Steve Bergeron

La compliance du Dr Arruda

CHRONIQUE / S’il y a des lèvres auxquelles tout le monde est suspendu en ce moment, c’est bien celles du Dr Horacio Arruda. Presque chaque jour depuis plus d’un mois, le directeur national de la santé publique du Québec jouit d’une admiration qui ferait l’envie de bien des politiciens.

C’est justement parce qu’ils et elles sont des milliers de personnes à être tout ouïe à ses propos que j’ai décidé d’aborder un anglicisme qu’il a employé au moins deux fois lors de ses points de presse. Et les anglicismes, c’est comme les virus : ça peut se répandre à une vitesse vraiment folle, surtout quand ils sortent de la bouche d’une personnalité. Il vaut mieux que je vous apprenne à vous en distancier dès maintenant.

Je veux parler du mot compliance. Ainsi, le 7 avril, le Dr Arruda a déclaré que, « grâce à la compliance aux mesures de distanciation sociale qu’on a mises en place, on s’est donné beaucoup de chances ». Le mot apparaît aussi dans son intervention du 27 mars.

Évidemment, le Dr Arruda n’est pas le seul à avoir trébuché. Le 19 mars, la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de la santé publique de Montréal, déclarait que c’est « aussi en regardant jusqu’à quel point la population est compliante […] que nous allons voir s’il est nécessaire d’ajouter des mesures ». Au Téléjournal du 11 mars, une infirmière répondait au journaliste que les gens sont « tous assez compliants ».

L’anglicisme semble donc surtout contaminer le milieu de la santé pour l’instant… Il est vrai que le mot est déjà accepté en médecine pour une définition très précise, soit pour désigner l’élasticité de certains organes « réservoirs », tels les poumons et la vessie, indique le Grand dictionnaire terminologique (GDT).  

À la défense des personnes qui commettent l’erreur, il faut reconnaître que compliance a toutes les allures d’un mot français. Ses origines sont latines, il commence par un des préfixes les plus courants en français (con-, lequel devient com- devant un b, un p ou un m, et qui est issu de la préposition latine cum, signifiant avec) et il se termine par le suffixe –ance, lui aussi extrêmement fréquent dans la langue de Molière.

En anglais, compliance est le nom dérivé du verbe to comply, « agir en accord avec un souhait ou un ordre, se conformer, se soumettre ». Il tire ses origines du verbe latin complere, qui veut dire remplir, accomplir.

C’est bien beau, tout ça, mais ça ne nous dit pas par quoi il faudrait le remplacer. Il y a heureusement plusieurs options, raison pour laquelle le GDT considère l’emprunt de compliance comme inutile.

Si, dans ce contexte, les mots soumission, obéissance ou conformité paraissent trop forts (jusqu’à maintenant, les mesures de confinement ont surtout été incitatives et non coercitives), on peut opter tout simplement pour respect, assiduité, adhésion, fidélité ou observance. L’observance thérapeutique est d’ailleurs l’expression consacrée pour parler du fait, pour le patient, de suivre le traitement prescrit par un professionnel de la santé.


« Grâce à l’observance des mesures de distanciation sociale, on s’est donné beaucoup de chances. »

« C’est aussi en regardant jusqu’à quel point la population est assidue que nous allons voir s’il est nécessaire d’ajouter des mesures. »

« Les gens respectent généralement les mesures. »   


Perles de la semaine

Des perles de réclamations d’assurance. SSQue vous les trouverez drôles?


J’ai été blessé par une dent de râteau qui m’est tombée sur le pied. La dent était accompagnée du râteau.

Le poteau que j’ai buté était caché par l’invisibilité du brouillard.

J’ai bien reçu la fiche de mon épouse, je ne manquerai pas de vous renvoyer cette dernière dûment remplie par mes soins.

Pouvez-vous m’adresser le 

courrier pour mon accident à l’adresse d’un de mes amis? Parce que pour la passagère blessée, ma femme n’est pas au courant et il vaudrait mieux pas.

J’ai heurté une voiture stationnée sans prévenir le propriétaire. 

J’espère que vous serez content et que vous pouvez faire un petit geste en m’accordant un rabais.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.