Steve Bergeron

Si Internet s’appelait Châtelaine

CHRONIQUE / J’ai besoin de votre connaissance de la langue à propos du mot « internet » lorsqu’on l’utilise dans un texte pour faire référence à une information obtenue sur « Internet ». Est-ce que je dois écrire : « J’ai lu, vu ceci sur internet » ou « dans internet » ou rien de tout ça? Chaque fois, j’essaie de tourner ma phrase autrement, car ça accroche. Suzanne Gingras, Québec

Pour ce qui est du choix de la préposition à employer, sachez que dans et sur sont tous les deux acceptés. L’internet est un réseau (on le surnomme d’ailleurs le réseau des réseaux) et, en français, on considère un réseau tantôt comme un espace intérieur, tantôt comme une surface.


Cette émission sera diffusée sur le réseau TVA.

La directive a été envoyée dans tout le réseau des CHSLD.

Il surfe sur l’internet pendant des heures.

Elle a trouvé cette information dans Internet.


Maintenant, doit-on considérer internet comme un nom propre ou comme un nom commun? Sachez que, là encore, les deux sont possibles, même s’il y a une nette tendance pour le nom propre, donc avec majuscule. C’est ce que prônent l’Office québécois de la langue française, le Multidictionnaire et Usito. Le Petit Larousse et le Petit Robert sont plus neutres. Le premier remarque simplement que le mot s’écrit aussi avec une minuscule et le second cite « accès à Internet » et « accès à l’internet » côte à côte.

Là où il y a hésitation, c’est s’il faut ou non employer un article. Car en toute logique, si vous optez pour le nom commun, il vous faudrait ajouter un article défini (« sur l’internet » ou « dans l’internet »).

Pourquoi? Je vais tenter de vous expliquer avec un autre type de média. Prenons des magazines québécois qui ont été baptisés à partir d’un nom commun, soit Nature sauvage, Mieux-être et Châtelaine. Normalement, vous ne mettriez pas d’article devant ces noms propres, n’est-ce pas?


Je l’ai vu dans « Nature sauvage ».

J’ai trouvé toutes mes réponses dans « Mieux-être ». 

Sur la couverture de « Châtelaine », il y a Lara Fabian.


Par contre, si vous ne parliez pas du magazine mais du sens premier de ces titres (nom commun), vous mettriez un article, non?


Je l’ai vu dans la nature sauvage.

J’ai trouvé toutes mes réponses dans le mieux-être.

Sur la propriété de la châtelaine, il y a Lara Fabian.


Comme vous voyez, on devrait toujours mettre un article devant un nom commun. La Banque de dépannage linguistique note toutefois que, « sous l’influence de l’anglais, on rencontre de plus en plus l’article défini devant [le nom propre]. On doit admettre cette pratique puisque Internet peut être considéré comme une forme abrégée du terme «réseau Internet» qui, lui, demande l’article ».

Autrement dit, vous avez également le droit d’écrire « sur » ou « dans l’Internet » avec une majuscule. Remarquez, c’est semblable avec le mot web : on peut l’employer aussi bien comme nom propre que comme nom commun, mais on met toujours un article, y compris devant le nom propre (« sur le Web » et non « sur Web »).

À la fin, la seule obligation que vous avez, c’est de mettre une majuscule si vous décidez d’omettre l’article.

J’ajouterai tout de même que, dans le milieu des médias où j’évolue, il y a une forte tendance pour la minuscule, car l’internet est souvent perçu comme un moyen de communication comme les autres. S’il n’y a pas de majuscules aux mots radio, télévision ou journal, pourquoi en faudrait-il une à internet?

Information supplémentaire qui pourrait vous être utile : lorsque internet est épithète, c’est-à-dire quand il sert à qualifier un autre nom, il reste invariable, avec ou sans majuscule.


Il nous faudrait plusieurs accès Internet [et non Internets].

Elle a perdu sa connexion internet [et non internette].

La Banque de dépannage 

linguistique ajoute que « les termes intranet et extranet, qui désignent des réseaux privés ou commerciaux à usage plus 

restreint, sont considérés 

comme des noms communs ». 

Ils prennent donc toujours une minuscule et peuvent s’accorder en nombre lorsqu’ils sont épithètes (des sites intranet ou intranets).

Perles de la semaine


Dans les années 1990, les enfants pouvaient regarder Bêtes pas bêtes + pour en apprendre davantage sur les animaux. Mais les jeunes ci-dessous ont plutôt regardé Bêtes + + +.


En Inde, les vaches ont absolument tous les droits.

Le porc est un animal coquet qui se parfume au fumier.

Les ours blancs s’adaptent au changement du climat en changeant de couleur.

La vache folle est une maladie qui atteint les gens qui mangent de la viande folle.

Le monstre du Loch Ness fait partie du vestiaire fantastique (bestiaire).


Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.