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Séance d'orthographe

Quand l’impoli tique

CHRONIQUE / Le nouvel emploi du mot «politique» comme synonyme de «politicien» ou «politicienne» me semble une mode franchouillarde portant à confusion. Est-ce une utilisation correcte du terme? (Marie-Dominique Rouleau, Québec)

Je me dois de répondre oui à votre question, à cause du Petit Larousse. Parmi les quelques définitions au mot politique, le dictionnaire donne: «Personne qui fait de la politique.» Point final. Débat clos.

«L’essai d’Émilie Lanez, "Même les politiques ont un père", s’attarde sur l’enfance de certaines personnalités politiques françaises.»

«Les politiques ont-ils failli dans la chute de la IIIe République?»

Mais si j’avais consulté seulement le Petit Robert ou le Multidictionnaire de la langue française, ma réponse aurait été beaucoup plus nuancée. Ces deux ouvrages estiment que «politique», lorsqu’il désigne une personne, n’est pas le parfait synonyme de «politicien». D’après ces sources, si vous faites référence à une «personne qui exerce une action politique dans le gouvernement ou dans l’opposition», le mot «politicien» demeure le plus approprié.

Pour ces deux dictionnaires, lorsque vous parlez d’un politique, vous voulez dire une personne habile à gouverner (« c’est un bon » ou « un mauvais politique »).

Le Petit Robert ajoute une deuxième définition: «Personne qui fait prévaloir les considérations politiques.» Il donne comme exemple: «C’est un politique, pas un militaire [c’est-à-dire un homme ou une femme d’État qui privilégie des solutions politiques plutôt que militaires].»

Vous serez peut-être surprise d’apprendre que le mot «politique» pour parler d’une personne est plus ancien que «politicien». Ce n’est donc pas un nouvel emploi. Le Trésor de la langue française note une première attestation vers 1559. Le mot désignait alors une «sorte d’officier de police». En 1589, un politique est un «membre d’un parti prônant des solutions politiques au problème des conflits de religion» — c’était 17 ans après le massacre de la Saint-Barthélemy.

Au début du XVII­e siècle, on retrouve une définition plus proche de celle du Petit Larousse d’aujourd’hui, soit «homme qui s’occupe du gouvernement civil, qui exerce un pouvoir civil». Mais le Petit Robert considère que cette définition est plutôt littéraire, donc ne devrait pas se retrouver dans le discours courant. Une retenue avec laquelle le Petit Larousse ne s’encombre pas du tout.

Le désavantage de «politique», contrairement à «politicien», c’est qu’il ne se féminise pas bien. Si vous dites d’une femme que c’est «une politique», la confusion avec «la» politique (l’art et la pratique du gouvernement des sociétés humaines) est inévitable. Le mot est donc recensé uniquement au masculin pour le moment. 

Plusieurs ouvrages ajoutent qu’un politique peut aussi désigner un prisonnier politique.


PERLES DE LA SEMAINE

Plusieurs étudiants seront en examen de fin de trimestre cette semaine. Souhaitons-leur d’être plus inspirés que ceux et celles qui ont livré les réponses suivantes. 

«Les avions lançaient de terribles espadrilles contre l’ennemi.»

«Un cheval-vapeur correspond à la force d’un cheval qui traîne sur un kilomètre un litre d‘eau bouillante.»

«Un avion dépasse le mur du son quand l’arrière va plus vite que l’avant.»

«Le tissu cellulaire est le tissu que les prisonniers fabriquent dans leur cellule.»

«Les atomes se déplacent dans le liquide grâce à leur queue en forme de fouet.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Orthographe

Chronique pratique

Je me demande s’il est correct en français de dire ou d’écrire des phrases comme: «Je vais aller me pratiquer au golf ce matin.» Ou alors: «Les Alouettes se sont pratiqués au stade hier.» J’ai toujours pensé qu’il fallait dire «pratiquer son golf» ou «les Alouettes ont pratiqué». De même, on devrait demander à une personne quand elle va pratiquer et non «se pratiquer». Il me semble que l’on pratique un sport, une activité, mais on ne pratique pas une personne, donc on ne peut pas se pratiquer. Merci de votre attention. (Robert Cusson, Québec)

C’est plus grave que vous le pensez. Non seulement, en français correct, on ne peut pas «se pratiquer» à un sport, à un art ou à un autre type d’activité, mais on ne peut pas non plus le ou la pratiquer. En fait, pas au sens où vous l’entendez.

La Banque de dépannage linguistique nous informe que pratiquer, en français, c’est «mettre en application» et «exercer une activité, un métier». Voici quelques exemples.

«Plusieurs de mes amis pratiquent le bouddhisme.»
«Je suis beaucoup moins stressée depuis que je pratique le lâcher-prise.»
«Le Dr Vandelac a pratiqué la médecine pendant plus de 40 ans.»
«Depuis leur retraite, nos parents pratiquent la natation, le chant et le jardinage.»

La dernière des quatre phrases pourrait vous laisser croire qu’il n’y a pas de problème, mais dans celle-ci, «pratiquer» est synonyme de «faire» (du piano, de la natation). Il n’est pas synonyme de «s’entraîner», «répéter», «travailler», «s’exercer»... C’est en ce sens que «pratiquer» est considéré comme un anglicisme sémantique. Le Multidictionnaire et Usito abondent dans le même sens, alors que le Petit Robert le mentionne comme régionalisme critiqué. Il faudrait donc formuler autrement les exemples que vous soumettez.

«Je vais aller m’exercer au golf ce matin.»
«Les Alouettes se sont entraînés au stade hier.»
«Quand vas-tu répéter ton solfège?»

Vous vous doutez bien que, dans ce contexte, on évitera de dire «une pratique» quand on parle d’un entraînement, d’une répétition, d’un exercice, d’une séance de travail.

Qu’en est-il de «se pratiquer»? On y recourra non pas au sens de s’entraîner, mais dans des tournures plus impersonnelles passives, synonymes d’«être en usage, se faire de façon régulière, être employé couramment». Cela étant, «se pratiquer» est toujours à la troisième personne, jamais à la première ni à la deuxième.

«Le surf se pratique beaucoup en Californie.»
«Ma grand-mère trouve que les bonnes manières ne se pratiquent guère aujourd’hui.»
«Devant la crise climatique, l’achat local se pratique de plus en plus.»

Le verbe «pratiquer» est finalement utilisé dans des contextes plus précis, comme exercer un acte médical, une opération manuelle, ou aménager, exécuter une ouverture, un passage, certaines constructions.

«C’est la Dre Dubé qui pratiquera l’opération.»
«C’est seulement après avoir bien ajusté les deux pièces qu’on pratique la soudure.»
«J’ai pratiqué plein de petits trous dans la boîte pour que ton hamster puisse respirer.»

Perles de la semaine

Parfois, il suffit d’une lettre et tout fout le camp, comme nous le rappellent ces perles de «La presse en délire»...

«À vendre : caisses de con pour disco [son].»

«Faites parvenir vos dos à la Société canadienne du cancer.»

«Livraison de liqueurs douches à domicile [douces].»

«Marchandise réduite de 50 % : corduroys, pantalons rayés, chemises, démardeurs…»

«L’école commerciale Alphonse-Desjardins : plus q’une école!»

«Nourriture pour chier Kibble Food [chien].»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Le cas Evenko

CHRONIQUE / Lorsque le producteur et diffuseur montréalais Groupe Spectacles Gillett est devenu Evenko en 2011, les dirigeants ont décidé que ce nouveau nom commencerait non pas par une majuscule mais par une minuscule (evenko).

À l’annonce de cette nouvelle, plusieurs médias ont sans hésitation suivi cette orthographe particulière et la respectent encore aujourd’hui.

De mon côté, en constatant cette subordination presque instantanée chez certains collègues, je n’ai pu m’empêcher, sourire en coin, de m’imaginer tous les éditeurs québécois de grammaires et de dictionnaires renvoyant leurs ouvrages à l’imprimerie pour tenir compte de cette nouvelle réalité. Désormais, au chapitre nous expliquant que la première lettre d’un nom propre est toujours une majuscule, on lirait: «Exception: evenko.»

Ce n’est évidemment pas ça qui s’est passé. Mais à voir d’importants médias se plier sans hésitation à cette graphie particulière, la question se pose: doit-on absolument respecter les spécificités des noms propres même lorsque celles-ci vont à l’encontre des règles de grammaire, de prononciation, de syntaxe ou d’orthographe?

Vous devinez bien que non. En fait, on peut le faire, mais rien ne nous y oblige. Car le choix d’Evenko n’est pas une exception imposée : il s’agit tout simplement d’une signature graphique. Ce n’est pas une nouvelle règle qu’il faut respecter au doigt et à l’œil.

Remarquez, la compagnie est parfaitement dans son droit d’agir ainsi. Elle peut aussi étendre cette particularité à toutes ses communications écrites, internes comme externes.

Mais en dehors d’Evenko, plus d’obligation. Si les clients, les entreprises partenaires ou les médias décident de respecter cette originalité, c’est seulement et uniquement par courtoisie, rien d’autre.

On pourrait mettre Ici Télé, Ici Première, Ici Explora et Ici Patati Patata dans le même bateau. Faut-il absolument toujours écrire ICI entièrement en majuscules comme le fait le réseau? Comme le mot «ici» n’est pas un sigle (comme SQDC ou FTQ), rien ne justifie l’utilisation exclusive de majuscules... sauf la signature graphique.

L’exemple ultime, c’est... le journal que vous tenez en ce moment! Lors de la dernière refonte des grilles graphiques, les publications du Groupe Capitales Médias ont laissé tomber, à la une et dans leurs logos, la majuscule de l’article initial (la Tribune, le Soleil, le Quotidien...).

Inévitablement, un lecteur de La Tribune a fini par me poser la question : fallait-il désormais écrire «la Tribune»?

Eh non! La bonne vieille règle prévaut toujours (il y a une règle spécifique pour les journaux et périodiques, car leur nom est à la fois un titre et une raison sociale): une majuscule à l’article (s’il fait partie du titre), une autre au premier nom et, le cas échéant, à l’adjectif qui se trouve entre les deux (tel Le Nouvel Observateur). Si vous portez attention, les journalistes continuent de suivre cette règle dans leurs textes.

La majuscule disparaît dans l’article lorsqu’il y a contraction, le plus souvent avec les prépositions «à» ou «de».

«J’ai renouvelé mon abonnement au Soleil.»
«Elle a lu l’info dans un article du Quotidien.»

Que retenir de tout ça? Que si l’on dispose d’une certaine liberté quant à ce qu’on fait chez soi, il ne faudrait quand même pas penser que le reste du monde va ensuite aller chercher la baballe comme un bon chien-chien. Aux dernières nouvelles, les professionnels de la communication, dont les journalistes, se réfèrent toujours au Petit Robert, au Petit Larousse, au Multidictionnaire et à l’Office québécois de la langue française. Imaginez s’il fallait en plus qu’ils se plient aux fantaisies de chacun!


Perles de la semaine

Quelques «Hein?» du Protégez-vous et autres...

«Imitation dried noodle [similinouilles déshydratées]»
Imitation séché nouilles

«Little circle fried shrimp flour [farine pour crêpes vietnamiennes aux crevettes]»
Farine du petit cercle frit avec crevette

«Add a fried squid starter [ajoutez une entrée de calmars frits]!»
Ajoutez un démarreur de calamars!

«Hygienic liner for fitting purposes [protège-slip adapté]»
Revêtement de hygiénique pour des buts convenables

«Smile, you are eating right [souriez, vous mangez bien]!»
Souriez, vous êtes bien manger!

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Reculer sur l’avance

CHRONIQUE / J’écoute beaucoup d’émissions sportives et je suis toujours dérangée d’entendre: «Ils ont une avance de 3 à 0.» Il me semble qu’on doit dire: «Ils ont une avance de trois parties.» Ou alors «ils sont en avance 3 à 0». Qu’en pensez-vous? (Olyve Legendre, Québec)

Disons ici que le commentateur sportif agglutine deux concepts afin de livrer le plus d’information avec le moins de mots possible. Ce faisant, il massacre un peu le véritable sens.

