Steve Bergeron

Chacun ses choix

CHRONIQUE / J’aimerais avoir votre avis sur la phrase suivante: «Ses trois membres se réfugient, chacun dans leur pièce, chacun dans leur échappatoire, chacun dans leur obsession.» Selon mes connaissances, on devrait plutôt utiliser l’adjectif possessif «son» au lieu de «leur». Ce qui donnerait: «Ses trois membres se réfugient, chacun dans sa pièce, chacun dans son échappatoire, chacun dans son obsession.» Référence: mon vieux «Bon usage» de Grevisse, 1964, no 428, page 355. (Yvon Ricard, Sherbrooke)

Effectivement, «chacun» est un pronom indéfini qui, habituellement, commande le singulier. Cette règle est valable non seulement pour les possessifs, mais aussi pour les pronoms personnels qui s’y rapportent.

 

«Chacun a apporté sa chaise.»

«Chacune des personnes qui ont levé la main nous dira ce qui lui (et non leur) importe dans ce dossier.»

 

La Banque de dépannage linguistique (tout comme le no 748 de mon «Bon usage», un peu plus récent que le vôtre [2008]) nous indique toutefois que cet accord au singulier n’est obligatoire que lorsque «chacun» est le sujet, tels les deux exemples que j’ai donnés. Si ce n’est pas le cas, bonne nouvelle : vous avez le choix! Vous pouvez faire l’accord au singulier comme au pluriel. La phrase que vous citez est donc correcte.

La raison est que les déterminants possessifs et les pronoms personnels peuvent aussi bien se rapporter au sujet de la phrase qu’au mot «chacun». Autrement dit, dans le cas que vous pensiez fautif, l’emploi de «leur» fait référence aux « trois membres », et dans votre version, «son» et «sa» se rapportent à «chacun».

 

                                                                                                                                                                                                                                                ***

 

«"Pas plus tard que" n’est-il pas un calque de "no later than"? Ne peut-on pas simplement dire "hier encore"? Et pourquoi dire: "J’ai attendu deux heures de temps"?» (Jean-Marc Pagé, Saguenay)

 

Il faut faire attention avec la chasse aux anglicismes. Ce n’est pas parce qu’une chose se dit de la même façon dans les deux langues qu’il faut automatiquement supposer une forme de contamination de l’une par l’autre.

Ainsi, dans le cas de «pas plus tard que», aucune crainte à avoir: cette locution est parfaitement française, et de longue date, nous disent les ouvrages de référence. Elle s’emploie pour exprimer l’imminence d’un événement.

 

«Justement, j’ai un rendez-vous chez mon médecin pas plus tard que demain.»

«Elle va régler ce problème pas plus tard que ce soir.»

 

Là où on pourrait se demander s’il n’y a pas abus, c’est lorsque l’on dit «pas plus tard qu’hier». En effet, l’adjectif «tard» fait généralement référence à une heure avancée ou «relativement longtemps après le temps normal». Cette tournure est pourtant entrée dans l’usage «pour insister, paradoxalement, sur le caractère tout récent d’un événement», nous explique le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales).

 

«Je lui ai rappelé pas plus tard qu’hier de ne pas oublier!»

 

Quant à l’enchaînement «heure de temps», il s’agit d’un pléonasme de la langue familière. Mais attention: un pléonasme peut aussi être une figure de style, comme dans «je l’ai vu de mes propres yeux». Il a alors un rôle d’insistance. C’est un peu le cas de la locution «heure de temps». Faites le test.

 

«Je l’ai attendue une heure.»

«Je l’ai attendue une heure de temps.»

 

Dans la deuxième phase, on sent très bien que l’attente a été très ou trop longue, voire que la personne qui parle est un peu excédée ou qu’elle s’est impatientée. J’estime donc que, si ce pléonasme est à éviter dans le discours soutenu, il demeure riche de sens dans la langue de tous les jours.

 

PERLES DE LA SEMAINE

 

Le «Protégez-vous», avec ses perles d’étiquetage et de publicités, nous ne protège heureusement pas du rire...

 

«Bite sized pieces of banana [bouchées de banane]»

Morceaux classés par morsure de banane

 

«Chick peas split [pois chiches cassés]»

Les pois de poussins fractionnent

 

«Soft eating liquorice [réglisse tendre]»

Réglisse molle de manger

 

«Open here»

Ouvrez-vous ici

 

«70 % de rabais sur les montures sectionnées!»

 Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.