Steve Bergeron

À tout prendre

CHRONIQUE / L’expression «prendre la pause» est si usitée dans tous les médias. Pourtant, une pause, on ne la prend pas: on la fait, tout comme la trêve, la guerre, l’arrêt... C’est sans doute un calque de «to take a break» (Jean-Marc Pagé, Saguenay). — Il faudrait faire une chronique sur «prendre une marche», que les journalistes et le bon peuple utilisent continuellement sans savoir qu’il faudrait plutôt dire «faire une marche» (Jean Leclerc, Granby) .

Les verbes «prendre» en français et «to take» en anglais sont parmi les plus usités dans chacune de ces deux langues. On y recourt bien plus souvent au sens figuré qu’au sens propre de «saisir avec sa main».

Au milieu de ces dizaines de définitions, emplois, locutions et expressions figées, il est tout à fait normal de retrouver des ressemblances. Il faut donc faire très attention avant de crier à l’anglicisme. Ce n’est pas parce que les anglophones disent «take it or leave it» que son équivalent français, «c’est à prendre ou à laisser», est automatiquement à bannir.

Dans le cas de «prendre une marche», que la plupart des Québécois utilisent au lieu de «marcher, se promener, faire une marche, faire une promenade», on est en droit de se demander ce qu’il y a de si fautif. Si on peut prendre un bain au sens figuré (prendre un bain, ce n’est pas soulever physiquement un bain avec ses mains), pourquoi pas aussi une marche, toujours au sens figuré? Certains Québécois souhaiteraient d’ailleurs que cette tournure soit acceptée comme québécisme.

Mais quand on regarde de plus près, on s’aperçoit que «to take a walk» est vraiment une construction typique à l’anglais et qu’il n’y a pas véritablement d’équivalent dans notre langue. Cette construction consiste à faire suivre le verbe «to take» d’un nom qui exprime une action impliquant un déplacement.

Ce que je veux dire, c’est que les anglophones ne disent pas seulement «take a walk»: ils disent aussi «take a run», «take a drive», «take a swim», «take a dive», «take a jump», «take a ride»… Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que deux autres tournures québécoises, «prendre une course» (pour «faire une course») et «prendre une plonge» (pour «faire une chute, trébucher») viennent de là.

Toutefois, quand on regarde les dictionnaires français, on ne retrouve rien de semblable. Ce serait donc de créer un précédent d’accepter «prendre une marche».

Cela dit, ce sera très difficile de faire disparaître cet anglicisme de la langue familière, tellement il est répandu. Je comprends aussi que les gens ne soient pas très attirés par le verbe «se promener», car ce dernier s’apparente davantage au plaisir et à la détente, et beaucoup moins à l’exercice physique ou au sport.

Qu’en est-il de «prendre une pause»? C’est la même chose, sauf qu’ici, le verbe, au lieu d’exprimer le déplacement, exprime l’arrêt du déplacement. Il est en effet accepté en anglais de dire «we broke for lunch» pour «nous avons fait une pause pour déjeuner». Mais encore là, pas d’équivalent en français. Donc il vaut mieux «faire une pause».


PERLES DE LA SEMAINE

On pensait que la pause dans le milieu sportif se ferait sentir aussi chez le «Sportnographe». Finalement... non.


«La dernière défaite de Crosby avec le Canada, c’était en 2010, aux Jeux olympiques, face au Canada.»

«La plupart des buts sont marqués sur la patinoire.»

«À ce moment-ci de la rencontre, les Canadiens avaient les choses en mains, les deux mains sur le siège du conducteur.»

«On vient d’apprendre que la NBA suspendait sa saison de manière indéfinitive.»

«Brendan Gallagher, un cas incertain. Il y aura une décision qui sera prise. Lui, il est aux prises avec un genou, c’est pas facile.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.