Parce que 3 à 0, ce n’est pas une avance: c’est une marque, un score, un pointage. Comme vous le dites, l’avance, ici, ce sont les trois points de plus du sportif ou de l’équipe sportive qui mène.

Le problème du commentateur, lorsqu’il commence sa phrase par «tel athlète» ou «telle équipe a une avance de trois points», c’est qu’il se retrouve coincé: il a donné l’avance, mais pas le nombre de points marqués dans chaque camp. C’est bien beau, une avance de trois points, mais encore faudrait-il informer du score les auditeurs ou les téléspectateurs qui viennent d’arriver. Alors il prend un raccourci... dans lequel la précision du vocabulaire se fait raboter.

Pourtant, il suffit de quelques ajustements pour obtenir une tournure tout à fait correcte. On peut, comme vous le suggérez, juxtaposer la locution adverbiale «en avance» avec le score, lequel emprunte dans ce contexte une fonction proche de l’adverbe. Il est également possible de recourir à «prendre l’avance» ou à «d’avance». On peut aussi simplement créer une autre phrase pour donner le pointage.


«Rafael Nadal prend l’avance 40-15 sur Roger Federer.»

«Les Maple Leafs ont une avance de trois buts, c’est maintenant 4 à 1.»

«L’équipe n’a plus qu’un point d’avance, la marque est de 6 à 5 en huitième manche.»


                                                                            ***


«La locution "par exemple" est parfois utilisée par les Québécois sans qu’il y ait d’exemple à souligner. Elle remplace souvent "toutefois".» (Robert Aucoin, Lévis)


Encore une fois, nous avons affaire à un tour langagier presque disparu outre-Atlantique mais toujours bien vivant ici. Car, ne vous détrompez pas, il ne s’agit pas d’une invention québécoise mais bien française, dont on trouve encore des traces dans les vieux dictionnaires, tel le Trésor de la langue française, et même dans des ouvrages plus récents. Benoît Melançon, du blogue L’Oreille tendue, en a débusqué dans des romans français publiés en 1956 et en 1987.

Ce «par exemple», que beaucoup de Québécois prononcent «parzempe» (Léandre Bergeron l’a écrit ainsi dans son «Dictionnaire de la langue québécoise») et placent en fin de phrase, exprime une forme d’opposition, le plus souvent une restriction ou une condition. Il est synonyme de «par contre», «en revanche», «cependant», «malgré tout», «quand même», «en dépit de cela» ou tout simplement «mais». Tous ces mots et locutions sont à privilégier dans un contexte de langue soutenue. Dans les énoncés qui suivent, on pourrait remplacer «par exemple» par «mais» en début de phrase.


«Ça va pour cette fois. Ne recommence pas par exemple!»

«Je prends deux sucres dans mon café. Sans lait par exemple!»

«J’ai pris deux robes. Je ne les ai pas essayées par exemple.»


Perles de la semaine


Il y a les études biologiques... et les réponses d’examen bio-illogiques.


«Le tissu tissé autour de notre corps est le tissu tissulaire [cellulaire].»

«C’est dans les chromosomes qu’on trouve le jeune homme [génome].»

«L’os de l’épaule s’appelle la canicule.»

«Le fessier est un organe en forme de coussin qui sert à s’asseoir.»

«Quand une femme n’a plus de règles, c’est la mésopotamie.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Le tour du petit coin

CHRONIQUE / Moi, ce qui me turlupine, c’est de lire et d’entendre des gens qui utilisent le terme «salle de bain» plutôt que «toilette». Au restaurant, j’imagine la personne qui sort de ladite pièce avec une serviette enroulée autour du corps et qui retourne finir son repas. (Christian Lévesque, Lévis)

N’oublions pas qu’en Amérique du Nord, la toilette est le plus souvent dans la salle de bains, alors qu’en Europe, elle est la plupart du temps installée dans une pièce différente. Si les gens ont coutume de dire qu’ils vont à la salle de bains quand ils sont chez eux, il est compréhensible qu’ils gardent ce réflexe lorsqu’ils sortent de la maison.

Notons simplement que les personnes qui emploient plutôt les expressions «aller à la toilette» (moins courant) ou «aller aux toilettes» (les deux formes sont acceptées) n’ont pas besoin de faire la précision où qu’elles soient.

Peut-être avez-vous déjà aussi entendu «chambre de bains» dans des conversations? Le Grand Dictionnaire terminologique explique que «chambre de bains» est «souvent présenté comme un calque de l’anglais à éviter, alors qu’il s’agit plutôt d’un terme d’origine française. On trouve l’expression chez des auteurs français du XIXe siècle. Ce terme est toujours employé dans certaines aires francophones. Le mot "chambre" était déjà utilisé en ancien français pour désigner une pièce quelconque de la maison».

Il reste que «chambre de bains» est surtout présent dans la langue familière, alors que «salle de bains» est accepté dans tous les contextes.

L’avantage qu’offre la locution «salle de bains», c’est qu’elle ne dit pas forcément ce qu’on s’en va faire, et il est fort possible que cela convienne à certaines personnes. Dans certaines cultures ou à d’autres époques, mentionner qu’on se rend aux toilettes ne fait pas ou ne faisait pas partie des règles de bienséance. Par exemple, je me souviens d’avoir lu un roman d’Agatha Christie dans lequel le personnage d’Ariadne Oliver demande au détective Hercule Poirot où il s’en va. Et celui-ci de répondre: «Je croyais que cette question était considérée comme impolie chez les Anglais [Hercule Poirot est Belge].»

«Pardon!» répond Mrs. Olivier. Et, à part soi: «Mais ce n’est pas la direction des toilettes.»

Évidemment, il existe plusieurs autres façons dans la francophonie d’exprimer plus ou moins explicitement ce qu’on s’en va faire : aller aux cabinets, au petit coin, à la cuvette, au lieu d’aisance ou d’hygiène, sans oublier les W.-C. (qui se prononcent «vécé», mais certains disent aussi les «waters») que nos cousins français affectionnent tant!

Vous aurez remarqué que j’ai écrit «salle de bains» avec un s tout au long de cette chronique. Parce que, autre chose que les gens oublient, la grande cuve en émail servant à se laver n’est pas un bain mais une baignoire! La salle de bains n’est donc pas la salle où il y a un bain, mais la salle où on prend «des» bains.

Mais rassurez-vous : écrire «bain» au singulier est aussi accepté, les grammairiens reconnaissant que l’on peut également définir la salle de bains comme la pièce où l’on prend «un» bain.

 

Perles de la semaine

Les souvenirs de «La presse en délire», il y a quelques semaines, ont suscité bien des réactions. En voici d’autres!

 

«La ligue de balle molle fête ses champignons [champions].»

«Les Nordiques visent une victoire consécutive»

«Bienvenue au Salon de l’auto neuve usagée»

«Le nouvel album de Céline Dion s’intitule "Les chemises de ma maison" [chemins].»

«Spécial de la fête des Pères : bas de nylon Discrétion»

 

Source: «La presse en délire», collectif, Ludcom inc., 1982.

 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

6760, St-Vallier, Montréal

CHRONIQUE / Pourquoi entend-on parfois des «soixante et six» et jamais des «cinquante et sept» ni des «trente et deux»? (Jean-Marc Pagé, Saguenay)

Votre question me permet de rafraîchir ma chronique du 4 novembre 2011, au profit des lecteurs et lectrices qui n’ont pu en prendre connaissance à l’époque.

Robert Léger a-t-il commis une grosse faute de français en faisant chanter «soixante et sept, soixante, Saint-Vallier, Montréal» par Pierre Bertrand dans «Tous les palmiers»?

Il ne serait pas le premier! Bon nombre de nos concitoyens sont toujours accrochés aux «soixante et deux», «soixante et neuf», «soixante et seize» (au lieu de «soixante-deux», etc.). Le plus particulier, c’est que cette surutilisation de la conjonction «et» ne se produit qu’avec «soixante». Personne n’est tenté de lancer un «quarante et trois» ni un «cinquante et quatre».

La linguiste Sophie Piron explique que cette manie de mettre des «et» avec «soixante» est le résidu d’une ancienne façon de compter qui a eu cours jusqu’au Moyen Âge. Les «et» régnaient partout pour unir les dizaines et les unités. Nos ancêtres médiévaux disaient couramment «vingt et deux», «trente et huit», «cinquante et six».

Aujourd’hui, les derniers vestiges de cette parlure sont les nombres qui se terminent par 1, de 21 à 71 (11 dans ce dernier cas), et les «Mille et une nuits» (car on devrait dire «mille une nuits»). Même 81 et 91 se sont ralliés à la règle générale et ont foutu leur «et» à la porte.

Par contre, 80 et 90 sont des artefacts de l’époque où l’on comptait par vingt. Le système vicésimal, apparu au temps des Gaulois, allait comme suit: «vint», «deux vins» (40), «trois vins» (60), «quatre vins» (80), «cinq vins» (100), «six vins» (120), etc. À 200, c’était «dis vins»!

Qu’en était-il alors de 30, 50, 70 et 90? On disait «vint et dis», «deux vins et dis», «trois vins et dis» et... «quatre vins et dis»!


                                                          ***


«Est-ce qu’on dit "j’ai été " ou "je suis allé à la pharmacie"? Quelle est la nuance?» (Richard Gaudreau, Magog)


Souvenirs de ma chronique du 19 décembre 2003. Je sais, ça commence à dater...

Une phrase tirée du «Dictionnaire des difficultés du français» des éditions Le Robert résume bien le dilemme: «Nous écrivons "je suis allé", mais nous disons plus volontiers "j’ai été". »

Les ouvrages que j’ai consultés ne s’entendent pas sur le sujet. Péchoin et Dauphin considèrent comme populaire l’utilisation du verbe «être» à la place du verbe «aller». Ils la tolèrent à l’oral mais la proscrivent à l’écrit.

Mais d’autres dictionnaires n’y voient rien de répréhensible. Le Petit Robert mentionne l’usage aux temps composés («il a, avait, aura été à Londres»), sans préciser qu’il est familier. Joseph Hanse ajoute que, dans le cas où «aller» est synonyme de «se porter», il faut utiliser «avoir été». Exemple: «Mon fils va bien aujourd’hui, mais hier, il a mal été.»

Pourtant, tous acceptent la substitution d’«aller» par «être» au passé simple, dans un style littéraire («il s’en fut aussitôt»).

Alors, que faire? Recourir à «aller» vous vaccine contre les puristes. Mais si quelqu’un vous reprend, armez-vous d’un Petit Robert et rendez-vous à la définition du verbe «être», article III, section 3.


Perles de la semaine


Les Français aussi ont leurs «Star Académie» et autres téléréalités pleines de perles...


«Tout le monde a mis les mouchées doubles.»

«J’t’aimais à la folie à en devenir folle.»

«Les paroles de la chanson sont un peu tirées du nez.»

«Je passe du coq à l’homme.»

«C’est celle que j’ai le plus d’affinités en commun.»


Source : «L’intégrale des perles», Sébastien Lebrun, City Editions, 2007.


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Séance d’orthographe

Je vous prie de prier

CHRONIQUE / Pouvez-vous expliquer ou justifier la locution «je vous en prie» en réponse à un remerciement? On prie l’interlocuteur de quoi, au juste? (Simon Théoret, Gatineau)

Plusieurs forums sur la toile se perdent en conjectures sur cette question, alors que la réponse est beaucoup plus simple.

À la base, prier quelqu’un, c’est le supplier, l’implorer, lui demander une faveur avec insistance et humilité, nous dit le Trésor de la langue française.

Au fil du temps, le sens de cette locution s’est atténué, perdant la notion de supplication, pour exprimer une forme de politesse dans une requête.


«Je vous prie de bien suivre la procédure.»

«Nous vous prions de vous nommer avant de prendre la parole.»


