Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Sébastien Lévesque
Le Quotidien
Sébastien Lévesque

La fuite en avant

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / « Chacun conduit sa vie à toute allure et souffre de tout attendre du futur et d’être constamment insatisfait du présent. » - Sénèque

D’entrée de jeu, rassurez-vous, cette chronique n’a pas pour vocation de vous faire la morale à propos de l’importance de respecter les règles sanitaires. Enfin, si, un peu, mais pas trop. Certes, je considère qu’il est important de respecter ces règles, mais ce dont je souhaiterais surtout vous parler, c’est de ce que cette pandémie nous révèle sur nous-mêmes, et plus particulièrement sur notre rapport au temps et à la performance.

Ce n’est un secret pour personne que l’ensemble des règles sanitaires et le confinement (même partiel) pèsent lourd sur le moral de certaines personnes. Les gens ont hâte que les choses redeviennent comme avant. Ils ont hâte de retrouver une «vie normale». C’est tout à fait compréhensible, mais tout compte fait, est-ce vraiment souhaitable et raisonnable? Lorsque cette pandémie sera derrière nous, faudra-t-il forcément que les choses redeviennent exactement comme avant?

Nous vivons une époque où tout va vite, une époque dans laquelle la réussite sociale et professionnelle se mesure surtout en termes de performance. Dans notre société hyperactive, l’oisiveté n’est pas proscrite, mais elle est néanmoins perçue comme une perte de temps. Tout au plus est-elle considérée utile pour «recharger nos batteries» afin d’être toujours plus performant par la suite. Bref, nous vivons une époque où la vie contemplative est nettement dépréciée au profit de la vie active.

À ce propos, on dit souvent que les enfants ne savent plus s’ennuyer, qu’ils sont surstimulés. C’est vrai, mais c’est tout aussi vrai pour les adultes. C’est notamment ce que révèle cette pandémie. Celle-ci nous oblige à mettre la pédale douce et à réviser notre rapport au temps et à la performance. Elle nous confronte aussi à nous-mêmes, ce à quoi nous sommes de moins en moins habitués. Cela suffit amplement à expliquer pourquoi le confinement nous est aussi désagréable.

Dans ce contexte, la fuite en avant devient pour plusieurs personnes la seule issue possible. C’est une réaction assez commune, surtout dans une société comme la nôtre qui conçoit toute contrariété comme une forme de souffrance intolérable. Qu’on me comprenne bien, je ne condamne pas les gens qui ont besoin de s’évader un peu. Je comprends aussi la tentation d’enfreindre les règles. Après tout, la fuite en avant est un puissant mécanisme de défense qui permet parfois de supporter une réalité qui nous apparaît difficilement supportable. Seulement, nous devrions aussi veiller à ne pas nous enfermer dans un futur illusoire – au risque d’en oublier de vivre et d’apprécier l’instant présent.

Qu’on le veuille ou non, cette pandémie aura probablement des effets durables sur notre société. Notre rapport au monde et aux autres risque d’être durablement impacté. Un mal pour un bien, diront certains, car les choses ne pouvaient probablement pas continuer comme ça. Cette normalité à laquelle nous nous étions attachés était en train de nous tuer à petit feu de toute façon.

Tout cela a évidemment quelque chose d’un peu angoissant, car nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Seul le présent nous appartient. Et il nous appartient d’apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité, d’avoir le courage de la regarder en face. Nous n’avons pas le choix. Bref, nous devrons faire preuve de patience et de résilience.

Avec les années, le temps des Fêtes est devenu un autre symbole de notre société hyperactive et consumériste. Une véritable course folle! De toute évidence, ça ne sera pas le cas cette année. Non sans ironie, cette pandémie nous force ainsi à changer notre regard sur les choses. Elle nous enseigne l’humilité et la simplicité, des valeurs qui, avouons-le, sont bien plus proches du véritable esprit de Noël. Profitons donc de cette période de recueillement pour apprécier ce que nous avons déjà et pour mesurer la vraie valeur des choses. Les retrouvailles n’en seront que plus heureuses.