Steve Bergeron

Quand l’impoli tique

CHRONIQUE / Le nouvel emploi du mot «politique» comme synonyme de «politicien» ou «politicienne» me semble une mode franchouillarde portant à confusion. Est-ce une utilisation correcte du terme? (Marie-Dominique Rouleau, Québec)

Je me dois de répondre oui à votre question, à cause du Petit Larousse. Parmi les quelques définitions au mot politique, le dictionnaire donne: «Personne qui fait de la politique.» Point final. Débat clos.

«L’essai d’Émilie Lanez, "Même les politiques ont un père", s’attarde sur l’enfance de certaines personnalités politiques françaises.»

«Les politiques ont-ils failli dans la chute de la IIIe République?»

Mais si j’avais consulté seulement le Petit Robert ou le Multidictionnaire de la langue française, ma réponse aurait été beaucoup plus nuancée. Ces deux ouvrages estiment que «politique», lorsqu’il désigne une personne, n’est pas le parfait synonyme de «politicien». D’après ces sources, si vous faites référence à une «personne qui exerce une action politique dans le gouvernement ou dans l’opposition», le mot «politicien» demeure le plus approprié.

Pour ces deux dictionnaires, lorsque vous parlez d’un politique, vous voulez dire une personne habile à gouverner (« c’est un bon » ou « un mauvais politique »).

Le Petit Robert ajoute une deuxième définition: «Personne qui fait prévaloir les considérations politiques.» Il donne comme exemple: «C’est un politique, pas un militaire [c’est-à-dire un homme ou une femme d’État qui privilégie des solutions politiques plutôt que militaires].»

Vous serez peut-être surprise d’apprendre que le mot «politique» pour parler d’une personne est plus ancien que «politicien». Ce n’est donc pas un nouvel emploi. Le Trésor de la langue française note une première attestation vers 1559. Le mot désignait alors une «sorte d’officier de police». En 1589, un politique est un «membre d’un parti prônant des solutions politiques au problème des conflits de religion» — c’était 17 ans après le massacre de la Saint-Barthélemy.

Au début du XVII­e siècle, on retrouve une définition plus proche de celle du Petit Larousse d’aujourd’hui, soit «homme qui s’occupe du gouvernement civil, qui exerce un pouvoir civil». Mais le Petit Robert considère que cette définition est plutôt littéraire, donc ne devrait pas se retrouver dans le discours courant. Une retenue avec laquelle le Petit Larousse ne s’encombre pas du tout.

Le désavantage de «politique», contrairement à «politicien», c’est qu’il ne se féminise pas bien. Si vous dites d’une femme que c’est «une politique», la confusion avec «la» politique (l’art et la pratique du gouvernement des sociétés humaines) est inévitable. Le mot est donc recensé uniquement au masculin pour le moment. 

Plusieurs ouvrages ajoutent qu’un politique peut aussi désigner un prisonnier politique.


PERLES DE LA SEMAINE

Plusieurs étudiants seront en examen de fin de trimestre cette semaine. Souhaitons-leur d’être plus inspirés que ceux et celles qui ont livré les réponses suivantes. 

«Les avions lançaient de terribles espadrilles contre l’ennemi.»

«Un cheval-vapeur correspond à la force d’un cheval qui traîne sur un kilomètre un litre d‘eau bouillante.»

«Un avion dépasse le mur du son quand l’arrière va plus vite que l’avant.»

«Le tissu cellulaire est le tissu que les prisonniers fabriquent dans leur cellule.»

«Les atomes se déplacent dans le liquide grâce à leur queue en forme de fouet.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.