Cette politesse s’est par la suite révélée très utile lorsque des sentiments un peu moins louables entraient en ligne de compte, telles l’exaspération, l’incrédulité, la réprobation, l’expression d’un ordre, la protestation… «Prier quelqu’un» est devenu la formule par excellence pour atténuer les propos dans certains contextes plus forts en émotions.


«Arrêtez ce vacarme, je vous en prie!»

«Je t’en prie! On ne me la fait pas, à moi!»

«Pas encore du ragoût ce soir, je t’en prie!»

«Elle le pria de se dépêcher.»


C’est avec l’idée d’une humble protestation qu’il faut considérer «je vous en prie» comme réponse à une personne qui vient de nous remercier. Le Trésor de la langue française parle «d’éluder des remerciements», au sens de les esquiver, de protester avec humilité. On sous-entend qu’on n’est pas digne de ces remerciements, on minimise l’importance du geste qu’on a posé, comme le veut une certaine charité chrétienne.


«Je vous en prie, c’est tout naturel d’agir ainsi dans les circonstances.»

«Ce n’est rien, je t’en prie! Je n’ai fait que mon devoir!»

«Je vous en prie, c’était la moindre des choses.»


«Je vous en prie» peut également être utilisé comme synonyme d’«allez-y», «n’hésitez pas» ou «ne vous gênez pas» lorsqu’une personne nous formule une demande, pour qu’elle se sente à l’aise de le faire. Cette intention de rassurer peut aussi s’exprimer sans qu’il y ait eu de requête initialement.


«Si tu peux emprunter ma voiture? Mais je t’en prie!»

«Prenez le temps de vous asseoir, je vous en prie.»


En français, parmi les autres réponses possibles à un remerciement, il y a «de rien» ou «il n’y a pas de quoi». Mais selon la Banque de dépannage linguistique, il faut éviter «bienvenue», considéré comme un anglicisme sémantique, calqué sur l’anglais «you are welcome».

La BDL argüe qu’en français, le mot «bienvenue», lorsqu’il est utilisé seul, exprime un souhait pour accueillir une ou des personnes, comme dans «bienvenue à nos nouveaux employés!»

Par contre, lorsqu’on dit qu’une chose est bienvenue, c’est qu’elle tombe à point, par exemple une pluie bienvenue après une sécheresse. Dans ce contexte, ce n’est peut-être pas la meilleure réponse à faire à un remerciement («ça tombe à point!»)

Mais il existe un sens au mot «bienvenu» quand même proche de l’anglais: lorsqu’on dit qu’une personne ou une chose est la bienvenue, on signifie qu’elle est accueillie avec plaisir.

Mieux vaut alors répondre «ça me fait plaisir», autre formule acceptable. On sera très près du sens anglais de «bienvenue» et on n’écorchera les oreilles de personne.


PERLES DE LA SEMAINE

Tous les journalistes vous le diront : trouver le titre d’un article est un art et un défi, étant donné l’espace souvent restreint et le manque de temps. Ça donne parfois de belles perles.

«Un homme se tue et prend la fuite!»

«Northfield planifie de planifier un plan stratégique»

«Une femme manque à l’appel depuis sa disparition»

«Les programmes d’alphabétisation au Missippi s’améliorent»

«Les sans-abri survivent à l’hiver : que faire?»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

L’affaire de personne

CHRONIQUE / «Bravo pour votre chronique que je lis à chaque parution. Mon questionnement concerne certaines tournures négatives. Que penser des "il n’y a pas personne", "personne ne veut pas", "il y a longtemps que je n’ai pas mangé", "ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait "?» (Gilles Vachon, Saint-Michel-de-Bellechasse)

Avant tout, je vous précise que les réponses proviennent de chroniques antérieures, publiées respectivement le 13 mai 2005 et le 15 avril 2011. Si je le mentionne, c’est parce que je ne veux pas me faire accuser par les lecteurs plus assidus de vous servir du réchauffé en catimini. Or, d’autres amateurs de la chronique ont perçu ces dates comme un reproche, comme si j’étais frustré qu’ils ne se souviennent pas que j’avais déjà répondu à ces questions. J’espère que mes intentions sont maintenant claires pour tout le monde.

Donc, doit-on dire «il y a longtemps que je t’ai vu» ou «que je ne t’ai pas vu»? «Le bon usage» de Grevisse et Goosse m’indique qu’il faut utiliser cette expression à la forme négative. «Il y a longtemps que je ne t’ai pas vu» veut dire «je ne t’ai pas vu pendant longtemps» ou «j’ai été longtemps sans te voir».

Malheureusement, on a tendance à croire que cela signifie «il s’est passé beaucoup de temps depuis la dernière fois que je t’ai vu», d’où la tentation de laisser la phrase à la forme affirmative.

Mais j’ai un truc pour vous : remplacez «longtemps» par «une semaine», «trois mois» ou «cinq ans». Direz-vous «cela fait une semaine que je t’ai vu» ou «que je ne t’ai pas vu»?

Je suis assez certain que, d’instinct, vous serez enclin à choisir la deuxième option.

Poursuivons avec le pronom indéfini «personne». Il faut être très prudent avec les doubles négations, qui parfois s’additionnent pour exprimer l’inverse, parfois non.

Ainsi, «ne» et «pas», lorsqu’ils sont utilisés ensemble, sont considérés comme un seul et même adverbe de négation. Idem avec «ne» et «personne».

On dira donc «il n’y a personne» ou, dans la langue familière (qui fait ellipse du «ne»), «y a personne». Dire «il n’y a pas personne», c’est additionner deux négations, ce qui équivaut à dire «il y a quelqu’un». Dans le même sens, «personne ne veut pas» signifie «tout le monde veut». En fait, «personne» et «pas» ne s’utilisent jamais ensemble.

Par contre, avec les mots «jamais», «plus» et «rien», «personne» reste de l’ordre de la négation simple.

«Personne n’a jamais réalisé un tel exploit.»

«Il n’y a plus personne ici.»

«Personne ne peut rien faire.»

Il y a des cas où «personne» veut dire «quiconque», «quelqu’un». Le mot est alors utilisé sans «ne».

«Tu le connais mieux que personne.»

«Elle s’est faufilée sans se faire voir de personne.»

«Il ne croyait pas rencontrer personne de son village [le «ne pas» est ici rattaché à «croyait» et non à «rencontrer»].»


Perles de la semaine

Cette semaine, des perles du jeu-questionnaire télévisé français «Le maillon faible». Les concurrents qui ont donné ces réponses ne peuvent mieux seoir à ce titre.


«Quel fleuve traverse Budapest, la capitale de la Hongrie?»

Le Rio Grande.


«Qui fut maire de Paris de 1977 à 1995?»

Louis XIV.


«David Douillet est ceinture noire de...»

Rugby.


«Comment appelle-t-on les habitants de l’Australie?»

Les australopithèques.


«Comment appelle-t-on les habitants de Périgueux?»

Les Péruviens.


Source : «L’intégrale des perles», Sébastien Lebrun, City Editions, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.


Séance d'orthographe

Que vous dirais-je?

CHRONIQUE / On entend de plus en plus de gens commencer leurs interventions par « je vous dirais que... » Est-ce un anglicisme? (Réjeanne Lamothe, Québec)

C’est très certainement un tic de langage, ou ce qu’on appelle aussi une béquille en communication orale, soit l’emploi d’un mot ou d’un tour qui revient anormalement souvent dans le discours de quelqu’un. J’ai d’ailleurs déjà fait partie, à une autre époque, des gens qui semaient des «je vous dirais» à tout vent.

Habituellement, plus une personne est stressée, plus ses tics de langage ressortent. Et comme on est généralement un peu plus nerveux lorsque l’on prend la parole devant un public ou à la caméra, il est presque naturel que les béquilles soient plus perceptibles dans ce contexte, même pour les professionnels, qui se retrouvent, à l’occasion, dans des situations plus stressantes (par exemple une intervention en direct plutôt qu’en différé). 

Il s’agit évidemment d’une explication et non d’une excuse. Toutes les personnes qui étudient les communications orales apprennent généralement à surveiller leurs tics de langage et à tenter de s’en départir. C’est souvent plus facile à dire qu’à faire.

Mais vous avez raison, il pourrait y avoir beaucoup moins de «je vous dirais que...» dans les médias, d’autant plus que les retirer n’enlève rien à l’essentiel du propos. Dans son livre «Le point sur la langue», le chroniqueur Louis Cornellier confie sa saturation envers ces personnes qui répondent à vos questions «en vous disant qu’ils vont vous dire... ce qu’ils vont vous dire!»

Maintenant, peut-on parler d’anglicisme? Aucune des sources que j’ai consultées ne l’affirme comme tel.

Il est vrai qu’«I would say» est une tournure très répandue en anglais. Mais en fouillant dans quelques dictionnaires d’anglais et d’anglais-français, je n’ai trouvé qu’une seule source qui comporte une définition précise pour cette locution: «S’emploie pour donner son opinion même si on sait que les autres pourraient ne pas être d’accord» ou «lorsqu’on n’est pas très sûr de sa réponse», nous dit le Dictionnaire d’anglais contemporain Longman. Et, effectivement, ce sont deux contextes où «je vous dirais» est souvent employé en français.

Le Robert & Collins, lui, donne deux exemples: «I would say she’s intelligent», traduit par «je dirais qu’elle est intelligente», et «I would say she was 50», traduit en «je dirais qu’elle a 50 ans».

Donc, à moins d’être passé à côté de quelque chose, je ne pense pas que ce soit suffisant pour conclure à l’anglicisme. Et même si cette abondance de «je vous dirais» nous venait de l’anglais, elle ne semble pas, grammaticalement parlant, aller à l’encontre des règles du français.

Dans la Banque de dépannage linguistique, on souligne en effet, dans un article sur les valeurs modales du conditionnel, que ce dernier sert à «exprimer des réserves sur ce que l’on affirme», ce qui correspond aux deux exemples que donne le Robert & Collins et nous confirme que cet usage est licite dans ce cas-ci.

Maintenant, est-ce que cela veut dire que «je vous dirais» n’est jamais utilisé abusivement? Bien sûr que non! Louis Cornellier souligne une citation de Gaétan Barrette, questionné en 2015 sur les perspectives de l’économie québécoise: «Je vous dirais qu’avec ce que j’ai entendu aujourd’hui, les choses paraissent très bien pour le futur.» On peut se demander où est l’hypothétique, la condition ou l’atténuation dans son affirmation. En fait, on semble plus près ici de la définition du Longman, soit une opinion donnée en sachant qu’elle ne fera pas l’unanimité. Le député aurait très bien pu employer le futur simple («je vous dirai»)... ou commencer directement sa phrase au mot «avec».

En conclusion, un feu jaune sur «je vous dirais» n’est sans doute pas une mauvaise idée.

Perles de la semaine

L’édition souvenir du magazine CROC rappellera à plusieurs la chronique «La presse en délire», dont voici quelques relents.

«Sondage sur la fusion Hauterive — Baie-Comeau : 60 % contre, 57 % pour.»

«Un congrès rondement pour le mené (mené rondement).»

«Tout tourne rond pour Louise Carré»

«Atelier de relaxation : FIN DE SEMAINE INTENSIVE!»

«Joyeuses de balle molle recherchées (joueuses).»


Source: «La presse en délire», collectif, Ludcom inc., 1982.

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séance d’orthographe

Pas besoin de « de »

CHRONIQUE / J’aimerais que vous traitiez du «de» que des personnes glissent parfois entre «avoir» et «besoin», ce qui donne: «J’en ai encore de besoin.» Je ne suis plus capable d’entendre cela. Suis-je dans l’erreur? (Suzanne Bérubé, Kamouraska). — Depuis la sortie de la chanson de Kevin Parent «Seigneur», j’obsède sur l’expression «en avoir de besoin», ou sa variante «j’ai de besoin de». Pourquoi ce «de» s’est-il glissé au fil du temps? On dirait que, comme un virus, ça se propage! (Pierre Racine, Jonquière).

