout au Québec offrent une programmation dans laquelle on retrouve diverses activités qui mettent en scène des animaux. Que ce soit lors des expositions agricoles ou des festivals western, plusieurs de ces activités – notamment le rodéo – sont fondées sur la violence, le stress et la peur. N’ayons pas peur des mots, il s’agit ni plus ni moins d’une forme de cruauté et de maltraitance envers ces animaux et je peine à comprendre comment une société comme la nôtre peut encore tolérer de telles pratiques, si ce n’est par ignorance ou par méchanceté pure et simple.

Chroniques

Un tramway nommé philo

CHRONIQUE / Que préféreriez-vous si l’on vous donnait le choix entre une vie réelle remplie de souffrances ou une vie virtuelle exempte de toute souffrance ? Dans une situation d’urgence, devons-nous vraiment sauver les femmes et les enfants d’abord ? Et si nous le pouvions, serait-il moralement justifié de remonter le temps pour tuer Adolf Hitler alors qu’il n’était encore qu’un bébé ? Ce n’est là qu’un bref échantillon des questions auxquelles certains chercheurs tentent de répondre par le biais de la philosophie expérimentale.

Dans l’esprit de la plupart des gens, la philosophie se présente comme une activité hautement spéculative et abstraite, au point où l’expression « philosophie expérimentale » peut sembler contradictoire. Il est vrai que la tradition philosophique s’est construite sur une méthode qui repose principalement sur la justification a priori, mais l’intérêt de la philosophie expérimentale relève précisément du fait qu’elle mise sur les connaissances empiriques.

Sébastien Lévesque

Ce pays qui n'est pas le nôtre

CHRONIQUE / « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » — Robert Bourassa, 22 juin 1990

Vous vous souvenez du 27 octobre 1995 ? C’était trois jours avant le référendum sur la souveraineté et des dizaines de milliers de Canadiens étaient venus des quatre coins du pays pour démontrer leur volonté de conserver le Québec au sein du Canada. C’était le fameux « love-in ». Les Canadiens venaient soudainement de se découvrir un amour et un attachement pour le Québec, et ce, après plus d’une décennie de querelles constitutionnelles à travers lesquelles le Québec n’a récolté que du mépris et de la déception.

Sébastien Lévesque

Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.

Sébastien Lévesque

Laïcité : prenez votre gaz égal!

CHRONIQUE / ​La laïcité, encore. Cela fait maintenant plus de 10 ans que les Québécois s’entredéchirent sur cette question, ce qui devient un peu lassant à la longue. Je m’étais donc promis de ne plus en parler, mais les événements en ont décidé autrement. Mais que pourrais-je ajouter qui n’a pas déjà été dit ? Cette fois, j’ai décidé de ne pas me positionner à proprement parler sur le projet de loi 21, mais de procéder à quelques mises en garde à l’attention de celles et ceux qui s’engageront dans ce débat, et ce, afin d’éviter les dérapages habituels. Trop peu trop tard, me direz-vous.

Vous vous souvenez du sketch Le 4e Reich, de RBO ? On y décrit un Québec ayant sombré dans le totalitarisme et prenant pour cible sa minorité anglophone, laquelle doit subir de violentes tentatives d’assimilation de la part de la majorité francophone. Les anglophones y sont placés dans des camps de concentration et en sont réduits à devoir écouter de la musique francophone (du Michel Louvain, si ma mémoire est bonne) en mangeant de la poutine et du pâté chinois. L’horreur, quoi ! Il s’agit d’une satire, évidemment, mais ce sketch exprime tout de même assez bien le climat de défiance qui régnait dans le Québec des années 80, une époque marquée par les débats entourant l’application de la loi 101.

Sébastien Lévesque

Démystifier l’école à la maison

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a récemment déposé un nouveau projet de règlement visant à encadrer plus strictement les familles qui font l’école à la maison. De son propre aveu, le ministre souhaite s’assurer que le droit à l’éducation de chaque enfant est respecté, et plus particulièrement celui des enfants qui fréquentent des écoles religieuses illégales. L’objectif est noble, mais la mesure risque malheureusement d’être assez peu efficace, en plus de nuire à l’ensemble des familles qui font l’école à la maison. En effet, en resserrant les règles autour de l’école à la maison, le ministre s’attaque directement à la liberté éducative de ces familles, et ce, sans motif raisonnable.

D’après les dernières estimations, il y aurait près de 5000 enfants scolarisés à la maison au Québec. Et pour diverses raisons, dont je vais vous épargner l’analyse aujourd’hui, le phénomène serait en pleine croissance. Quoi qu’il en soit, l’école à la maison demeure une réalité méconnue et très critiquée. Le ministre Roberge lui-même ne semble pas vraiment affectionner cette option éducative. Nous verrons cependant que la plupart des critiques dont elle est l’objet ne reposent que sur des préjugés et des idées reçues.