Steve Bergeron

Seuil au combat

CHRONIQUE / Je m’interroge sur l’utilisation du mot «seuil» quand on fait référence de toute évidence à un maximum, à un plafond. L’exemple le plus frappant est dans l’expression «seuil d’immigration». «Seuil» n’évoque-t-il pas soit un niveau d’entrée, minimal, soit une étape importante permettant d’atteindre un statut supérieur, par exemple le seuil de rentabilité d’une entreprise? Cette idée de niveau de passage est absente de l’expression «seuil d’immigration», qui désigne le maximum d’immigrants qu’un état est disposé à accueillir pendant une période donnée, normalement une année, sans prévoir la possibilité de le dépasser de façon importante, donc un plafond. (François Ferland, Québec)

Lorsque l’on regarde la définition du mot «seuil», on constate effectivement qu’il peut être considéré comme désignant la limite inférieure ou minimale pour l’observation d’un phénomène ou l’atteinte d’un objectif.

Par exemple, le seuil d’audition, c’est la «plus petite intensité sonore standard que l’oreille humaine normale est capable de percevoir au cours d’une écoute attentive», nous dit le Grand Dictionnaire terminologique.

L’exemple que vous donnez, le seuil de rentabilité, est aussi en accord avec cette définition, soit le niveau d’activité minimum à partir duquel une entreprise devient rentable.

Par contre, si vous scrutez de près l’éventail des locutions, vous vous rendrez compte que franchir un seuil ne conduit pas forcément à un statut supérieur. Par exemple, si vous dépassez le seuil de tolérance, vous n’accéderez pas à plus de tolérance (comme dans «seuil de rentabilité ): au contraire, il n’y aura plus de tolérance du tout. Le plafond a été défoncé... mais c’est quand même le mot «seuil» qui est employé ici. On ne dit pas «plafond de tolérance».

Quant à «seuil de pauvreté», c’est lorsqu’on est en dessous que l’on est considéré comme pauvre, tandis qu’avec «seuil de rentabilité», c’est quand on est au-dessus qu’une entreprise est dite rentable.

Que retenir? Simplement que l’usage accepte différents points de vue et qu’il est possible de se mettre d’un côté comme de l’autre.

«Seuil d’immigration» n’exprime donc pas le nombre d’immigrants que le Québec ou le Canada se permettent d’accueillir chaque année comme un maximum à ne pas dépasser pour réaliser une intégration harmonieuse, mais plutôt le minimum à atteindre pour assurer le renouvellement de la population, pallier le vieillissement et résoudre le manque de main-d’œuvre. Un seuil que certains considèrent qu’il faut abaisser et d’autres, élever.

                                                                                      ***

«Dans la description des matchs de tennis à RDS, les commentateurs emploient le mot "récrimination" lorsque l’un des adversaires demande la révision d’une décision de l’arbitre. Ce mot m’apparaît péjoratif dans ce contexte. Ne devrait-on pas utiliser "contestation", plus neutre?» (Normand Fortin, Québec)

Le mot «récrimination» est simplement trop fort dans ce contexte. Une récrimination, nous disent les dictionnaires, c’est une plainte amère, un reproche, une critique, une protestation. Sa charge émotive est beaucoup plus puissante que «contestation», ce dernier étant effectivement plus neutre. On peut contester tout gardant son calme, alors qu’une récrimination implique un certain débordement.

Maintenant, si vous parlez d’un joueur de tennis qui pique une de ces colères à la John McEnroe, lance sa raquette, se met à insulter l’arbitre et l’accuse de partialité à hauts cris, le mot «récrimination» pourrait s’appliquer.

Cette impropriété ne semble pas venir de l’anglais, du moins je n’ai trouvé, dans cette langue, que des définitions semblables à celle en français.

PERLES DE LA SEMAINE

Restons dans les sports en faisant une petite visite sur le site du «Sportnographe»...

«Encore une fois cette saison, on s’attend à de l’imprévisibilité.»

«Si tu veux faire mal à une équipe, ça, c’est en plein le remède.»

«Le championnat du monde, à toutes les années, c’est l’épidémie de ce qu’on veut atteindre.»

«Faut s’assurer que les cinq gars sur la patinoire, au moins pour le moment, sont conscients qu’ils sont sur la patinoire.»

«Il s’est blessé lui-même à l’arcade souricière.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.