«Avoir de besoin» est simplement une vieille tournure française qui a persisté ici. Comme bien de ses semblables québécoises, elle n’a pas suivi la même évolution que dans l’Hexagone parce que coupée de celui-ci.

Il ne s’agit donc pas d’une erreur récente commise par Kevin Parent ni par d’autres gens qui ont imité le chanteur en ajoutant inutilement la préposition «de». C’est même tout le contraire: le «de» était probablement là au départ et il a fini par disparaître dans l’usage courant.

Aujourd’hui, «avoir de besoin» est à éviter dans la langue soutenue, mais la locution est tolérée dans la langue familière (ce qui inclut les chansons de Kevin). J’ajouterai que j’entends cette expression autour de moi depuis ma petite enfance et elle a fort probablement déjà fait partie de mon vocabulaire.

Je rajouterai, à la défense d’«avoir de besoin», qu’il y a en français plusieurs tournures passées et présentes dont la syntaxe est vraiment très proche. Commençons par Molière qui, dans sa pièce «Les femmes savantes», fait dire par un de ses personnages: «J’aurai soin de vous encourager s’il en est de besoin.» Le Trésor de la langue française, lui, cite George Sand: «Ça serait bien de besoin que M. Cardonnet fît un chemin pour amener les gens de chez nous à son invention.»

Vous admettrez qu’entre «être de besoin» et «avoir de besoin», la différence est mince.

Mais plusieurs constructions courantes et pleinement acceptées rappellent également «avoir de besoin». Il vous est sûrement déjà arrivé de dire que vous avez quelque chose «de trop, de plus, de moins»... Ces tournures ne sont pas fautives, même si vous pouvez tout aussi bien enlever le «de» («j’en ai trop, plus, moins»).

De même, quand vous dites, à propos d’une chose, que vous en avez «de côté, de rechange, de reste», vous employez une tournure assez semblable et personne ne vous lance de pierres.

En somme, si «avoir de besoin» sied moins au discours soutenu, il est inutile de diaboliser cette locution à outrance. Laissons-la vivre dans les contextes appropriés.  

Je profite de cette chronique pour vous mentionner que le premier ouvrage qui, dans mes recherches, m’a informé clairement qu’«avoir de besoin» était une tournure vieillie et familière, c’est Usito, le dictionnaire du français québécois conçu à l’Université de Sherbrooke, et qui, depuis jeudi, est maintenant accessible en ligne tout à fait gratuitement. Ni le Petit Robert, ni le Petit Larousse, ni le Trésor de la langue française n’en faisaient mention (le Multidictionnaire comporte un article).

La mission d’Usito est justement d’inclure les particularités du français québécois, mais sans se limiter à celles-ci. Autrement dit, vous y trouverez la même matière que dans un Petit Robert, mais avec les spécificités québécoises en plus.

Je ne peux donc que saluer ce geste de démocratisation de la part de l’Université de Sherbrooke, rendant public un outil pour lequel, justement, beaucoup de fonds publics ont été investis, et je vous conseille fortement d’ajouter usito.usherbrooke.ca à vos onglets, au même titre que la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique. Avec ces trois sites sous la main, il y a de fortes chances que vous trouviez réponse à plusieurs de vos interrogations. Du moins, un peu plus rapidement qu’en posant la question à un chroniqueur. 

Perles de la semaine

À lire les réponses de ces examens de culture religieuse, on se demande si, au fond, le choix de la laïcité, c’est juste parce que c’est plus simple…

«Personne ne sait à quoi Dieu s’occupait avant de créer le monde.»

«Grâce au serpent, Adam et Ève ont pu avoir un enfant : Jésus-Christ.»

«Dieu a chassé Adam et Ève du Paradis parce que la religion interdit de manger du serpent.»

«Mathieu Zalem a vécu presque 1000 ans.»

«Dieu est monté sur une montagne pour donner à Moïse les tables de multiplication.»

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d’orthographe

Plutôt « aussitôt » qu’« aussi tôt »

CHRONIQUE / Je lis (surtout) et j’entends de plus en plus souvent la formule «aussi tôt que» dans le sens de l’anglais «as early as». Je ne peux m’empêcher de grincer des dents devant ce calque alors qu’en français, «dès» rend parfaitement cette notion. Suis-je trop perfectionniste? (Bernard Landreville, Sherbrooke)

Attention, parce qu’il y a « aussi tôt que » et « aussitôt que », et les deux n’ont pas le même sens. En fait, c’est « aussitôt que » qui est synonyme de « dès que ».

« Venez aussitôt que possible ! »

« Je pars aussitôt que j’aurai terminé. »

Écrire « aussi tôt que » pourrait donc être considéré comme une simple faute de vocabulaire ou de grammaire. Mais il est effectivement fort probable que ce soit l’anglais qui pousse ici à écrire « aussi tôt » en deux mots plutôt qu’en un seul.

Il y a quand même des cas où il est certain qu’on a affaire à un anglicisme : lorsque l’on fait suivre « aussi tôt que » par un nom ou une locution exprimant un moment.

« Vous pourrez transmettre votre demande aussi tôt que la semaine prochaine. »

« Les clients ont commencé à faire la file aussi tôt qu’à 20 h la veille de l’ouverture. »

Dans les deux phrases ci-dessus, on détecte assez rapidement le calque d’« as early as ». En anglais, il est effectivement accepté de dire « as early as Monday, next week, October 1st », etc. Pas en français.

Mais on ne peut pas non plus utiliser « aussitôt que » dans ce contexte, ça ne tiendrait pas debout. Ce serait comme écrire : « Vous pourrez transmettre votre demande dès que la semaine prochaine. » C’est vraiment « dès » qui est la seule option possible ici. 

« Vous pourrez transmettre votre demande dès la semaine prochaine. »

« Les clients ont commencé à faire la file dès 20 h la veille de l’ouverture. »

Est-ce dire que les « aussi tôt que » sont totalement proscrits ? Bien sûr que non. Il est permis de s’en servir de la même façon qu’« aussi tard que ».

« Je ne t’attendais pas aussi tôt que ça ! »

« Elle est arrivée aussi tôt que son mari. »

Avec l’adjectif « possible », on peut écrire « aussitôt » ou « aussi tôt » selon l’intention. Si je vous dis de venir aussi tôt que possible, je vous demande de venir le plus « de bonne heure » que vous le pourrez. Mais si je vous dis « aussitôt que possible », j’exprime « le plus vite possible ». La nuance est subtile, mais peut se justifier dans certains contextes.

Perles de la semaine

Sujet de l’examen : la nature et ce qu’elle nous donne. En tout cas, pas des bonnes notes.

« La mousse pousse sur les troncs d’arbre sous l’effet de la mousson. »

« En automne, les arbres laissent tomber leurs feuilles par lassitude. »

« Grâce à un climat favorable, les Brésiliens fabriquent de l’essence avec la canne à sucre. »

« Un produit lacté est un produit qui contient de la laque. »

« Gutenberg est l’inventeur d’un fromage très apprécié. »

Source : « Le sottisier du bac », Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d'orthographe

Une vie dure une vie

CHRONIQUE / Pourriez-vous confirmer ou infirmer la justesse de la locution «durée de vie», en parlant des produits Apple, par exemple? Il me semble qu’une vie est déjà d’une durée donnée. Ne devrions-nous pas privilégier l’expression «vie utile» lorsqu’on parle d’un bien matériel? (Jean-Marc Pagé, Saguenay)

Si vous tapez la locution «durée de vie» dans le Grand Dictionnaire terminologique, vous obtiendrez plus d’une vingtaine de fiches. Lorsqu’on les épluche, on se rend compte que «durée de vie» est employé pour parler d’une grande variété de choses inanimées, qui vont des gaz en météorologie jusqu’aux neutrons en physique, en passant par les médicaments, les piles solaires, les lampes d’éclairage, le mastic, la publicité et même les jeux vidéos!

Lorsqu’on s’attarde ensuite aux emplois moins spécialisés de «durée de vie», donc plus près de la langue courante (par exemple en gestion et en consommation), on s’aperçoit que les termes et expressions «longévité», «durée de vie», «vie utile» et même «durée de vie utile» s’emploient souvent indifféremment.

Par exemple, en gestion, le GDT définit «durée de vie» par: «Temps pendant lequel un dispositif, un appareil, une machine accomplit une fonction requise dans des conditions d’utilisation données.» Comme terme associé, il mentionne «longévité».

En économie, la définition de «vie utile» est «temps que dure un appareil dans des conditions normales d’utilisation», avec comme termes associés «durée de vie» et «durée de vie utile».

Bref, il semble que, dans le contexte que vous évoquez, vous n’avez pas besoin de chercher midi à quatorze heures : «durée de vie» et «vie utile» veulent dire pratiquement la même chose et peuvent s’employer sans problème pour parler d’objets.

Maintenant, est-ce que la notion de durée est implicite au mot «vie»? Là-dessus, vous avez en partie raison. D’ailleurs, dans la première définition que j’ai citée ci-dessus, le GDT ajoute que la «forme abrégée "vie" est utilisée en français». Autrement dit, il est aussi accepté de parler de la vie d’un appareil pour parler de sa durée de vie.

Quand on regarde dans le Petit Robert, la première définition du mot «vie» est celle du fait d’être vivant. Mais la deuxième est: «Espace de temps compris entre la naissance et la mort d’un individu.» Quand on dit «pour la vie», on veut dire «pour toujours». Quand on nomme des gens à vie, c’est pour le temps qu’il leur reste à vivre.

Pourquoi a-t-on alors senti le besoin de créer la locution «durée de vie»? Probablement parce qu’aucune vie n’a la même durée. Ce n’est pas une unité de temps. Si vous demandez à un commerçant quelle est la vie utile d’un appareil que vous achetez, sa réponse sera une durée, n’est-ce pas? Et si vous le demandez, c’est parce que cette durée peut être très variable et influencer votre décision d’acheter ou non.

Bref, dans ce contexte, le mot «durée» s’avère beaucoup plus précis, voire incontournable.

Perles de la semaine

Cette semaine, un examen théorique sur les sports... où certains élèves se sont beaucoup ennuyés des examens pratiques.
Où ont eu lieu les premiers Jeux olympiques? Réponse: à l’Olympia.
Quelle est la devise des Jeux olympiques? Réponse: il faut gagner pour participer.
Pourquoi les Jeux olympiques coûtent-ils très cher? Réponse: à cause du prix des médailles en or et en argent.
Qu’entend-on par «sport amateur»? Réponse: les sports qu’on fait parce qu’on aime ça.
Donnez un inconvénient et un avantage des sports motorisés. Réponse: ils sont dangereux, mais ils ne sont pas fatigants.

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d'orthographe

Chronique qui a son pareil

CHRONIQUE / J’aimerais savoir si on dit «il n’y en a pas un pareil» ou «il n’y en a pas deux pareils». Merci à l’avance. (Christine Chaumel, Québec)

Dans ma chronique du 15 mars 2013, j’expliquais que cette faute ne vient pas d’une mauvaise compréhension du sens de « pareil », mais plutôt d’une syntaxe déficiente. On ne dit pas « il n’y en a pas un pareil », mais « il n’y en a pas de pareil ». De la même façon que l’on dit « il n’y en a pas de meilleur » et non « il n’y en a pas un meilleur ».

Vous pouvez essayer avec plusieurs autres adjectifs et locutions de comparaison, comme « pire », « tel », « semblable », « identique », « plus beau », « moins grand », etc. Vous constaterez que c’est la préposition « de » qui est appropriée, et non l’article « un ».

« Il n’y en a pas deux pareils » n’a pas tout à fait le même sens. Vous parlez alors d’une multitude d’éléments dont aucun n’est identique à un autre. « Il n’y en a pas de pareil » veut plutôt dire « il n’y a rien de pareil à cette chose-là ».

L’adjectif « pareil » peut être utilisé dans plusieurs sens. Tantôt, il est synonyme de « même » (« rendez-vous à pareille heure demain »). Tantôt, il signifie « tel » (« dans un pareil cas », « devant une pareille insistance »). La plupart du temps, il veut dire « semblable ».

Au Québec, nous avons aussi hérité d’un vieil emploi : « pareil » adverbe.

« Elle et moi pensons pareil. »

« Sans le savoir, vous vous êtes habillés pareil. »

Cet emploi se rencontre aussi dans la langue parlée en France. On en trouve des traces dans la littérature. Il est toutefois critiqué par les grammairiens. « Pareil » veut ici dire « de la même façon », « de manière identique ». On peut également utiliser le véritable adverbe dérivé de « pareil », soit « pareillement ».

« Elle et moi pensons de la même façon. »

« Sans le savoir, vous vous êtes habillés de manière identique. »

Il existe un deuxième emploi adverbial, disparu outre-mer, mais encore bien vivant chez nous : « pareil » synonyme de « quand même », « malgré tout ». Lui aussi est à proscrire dans le discours soutenu.

« Je vais y aller pareil. »

« Je sais que tu l’as déjà fait, mais refais-le pareil. »


Perles de la semaine

La saison de hockey approche, les esprits s’échauffent, et ça se lit sur le site du Sportnographe.

« Je pense que c’est un baume d’air frais. »

« Il sait comment traiter ses joueurs. Pis je pense que les joueurs y mangent son esprit pis ils jouent pour lui. »

« La deuxième finale de la NBA a eu un record d’audition au Canada avec 4,3 millions de personnes. »

« Les Hurricanes étaient accotés au pied du mur. »

« Quand qu’on va visiter des universités américaines, il y a beaucoup de bouche à bouche pour juste voir c’est quoi que quelqu’un peut nous dire sur un joueur qu’on savait pas. »

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Séance d'orthographe

Il happa l’appât

CHRONIQUE / Depuis quelques années, les journalistes semblent avoir découvert le verbe «happer» en pensant que c’est un synonyme de «frapper», alors que, selon Le Robert, «happer» signifie «saisir, attraper brusquement et avec violence». Ainsi, on entend régulièrement aux bulletins de nouvelles qu’une personne a été happée par une auto quand elle a manifestement été frappée. J’ai l’impression qu’on utilise «happer» plutôt que «frapper» parce que ça fait plus recherché. Qu’en pensez-vous? (Michel Truchon, Québec)

J’ai répondu à une question semblable le 9 mai 2014. Effectivement, le verbe «happer» est tellement utilisé pour parler des accidents de la circulation que beaucoup de gens croient qu’il est un parfait synonyme de «heurter». On a fini par perdre de vue le sens premier: «Saisir, attraper brusquement et avec violence.»

«Happer» vient d’une onomatopée d’origine germanique, «happ», qui évoque le bruit de mâchoires qui se referment. En néerlandais, le verbe «happen» veut dire «mordre». Voilà pourquoi la définition première de «happer» est, selon le Trésor de la langue française, «attraper brusquement quelque chose d’un coup de mâchoire, de bec». Les loups, requins et autres prédateurs ont donc happé leurs proies bien avant que les voitures les imitent.

Le mot a fini par emprunter plusieurs significations plus ou moins figurées. On peut aujourd’hui happer quelqu’un qui tente de s’enfuir, happer son trousseau de clefs sur la table en partant précipitamment, être même happé par la beauté des paysages.

Mais pour happer une personne ou une chose au sens propre, il faut soit être plus gros qu’elle, soit arriver à très grande vitesse. Une voiture peut donc happer un piéton ou un cycliste, mais plus rarement une autre voiture. Par contre, ladite voiture peut très certainement être happée par un train.

On ne peut pas non plus utiliser le verbe «frapper», comme vous le suggérez. Il s’agit d’une impropriété. «Frapper» veut dire «donner un coup», ce qui n’est pas la même chose que «heurter, entrer en collision avec quelque chose».

«Les deux voitures se sont heurtées (et non «frappées») à grande vitesse.»

«Le piéton a été happé (ou «renversé») par une déneigeuse.»

Profitons-en pour dénoncer un anglicisme très courant ici : frapper un nœud. Il s’agit d’un calque de l’anglais «to hit a snag». Et un très mauvais calque, car en anglais, «nœud» se dit «knot», alors que «snag» désigne un chicot, c’est-à-dire la partie qui reste d’un tronc ou d’une branche cassés ou coupés.

En français, il faut plutôt dire «tomber sur un os».

Perles de la semaine

Quand Monsieur Caron présente sa carte d’accoutumance-maladie...

«J’ai été opéré d’une éclosion intestinale [occlusion].»

«J’ai consulté un gastro-entéropode.»

«Ma femme fait une dépression, elle boit du noir.»

«Je suis un régime sévère, je mène une vraie vie d’Aztèque [ascète].»

«J’aimerais faire changer mon stérilet. Si je suis ménopausée? Oui, depuis trois ans, pourquoi?»

Source : «C’est grave, docteur? : les plus belles perles entendues par votre médecin», Michel Guilbert, Éditions de l’Opportun, 2014.

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Séance d'orthographe

Des chiffres et des lettres muettes

CHRONIQUE / Souvent, on entend qu’il va faire «si» degrés et non «sisse» degrés. Il en va de même avec «di» et non pas «disse». Est-ce que mes oreilles ont raison de «siller»? (Robert Beauregard, Québec)

Désolé pour vos oreilles, répondais-je le 8 juin 2007, mais les personnes qui prononcent ainsi ont été à bonne école : quand le mot qui suit «cinq», «six», «huit» et «dix» commence par une consonne, la consonne finale du chiffre devient muette.


«Le naufrage a fait [si] morts et [ui] blessés. [Di] personnes manquent à l’appel.»

«J’arrive dans [sin] minutes!»


Ce serait trop beau si c’était aussi simple. Mais il y a des exceptions : dans les dates (quand le mois commence par une consonne), devant «pour cent» et lorsque le numéral est utilisé comme nom ou comme pronom. Dans les deux premiers cas, les deux prononciations sont possibles, et dans les deux autres, il faut prononcer le son final.


«Votre rendez-vous est fixé au [sisse ou si] juillet prochain.»

«J’ai eu 98 [uite ou ui] pour cent à l’examen!»

«Je joue mon [sink] de cœur maintenant (numéral utilisé comme nom).»

«J’ai demandé 12 paires de chaussettes, pas 22! J’en ai 10 [disse] de trop (numéral utilisé comme pronom, remplaçant le mot «paires»).»


Dans les dates, la consonne finale de «cinq» se prononce pratiquement toujours. Avec «pour cent», elle est très souvent muette quand «cinq» fait partie d’un autre nombre («cinq [sink] pour cent et vingt-cinq [sin] pour cent»).

Qu’en est-il pour «sept» et «neuf»? Les prononciations [sè] et [ne] sont considérées comme vieillies, mais on les entend encore (comme dans «1700» et «1900» [«milsèsan, milnesan»]).

Mais «neuf» a une particularité : devant les mots «ans», «autres», «heures» et «hommes», la liaison se fait avec le son [v].


«L’équipe est formée de neuf hommes [nevom]. Ils s’entraînent les lundis à 9 h [neveur].»

«Donnez-moi neuf avocats [nefavoca]. Oh et puis donnez-m’en neuf autres [neuvôtre].»

«Tu as seulement 9 ans [nevan], il te reste encore neuf années [nefané] avant d’être majeur.»


                                                                                          ***


«Dans mon journal ce matin, le journaliste conjugue "renforcer" comme s’il était du second groupe : il renforcit.» (Jean-Marc Pagé, Saguenay)


J’ai répondu à cette question le 7 janvier 2005, mais l’article de la Banque de dépannage linguistique m’apparaît plus complet et plus nuancé. Le voici.

«Sorti de l’usage en France, le verbe «renforcir» au sens de «rendre plus fort» a résisté plus longtemps au Québec à son concurrent «renforcer». «Renforcir» a été usuel en français jusqu’au XVIe siècle, avant d’être évincé par la forme «renforcer». Il s’est alors réfugié dans la langue populaire [...]. Au Québec, «renforcir», courant à l’époque de la colonisation en Nouvelle-France, s’est conservé jusqu’à aujourd’hui, mais son emploi est en recul. Si l’on ne peut considérer son emploi comme fautif, on peut juger préférable, selon les besoins du contexte, de recourir à des équivalents plus actuels, de registre neutre ou soutenu, comme «renforcer» ou «fortifier», mais aussi à des expressions comme «reprendre des forces»; «devenir plus fort», «plus costaud»; «raffermir», «tonifier», «développer ses muscles» ou «muscler» (son ventre, etc.).

Par ailleurs, dans le sens de «rendre plus solide», au propre comme au figuré, «renforcir» pourrait être remplacé par «renforcer», mais aussi par des équivalents comme «consolider», «étayer», «soutenir», «stabiliser». 

De la même manière, le substantif «renforcissement», dérivé de «renforcir», peut être remplacé par l’équivalent «renforcement» ou d’autres plus appropriés, selon le contexte.»

Bref, «renforcir» n’est pas foncièrement mauvais, mais pour l’écriture journalistique, qui doit être de niveau un peu plus soutenu, il vaut mieux l’éviter.

J’ajouterai que le verbe «forcir», bien que rarement utilisé, est correct. Attention toutefois, car il n’est pas synonyme de «forcer», mais plutôt de «se renforcer». Par exemple, on dira d’un enfant qu’il a forci s’il a grandi, s’il est devenu plus fort ou plus massif.

Le Petit Robert note aussi que le vent peut forcir, dans le sens de «fraîchir».


Perles de la semaine

Ces étudiants manquent un peu de culture bio…


«Le système urinaire comprend deux haricots en forme de reins.»

«L’air descend dans les poumons par la tranchée arrière.»

«Les veines du cou sont les veines jugulées.»

«La bile est produite par la vésiculaire binaire.»

«Les rotules sont de petits rots très légers.»


Source : «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006.


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Séance d'orthographe

113 ans de week-ends

CHRONIQUE / «J’aimerais avoir votre opinion sur l’expression "bon week-end". Nous avons pourtant déjà une belle expression en français : bonne fin de semaine.» (Denise Tremblay, Québec)

Le 6 janvier 2006, je souhaitais un bon anniversaire au mot «week-end», à l’occasion du centenaire de l’entrée de cet anglicisme dans la langue française. Ce mot est en effet accepté depuis 1906.

Il y a treize ans, plusieurs lecteurs auraient aimé que La Tribune bannisse tout mot à consonance anglaise. «Week-end» était le premier cité, mais d’autres comme «leader», «stop» et «interview» figuraient dans leur liste noire. Parce qu’à force de se faire dire qu’il faut éviter les anglicismes dans notre langue, on en est venu à penser qu’un anglicisme est automatiquement mauvais.

Mais un anglicisme, c’est simplement un emprunt à l’anglais. Et il y a des emprunts plus justifiés que d’autres, parce qu’ils comblent un vide lexical ou apportent un synonyme lorsqu’il n’y a qu’un seul terme pour nommer une réalité donnée.

Les anglicismes moins louables sont ceux qui s’imposent lorsque nous avons déjà dans notre langue tous les mots nécessaires pour exprimer la même réalité. Par exemple, l’anglicisme «initier» parasite depuis plusieurs années les verbes «instaurer», «entreprendre», «instiguer», «amorcer», «commencer», «lancer», etc.

Évidemment, «fin de semaine» est plus français que «week-end», mais ce dernier a ses avantages : il est plus court et permet de varier le vocabulaire (avoir un deuxième mot pour nommer la même réalité). Il répond à un besoin, et ce, depuis plus de 100 ans.

Jusqu’à tout récemment au Québec, la locution «fin de semaine» était celle qui était la plus répandue dans la langue courante... et je crois bien qu’elle l’est encore. Mais avec l’explosion des communications, «week-end» a fini par s’installer ici aussi. Et comme il est accepté par tous les ouvrages de référence, on ne peut pas soulever l’argument de la faute de langage pour le faire bannir.

Sachez également que, si les anglicismes vous irritent, l’anglais, lui, est composé de 60 pour cent de mots dérivés du latin et du français. Alors que notre langue a puisé entre trois et cinq pour cent de ses mots dans l’anglais. 

Le plus drôle, c’est que plusieurs de ces emprunts venaient initialement du français et du latin. Par exemple «bougette», qui désignait au Moyen Âge un petit sac dans lequel on mettait son argent. Les Anglais nous l’ont volé, l’adaptant à leur langue, et quelques siècles plus tard, nous leur avons repris, sauf qu’il s’était transformé en «budget»!

Voici une liste de quelques anglicismes désormais bien intégrés au français, avec l’année de leur entrée. L’astérisque indique que le mot venait au départ du latin ou du français.

«puritain»* (1562)

«paquebot» (de «packet-boat», 1634)

«verdict»* (1669)

«vote»* (1702)

«redingote» (de «riding-coat», 1725)

«club» (1774)

«romantique»* (1776)

«officiel»* (1778)

«disqualifier»* (1784)

«stop» (1792)

«handicap» (1827)

«leader» (1829)

«interview»* (1880)

«klaxon» (1914)

«slogan» (1933)

«stress» (1950)

«jogging» (1974)

Vous voyez : quelle hémorragie si nous proscrivions tout mot hérité de l’anglais! Tel n’est donc pas l’objectif de la chasse aux anglicismes. Ajoutez tous les emprunts aux autres langues (italien, espagnol, allemand, arabe, turc, etc.) et le fait qu’il reste à peu près 200 mots d’origine gauloise en français, et vous comprendrez que la pureté linguistique absolue n’est pas de ce monde, loin de là.


Perles de la semaine

Vous connaissez le jeu des définitions? Eh bien... ce qui suit n’est exactement pas ça : ce sont plutôt de véritables réponses d’examen.

«Les deux faces d’une feuille de papier sont le recto et le verseau.»

«Un quotidien est un journal qui parle de la vie quotidienne.»

«Un liquide est potable lorsqu’on peut en boire un pot sans problème.»

«La pasteurisation s’appelle ainsi parce qu’elle a été inventée par des prêtres protestants.»

«Une espèce comprend tous les gens qui se reproduisent entre eux.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Dans le mauvais sens

Votre chronique m’a fait penser à un autre anglicisme que j’entends régulièrement: «Ça ne fait pas de sens.» Étant anglophone moi-même, je dis : «It makes no sense.» Mais en français, j’aurais tendance à dire : «Cela n’a pas de sens.» (Suzanne Messara, Ayer’s Cliff)

Le 23 mars 2007, j’expliquais que la locution « faire du sens » est une copie carbone de l’anglais « to make sense », et qu’elle n’a aucun bon sens en français.

Vous aurez deviné qu’il faut utiliser le verbe « avoir », et non « faire ». Il est aussi possible de dire qu’une chose est sensée, qu’elle se tient debout, qu’elle semble logique. Dans la situation contraire, au lieu de vous empêtrer dans un « cela ne fait pas de sens », hurlez plutôt: « C’est insensé! Ça ne tient pas debout! C’est à n’y rien comprendre! C’est totalement illogique! »

Notez que la locution « faire sens » existe. Elle veut dire « avoir un sens, être intelligible », selon le Petit Robert. L’Office québécois de la langue française précise qu’elle s’emploie notamment en philosophie et en littérature.

                                                                        ***

« Comme expression qui m’agace, il y a "se faire une tête". Il s’agit selon moi d’un anglicisme qui vient de l’expression anglaise "to make up his mind". En français, il faudrait dire "se faire une idée, une opinion". Ai-je raison? » (Roger Giguère, Québec) 

Le 15 juin 2007, je répondais que « se faire une tête » semblait en effet devenir une locution très en vogue et qu’il était un peu désolant de voir le public et les médias l’inclure dans leur vocabulaire et l’utiliser abondamment sans jamais se demander si cette nouvelle façon de dire est correcte.

Après avoir fouillé, j’en conclus que « se faire une tête » est simplement une mauvaise tournure, totalement inutile parce qu’elle ne comble aucun manque. La majorité des gens continue de se faire une idée ou une opinion, de se décider, de trancher, etc.

« Les électeurs se sont fait une idée sur le plan d’urbanisme. »

« Il serait temps que tu te décides! »

« Le premier ministre a finalement tranché la question. »

Pour l’instant, aucun ouvrage de difficultés ne relève l’erreur. Le mot anglais « mind » faisant davantage référence à l’esprit qu’à la tête, je doute que l’on puisse parler véritablement d’un anglicisme. Il s’agit plutôt d’une impropriété.

On peut se faire une tête en français, mais à l’Halloween ou lors d’un bal costumé. Quoique vieilli en se sens, le mot « tête » peut avoir comme définition : « Visage qu’on a grimé et paré pour se divertir. »

« Tu ne la reconnaîtras pas : elle s’est fait toute une tête! »

Néanmoins, Montaigne a écrit qu’il vaut mieux avoir la tête bien faite que bien pleine, c’est-à-dire qu’un esprit rigoureux et critique vaut mieux qu’une grande mémoire factuelle.

Perles de la semaine

Avec leurs rapports, ces policiers auraient saboté l’atmosphère dans « 19-2 »...

« Le trio des voleurs était composé de quatre hommes. »

« Aveugle de naissance, la femme n’avait rien vu venir... »

« Ouvrant le coffre du véhicule, nous y avons trouvé uniquement du vide. »

« L’infraction fut constatée par la brigade deux jours avant qu’elle ait lieu. »

« On ignore les raisons qui ont poussé le désespéré à se faire assassiner. »

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SÉANCE D’ORTHOGRAPHE

Salaam Aleité

CHRONIQUE / Vous pourriez parler des «ça l’a» entendus trop fréquemment, même chez des journalistes et animateurs chevronnés, et qui me font dresser les oreilles chaque fois que je les entends. (Jacques DeBlois, Québec)

Dans ma chronique du 16 mars 2007, j’évoquais une entrevue avec l’humoriste d’origine sénégalaise Boucar Diouf. Il me racontait notamment quelques chocs linguistiques lors de son arrivée au Québec.

Par exemple quand une collègue d’études lui a sorti que son dernier examen, «ça l’a mal été». Il était sûr qu’elle venait de parler en arabe.

Dans cette langue, «salaam aleikum» est une façon de saluer (que la paix soit avec vous).

Alors si vous êtes parmi ceux et celles qui emploient des «ça l’a» à profusion, le moment est venu de vous corriger si vous souhaitez être compris en français et non en arabe. Ce l apostrophe n’a absolument rien à faire là.

Il faut plutôt dire «ça a mal été» ou «ç’a mal été».

Précisons d’abord que, dans la langue soutenue, la contraction de «cela» en «ça» est à éviter, car elle est considérée comme familière. Dans les conversations informelles, évidemment, il n’y a aucun problème. Mais inutile d’empirer la chose avec «ça l’a».

Je sais: le français permet parfois d’améliorer l’euphonie à l’aide d’une lettre n’ayant aucune fonction grammaticale, mais qui est ajoutée simplement pour l’harmonie sonore des mots.

Le meilleur exemple est celui du t intercalé entre le verbe et un sujet commençant par une voyelle, à la forme interrogative.

 «Pierre a-t-il reçu mon message?»

«À quelle heure mange-t-on?»

En disant «ça l’a», on répond au besoin d’éviter la succession de deux a.

Mais c’est inutile, puisqu’il est accepté, selon l’Office québécois de la langue française, de contracter «ça a» en «ç’a».

De toute façon, l’euphonie n’est pas toujours heureuse non plus.

La prochaine fois que vous irez au resto et que vous vous demanderez s’il faut payer à la table ou à la caisse, essayez donc de demander sans rire : «Où paie-t-on?»

Perles de la semaine

Le Dr Dolittle savait comment parler avec les animaux, mais il n’aurait peut-être pas compris les propos de ces patients-là...

«Je ne veux plus de vaccin : j’ai eu une érection vaccinale.»

«Ce que je n’aime pas chez le gynécologue, c’est quand il utilise le spéculoos [spéculum].»

«Le gynécologue de ma fille lui a posé un stéréo [stérilet].»

«Mon mari a failli mourir : il a fait la fracture de la cocarde [infarctus du myocarde].»

«Le vaccin contre le sida, c’est possible? J’en ai marre des capotes.»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Les mauvais « bon matin! »

CHRONIQUE / On me dit que la salutation «bon matin!» serait un anglicisme. J’aime bien cette expression joyeuse pour commencer la journée, au bureau ou à la maison. Est-ce bien vrai et, si oui, en quoi est-ce différent de «bonne soirée», «bon après-midi» ou «bonne fin de semaine»? Je n’ose donc pas vous souhaiter un bon matin, malgré mon envie... Je vous souhaite donc une bonne journée! (Gisèle Séguin, Sherbrooke)

Le 7 décembre 2012, je répondais ceci.

La Banque de dépannage linguistique de l’OQLF avance en effet qu’il s’agit d’un anglicisme, calqué sur «good morning». Mais le problème n’est pas celui que vous pensez.

Comme je l’ai déjà expliqué dans une précédente chronique, pour qu’un anglicisme soit vraiment à bannir, il ne suffit pas qu’il soit calqué sur l’anglais. Parce qu’il y a plein de choses qui se disent de la même façon en anglais et en français et on ne les bannit pas toutes.

Pourquoi donc «bon matin» serait-il mauvais? Après tout, nous pouvons très bien souhaiter une bonne journée, une bonne soirée, une bonne nuit, une bonne fin de semaine à quelqu’un, sans que cela pose problème...

La BDL nous dit même qu’il est possible de souhaiter un bon avant-midi à quelqu’un. Aux dernières nouvelles, «matin» et «avant-midi» sont de parfaits synonymes. Qu’est-ce qui achoppe?

Le problème est ailleurs. Pensez-y une seconde. À quel moment souhaiterez-vous une bonne journée, une bonne soirée, une bonne nuit à une personne? Quand vous la rencontrez ou quand vous la quittez?

Ah! Ha! Vous avez votre réponse! Le problème n’est donc pas de dire «bon matin», mais de s’en servir pour saluer!

En français, les souhaits de «bons moments» se font traditionnellement quand on quitte les personnes. Pour saluer, on utilise les mots «bonjour» et «bonsoir». 

L’anglais est moins constant dans ce domaine. Ainsi, on dit «good morning» lorsqu’on rencontre une personne le matin, mais selon mon Robert & Collins, il fut une époque où on pouvait également s’en servir comme synonyme de «goodbye»... le matin. Cet emploi est tombé en désuétude.

«Good evening» est réservé au moment où l’on rencontre, alors que «good afternoon» et «good night» peuvent se dire aussi bien comme salutation que comme au revoir.

En somme, «bon matin» est une locution à proscrire comme salutation, pas tant parce qu’elle est un calque, mais parce qu’elle va à l’envers de la tradition francophone (on pourrait parler d’un anglicisme «culturel»). Mais on peut la dire au moment de quitter quelqu’un.

La BDL n’est pas d’accord avec moi sur ce point, elle estime qu’il faut dire «bon avant-midi». Mais je ne vois pas pourquoi «matin» et «avant-midi» cesseraient d’être de parfaits synonymes ici. Surtout qu’«avant-midi», par rapport à «matin» et «matinée», est considéré par les dictionnaires français comme un régionalisme du Québec et de la Belgique. Il m’apparaît exagéré qu’une particularité régionale ait soudainement préséance sur le mot le plus répandu...

Perles de la semaine

Toute bonne chose a une fin, y compris les perles du bac 2019. Prochain rendez-vous en 2020!

«C’est par ce moyen [la radio] que le général de Gaulle a annoncé le débarquement pour libérer la France et l’Europe de l’Ouest, occupée par l’URSS (la Russie maintenant).»

«C’est également par la radio que le Général de Gaulle va annoncer la fin de l’armistice sur les ondes de la BBC : "C’est avec le cœur serré que je vous demande de mettre fin à la guerre."»

«Radio Londres réussit à renverser le régime de Vichy et l’Allemagne nazie.»

«Nous ne connaissons pas les HDI (indices de développement humain).»

«L’Affaire Dreyfus a eu lieu en 1578.»

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Séance d'orthographe

Chronique portant sur «porter»

CHRONIQUE / Très souvent, on entend les gens dire: «Je suis allé porter mon enfant à la garderie.» Selon moi, il s’agit d’une erreur lorsqu’on fait référence à un être humain. On devrait plutôt dire, par exemple: «Je suis allé reconduire mon enfant à la garderie.» Qu’en pensez-vous? (Pierre Germain, Québec)

Voici ce que je répondais à une question semblable le 16 novembre 2007.

De savoir déjà que l’on amène et emmène généralement des personnes et que l’on apporte et emporte des choses donne un bon indice que cette façon de dire ne tourne pas rond.

On peut certes porter quelqu’un, mais cela veut dire qu’on le soutient physiquement. On peut porter un enfant dans ses bras, un champion sur ses épaules, un blessé sur son dos.

Le verbe «reconduire» est aussi employé à mauvais escient dans ce contexte. Reconduire une personne, c’est l’accompagner lorsqu’elle s’en retourne. Il est donc correct de reconduire des enfants chez leurs parents, de reconduire un visiteur à la porte quand il s’en va, de reconduire un prisonnier à sa cellule. Mais on ne peut reconduire son époux chaque matin à son travail.

Il est ainsi préférable d’utiliser des verbes comme «mener», «emmener», «déposer» et «conduire». J’ai déjà abordé la différence entre «amener» et «emmener» dans une précédente chronique (amener ici, emmener là-bas), mais en cas d’incertitude, il est bon de savoir que le verbe «conduire» peut être utilisé peu importe le contexte, même si on conduit le plus souvent quelqu’un loin du lieu de départ.


                                             ***


«À entendre et à lire les gens, les problèmes ont cessé d’exister. Ce serait une excellente nouvelle si on ne les avait pas remplacés par des "problématiques". Du même souffle, les fêtes et festivals n’ont plus de thèmes mais des "thématiques". J’en perds le peu de cheveux qu’il me reste.» (Michel Bouchard, Gatineau)

Voici ma réponse du 27 mars 2009 à une question similaire et qui peut également s’appliquer aux mots «thème» et «thématique».

Nous, journalistes, adorons les problèmes. Sans eux, nous perdrions les trois quarts de nos sujets! Mais à force de nager dans les problèmes et les problématiques, il peut arriver que nous ne fassions plus la distinction.

Je rappelle donc mes collègues à l’ordre: une problématique est un ensemble de problèmes liés à un même sujet. Le réchauffement de la planète est une problématique, car il est source d’une foule de problèmes comme la montée du niveau des eaux, les sécheresses, la disparition de certaines espèces...

Quand il s’agit simplement d’une question théorique ou pratique difficile à résoudre, c’est un simple problème. Qui n’est peut-être pas simple à résoudre. Simple, non?

Dans la même veine, une thématique est un ensemble ou un système organisé de thèmes. Dans le cas des événements festifs, ce sont donc plus souvent des thèmes que des thématiques, 


Perles de la semaine

Suite des perles du bac 2019, cette fois en histoire-géo. 

«Les chrétiens, on les retrouve au Liban, ils sont appelés les macronistes [maronites].»

«Avec l’application de la chariat, les femmes n’ont pas le droit de porter le voil.»

«L’invasion du Koweït par Saddam Hussein, en 1991, eut lieu pendant la guerre de Corée.»

«L’appel du général de Gaulle permit l’augmentation considérable des résistancialistes.»

«Charles de Gaulle fait naître une nouvelle aire.»


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Séance d'orthographe

Il ne pleuvra plus en tout

CHRONIQUE / Pourquoi 90 pour cent des hommes, au lieu de dire qu’ils sont prêts et inquiets, prononcent: «Je suis [prette] et [inquiette].» Cela me crispe. D’où cela vient-il? (Jeannine Miville-Deschênes, Québec)

Voici ce que je répondais le 30 mai 2014 à un lecteur qui en avait assez d’entendre les gens prononcer le t à la fin du mot «tout» [«toutte»].

Cette particularité de rendre sonore un t final censé être muet n’est pas propre au mot «tout» ni (je vais peut-être vous surprendre) au français québécois. On retrouve, en français de France, des t finaux qui sont audibles là-bas et muets ici. C’est le cas notamment des mots «août» et «but». La différence, c’est que, comme ce sont les Français qui font les dictionnaires, ils se sont organisés pour faire accepter les deux prononciations.

Chez nous, hormis «toutte», peut-être avez-vous déjà entendu des gens dire qu’ils n’ont pas «faitte» leur «litte» après avoir passé une très mauvaise «nuitte» à cause du chant des «criquettes», et qu’ils sont totalement à «boutte» de vos histoires à dormir «deboutte», que ça les rend «inquiettes» et qu’ils vont bientôt vous attraper par le «collette». Cette prononciation, caractéristique du parler populaire, se retrouve même dans certains noms propres, comme Ouellet, Paquet, Talbot, Gaudet, Chabot... Et l’on peut penser que c’est pour cette raison que les orthographes «Ouellette», «Paquette» et «Gaudette» sont apparues.

La théorie la plus plausible, c’est que cette prononciation nous vienne des dialectes vendéens et charentais. Mais selon le site du CIRAL (Centre interdisciplinaire de recherche sur les activités langagières) de l’Université Laval, ce phénomène pourrait être aussi le prolongement d’un processus déjà observé en français standard, le même qui a donné «aoûte» et «bute» en France.

D’après le linguiste Marcel Juneau, à Paris au XVIIe siècle, une mode savante tenta de restituer le t final dans certains mots. Cette mode, qui n’est pas passée dans l’usage, pourrait aussi avoir traversé en Nouvelle-France.

Évidemment, il faut le plus possible bannir ce t sonore dans la langue soutenue, surtout avec «tout», car il peut se créer une confusion avec le féminin.

Il y a juste un mot dans lequel on peut le tolérer : «pantoute». Comme nous sommes déjà dans la langue populaire, on ne s’embarrassera pas de dire «pantout»!

«Pantoute», rappelons-le, est la contraction de «pas en tout».


Perles de la semaine

On poursuit avec les perles du bac 2019, cette fois en philosophie. Certains étudiants sembler penser que «platitude» vient de Platon...

«Un philosophe avait imaginé une caverne avec une grotte à l’intérieur.»

«Épicure inventa l’épicurisme.»

«Le bonheur n’est donc pas le fait de se sentir heureux : il faut réellement être heureux pour se sentir heureux.»

«Prenons l’exemple de la loi pour l’interruption volontaire de grossesse. Grâce à cette loi, les hommes étaient heureux.»

«Les lois sont aussi pour nous rappeler que si on ne respectons pas les règles, nous pourrions atteindre la vie d’autrie par notre irrespect de celle-ci ou même détruire des vies par notre infarction.»


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Séance d'orthographe

Un brin de laine brun

CHRONIQUE / J’aimerais savoir pourquoi les Québécois disent [ju-un] et non [ju-in]. Il y a pourtant bien un i et non un u... Pierre Bruneau est un des seuls à bien prononcer ce mot. Pour les autres, on repassera. Même à l’école, on ne s’en soucie pas. Les Français le disent correctement par contre. (Réjeanne Hélie, Shawinigan)

Voici ce que je répondais à une question similaire le 10 octobre 2014.

Effectivement, dans le Petit Robert, la transcription phonétique du mot juin correspond bien au son [in]. Mais par souci de justice, il faudrait aussi expliquer aux Français que le mot brun ne se prononce pas [brin]!

Peut-être l’avez déjà remarqué, mais le son [un] est en nette voie de disparition en France. Faites le test avec un ami français et demandez-lui de répéter la phrase : « Un brin de laine brun. » Il y a de fortes chances que ça sonne comme « un brin de laine brin ». Essayez avec d’autres mots comme lundi, chacun ou parfum. Dans une chanson du groupe français Indochine, l’auteur a fait rimer parfum et main.

C’est même devenu une blague courante avec mon copain breton. Une fois sur deux, lorsqu’il commande du pain brun ici, il se retrouve avec du pain blanc. Il a beau appuyer : « Du pain brin! — Vous avez bien dit du pain blanc, n’est-ce pas? »

Au Québec, nos voyelles nasales [an, in, on, un] sont très affirmées. Plusieurs trouvent d’ailleurs que le français québécois se parle beaucoup du nez. Ce n’est pas notre faute, c’est un héritage de nos ancêtres, importé ici au XVIIe siècle.

Mais en France, la différence entre les voyelles nasales s’est érodée, surtout entre le [un] et le [in]. Du moins, par rapport à nous, car dans l’oreille d’un Français, les deux sont encore bien distincts.

En revanche, étant donné que notre son [in] est beaucoup plus pointu ici (comparez un Québécois et un Français qui disent le mot pain), notre [an] a pris une sonorité qui rappelle davantage le [in] en France. Ce qui est une autre source de confusion, et j’y ai goûté quelques fois : « On va s’asseoir sur ce banc? — Mais de quel bain parles-tu? »

Bref, je ne crois pas qu’il faille reprendre les gens qui disent [ju-un], car les différences phonétiques font souvent partie des accents. Et elles créent de si gentils quiproquos...

Alors, chéri, tes toasts, ce matin? Du pain brin ou du pain blinc?

Perles de la semaine

Enfin, les perles du bac 2019 sont arrivées! Voici quelques réponses aux examens de littérature et d’histoire du XXe siècle.


Dans « Britannicus », Néron a eu un coup de foutre sur Junie

La radio est devenue la presse écrite à l’oral.

Mitterrand a fait la déprivatisation des radios privées qui deviennent publiquement déprivatisées

Les vers de Charles T. de Verlaine ont été utilisés pour parler du débarquement de Normandie.

Après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 20, un nouveau média apparaît : internet.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Actualité

Séance d’orthographe : message aux nouveaux lecteurs

CHRONIQUE / Abonnés de La Tribune, permettez-moi aujourd’hui de m’adresser particulièrement à mes nouveaux lecteurs, car depuis le début de juin, «Séance d’orthographe» est publiée, en version numérique, dans tout le Groupe Capitales Médias. Autrement dit, des gens de Québec, Saguenay, Trois-Rivières, Granby, Gatineau et de leurs régions respectives se sont joints à nous, découvrant cette nouvelle chronique... sans savoir qu’elle existe depuis 2003.

Résultat : depuis quelques semaines, j’ai reçu plusieurs questions de la part de ces amateurs de langue française additionnels. Des questions très pertinentes, mais auxquelles, vous vous en doutez un peu, j’ai déjà répondu, parfois il y a belle lurette.

J’ai donc décidé, contrairement à mon habitude de suspendre la chronique pendant l’été (ce qui, convenons-en, serait assez décevant pour ceux et celles qui viennent de la découvrir), de faire comme nos chaînes de télé et de vous proposer des «reprises» pour la belle saison. Ce choix m’apparaît d’autant plus pertinent que, dans certains cas, les réponses à certaines de ces interrogations datent de plus de dix ans. Et comme les règles du français n’évoluent pas très vite…

Quant aux questions inédites, j’espère que les personnes qui me les ont posées sauront patienter jusqu’à l’automne. C’est avec grand plaisir que je reprendrai alors la publication de chroniques originales. À tous et toutes, je souhaite un superbe été!

                                                                    ***

«Dans certaines traductions de livres, on retrouve cette formulation: "Je sais ce QU’IL s’est passé." Ou alors: "Je sais ce QU’IL est arrivé." Ne devrait-on pas plutôt écrire "je sais ce QUI s’est passé" ou "ce QUI est arrivé"?» (Louise Angers, Québec)

Voici ma réponse du 29 septembre 2006.

Quand certains verbes peuvent être utilisés autant à la forme personnelle qu’impersonnelle, les deux tournures s’emploient indifféremment.

La forme impersonnelle, c’est lorsque le sujet est «il» et que ce «il» ne remplace personne. Le verbe impersonnel le plus connu est «falloir». Dans «il faut», rien ni personne ne pose l’action en tant que sujet.

Ainsi, les verbes «se passer» et «arriver» peuvent être utilisés à la forme impersonnelle.

«Il s’est passé bien des choses depuis ton départ.»

«Il arrive qu’on se trompe quand on va trop vite.»

Ici, le sujet «il» ne représente rien ni personne. Tournées autrement, ces phrases pourraient se lire ainsi.

«Voici ce qu’il s’est passé depuis ton départ [il s’est passé cela].»

«Voilà ce qu’il arrive quand on va trop vite [il arrive cela].»

Mais l’autre orthographe est aussi plausible, parce que ces deux verbes se conjuguent le plus souvent avec un sujet personnel. Les phrases de départ pourraient être les suivantes.

«Bien des choses se sont passées depuis ton départ.»

«Les erreurs arrivent quand on va trop vite.»

Modifions légèrement les phrases et cela pourrait donner:

«Voici ce qui s’est passé depuis ton départ [«ce» est le sujet de «s’est passé» et remplace «bien des choses»].»

«Voilà ce qui arrive quand on va trop vite [«ce» est le sujet de «arrive» et remplace «les erreurs»].»

Si le verbe ne s’emploie jamais à la forme impersonnelle, on écrira obligatoirement «ce qui». Mais si le verbe n’existe qu’à la forme impersonnelle, vous n’avez pas le choix d’écrire «ce qu’il».

«Les erreurs bêtes, c’est ce qui gâche tout.»

«Les erreurs bêtes, c’est ce qu’il faut surtout éviter.»

Perles de la semaine

Les perles du bac 2019 ne devraient pas tarder. En attendant, continuons de revisiter les «meilleurs» coups des dernières années, cette fois avec les examens de philosophie.

«Pour se connaître, il faut se faire s’enfoncer profondément en soi.»

«Dans une première partie, nous verrons les avantages. Dans une deuxième partie, nous verrons les désinconvénients.»

«On peut comparer Descartes à un philosophe.»

«Se connaître soi-même nécessite une bonne connaissance de soi.»

«Pour vivre dans la joie et l’allée graisse, il faut faire des sacrifices.»

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Chronique

Qu’est-ce que y a?

CHRONIQUE / J’entends dire à répétition, lors d’entrevues à Radio-Canada : «Je pense que y a beaucoup de problèmes.» Ne devrait-on pas dire : «Je pense qu’il y a»? (Danielle Picard, Québec)

Vous avez évidemment raison, mais il y a une différence à faire entre, d’une part, journalistes et animateurs, qui sont tenus à une langue plus policée, et, d’autre part, les personnes interviewées, qui ne sont pas toujours des communicateurs professionnels, qui utilisent parfois une langue de tous les jours et ne peuvent se mettre à gommer leur parlure du jour au lendemain. Il faut un entraînement pour ça, que dispensent d’ailleurs la plupart des programmes de journalisme et de communication.

Mais n’oubliez pas qu’on ne parle pas de la même façon que l’on écrit, et ce, dans la plupart des langues occidentales. L’oral est généralement plus relâché, alors que la langue écrite est tenue à plus de rigueur, car elle nécessite un code commun entre les locuteurs.

Faites le test : qui autour de vous prononce vraiment «il»? Il y a de fortes chances que la majorité de votre entourage dise «i’» — et il n’y a aucun mal à ça dans les conversations informelles. La plupart des gens disent donc «y a» plutôt qu’«il y a». Cette tournure familière est tellement répandue qu’elle s’est infiltrée à l’écrit. Pensez au succès de Charles Trenet «Y a de la joie» ou à l’émission de télé «Y a du monde à ‘ messe».

Maintenant, pourquoi les gens sont-ils portés à dire «que y a» et non «qu’y a»? C’est que le y est une «semi-voyelle» en français. On le considère tantôt comme un i, tantôt comme un «hi» où le h serait aspiré (donc comme une consonne). C’est pour cette raison qu’on dit le yogourt (et non l’yogourt), le yéti, le yoyo, la yourte…

Il y a juste une petite chose qui me dérange : la plupart des gens écrivent «y’a» avec une apostrophe, parce qu’ils pensent que ce signe marque la liaison. Mais l’apostrophe exprime plutôt l’élision d’une lettre, tel le e ou le a dans «l’». Mais dans «y a», aucune lettre ne manque à l’appel.



***



«Que pensez-vous des « avec pas » que nous entendons même à Radio-Canada (une rue avec pas d’arbres)? Le "sans" a-t-il disparu?» (Nelson Gosselin, Thetford Mines)


La première fois que j’ai entendu cette expression, c’était le fameux «avec pas d’casque» dans une liste de perles attribuées à Jean Perron (les légendaires «perronismes»). Était-ce vraiment de lui? Il a souvent servi de bouc émissaire pour les bourdes de langage commises par tous les commentateurs sportifs et athlètes…

Indépendamment de cela, «avec pas» m’apparaît comme une traduction littérale du «with no» anglais (pensez à la chanson «A Horse with No Name»), totalement accepté dans cette langue. Je suis surpris toutefois que vous entendiez cette erreur à la société d’État, et j’espère que ceux qui la commettent sont rapidement repris. Parce qu’autour de moi, on l’utilise surtout ironiquement. Et ceux qui osent échapper un véritable «avec pas» le font à leurs risques et périls de devenir la tête de Turc du jour.


PERLES DE LA SEMAINE

En attendant les perles du bac 2019, revisitons les palmarès des années précédentes… Commençons par les sciences économiques et sociales.


«La concurrence est un phénomène naturel entre les hommes. C’est pourquoi il existe des femmes plutôt jolies et des femmes plutôt moches.»

«La solidarité sociale a poussé l’État français à construire des H & M.»

«Les frites, qui sont belges, ont marqué le début de la mondialisation.»

«Le solde migratoire est la somme que l’on donne aux émigrés pour repartir chez eux.»

«Les commandites sont une pratique très intéressante pour faire connaître les entreprises, particulièrement lors d’évènements sportifs pour handicapés mentaux et physiques, tels que la coupe de monde de football.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Chronique

Séance d’orthographe : que le «le» ou que le «ne»?

CHRONIQUE / Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Doit-on dire que «l’algèbre est moins difficile qu’on ne prétend»? Ou «qu’on le prétend»? Ou alors «qu’on ne le prétend»? À moins que ce soit simplement «qu’on prétend»? Ces quatre phrases différentes disent-elles toutes la même chose et sont-elles toutes correctes? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Réglons d’abord le cas du «ne», car c’est un sujet que j’ai déjà abordé dans cette chronique. Le «ne» explétif est une négation qui n’a aucune fonction grammaticale ni même euphonique. Son seul but : faire du remplissage (le verbe latin «explere» veut d’ailleurs dire «remplir»).

Il existe d’autres mots explétifs en français (par exemple le «moi» dans «regarde-moi ça»), mais le «ne» explétif est le plus courant de tous. On le retrouve notamment dans les phrases comportant une conjonction de comparaison («plus que», «moins que», «davantage que», «moindre que», «meilleure que», «mieux que», «pire que», «autant que», «aussi que»…).

Lorsque l’on retire le «ne» explétif, la phrase ne passe pas du négatif au positif.

«L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend.»

«L’algèbre est moins difficile qu’on le prétend.»

Si le «ne» avait vraiment une valeur négative dans la première phrase, celle-ci voudrait dire : «L’algèbre est moins difficile qu’on ne le prétend pas.» Ce qui n’aurait aucun sens.

Au tour du «le» maintenant. Pour savoir comment l’utiliser, encore faut-il connaître sa nature.

Dans ce cas-ci, «le» est ce qu’on appelle un pronom neutre. Il ne remplace pas un nom en particulier, mais plutôt un groupe de mots, un participe passé, un verbe à l’infinitif, voire une phrase entière. Il ne porte aucune indication de genre ni de nombre. Voici des exemples.

«Elle est fatiguée et son amie l’est aussi [«le» remplace «fatiguée»].»

«Si elle est en colère? Tu peux parier qu’elle le sera [«le» remplace «en colère»]!»

«Je croyais qu’il voulait sortir, mais je doute qu’il le veuille toujours [«le» remplace «sortir»].»

«Le magasin va fermer, je le lis à l’instant dans le journal [«le» remplace «le magasin va fermer»].»

Maintenant, la plupart des ouvrages de difficultés du français indiquent que ce «le» neutre devient facultatif dans certains cas. Notamment... dans les propositions comparatives introduites par «que».

«Il est plus malin que je ne pensais [ou «que je ne le pensais»].»

«Elle ne pouvait en dire autant qu’elle le voulait [ou «qu’elle voulait»].»

Un seul ouvrage, «Pièges et difficultés de la langue française» de Bordas, est plus à cheval sur les principes et estime que ce «le» pronom neutre est fortement recommandé, voire indispensable lorsque «plus», «moins», «autant», etc., sont suivis d’un adjectif. Ce qui est le cas dans votre exemple, car «moins» est suivi de «difficile».

Mais si on se fie à la majorité, «le» est facultatif dans cette situation. Donc les quatre phrases que vous proposez sont valables.

Maintenant, dans la pratique, il y en a probablement certaines qui vous sembleront plus harmonieuses à l’oreille. Je suis sûr que «qu’on le prétend» vous paraîtra plus élégant que «qu’on ne prétend».

Faites aussi l’exercice de remplacer «prétendre» par «dire». Seriez-vous vraiment tenté d’écrire : «L’algèbre est moins difficile qu’on dit»?

PERLES DE LA SEMAINE

Le «Protégez-vous» ne nous protège pas des perles de traduction... Heureusement!

«Open here»

Ouvrez-vous ici

«Ladies thermal underwear»

Sous-vêtements pour femmes thermiques

«Hair powder [poudre pour cheveux]»

Cheveux en poudre

«Safe for dog’s teeth [sans danger pour les dents des chiens]»

Coffre-fort pour les dents du chien

«Wrinkle proof, stain release, machine washable [infroissable, à l’épreuve des taches, lavable à la machine].»

Preuve de ride, libération de tache, machine lavable.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d’orthographe

Chronique au poil

CHRONIQUE / Discussion au salon de coiffure. Le coiffeur applique la teinture et l’on attend 35 minutes. Doit-on écrire «35 minutes de temps de pause» ou «35 minutes de temps de pose»? Merci de nous éclairer sur le sujet. Merci aussi pour vos chroniques que je parcours assidûment. (Louise Roy, Sherbrooke)

C’est fou comment une question d’apparence banale peut parfois nous conduire à nous arracher les cheveux. Même si je n’y connais rien en coiffure, j’étais persuadé de pouvoir vous répondre en criant ciseau.

En fait, oui, je pourrais couper court, car le Grand Dictionnaire terminologique nous dit qu’en cosmétologie, le temps de pause est le «temps fixé pour chaque opération sur le cheveu». Le GDT tire cette information du Conseil international de la langue française. L’équivalent anglais est «waiting time». Je pourrais donc arrêter ma chronique ici sans couper les cheveux en quatre.

Mais quand on tape «teinture» dans Google avec «temps de pause», puis «temps de pose», on s’aperçoit que le deuxième ressort beaucoup plus souvent. Évidemment, ça ne veut pas dire que l’usage prépondérant l’emporte et que «temps de pose» s’en trouve cautionné. Mais pourquoi une vaste majorité est-elle tentée d’écrire «temps de pose»?

Parce qu’il me semble qu’on ne pose pas une teinture. Certes, le verbe «poser» ne se limite pas qu’aux objets concrets et est souvent utilisé au sens figuré. On peut poser une question, poser un regard, une situation peut poser un problème... Mais le verbe «appliquer», auquel vous avez d’ailleurs recouru, me semble tomber pile-poil sur le sens recherché. Le Petit Robert lui donne comme définition : «Mettre (une chose) sur (une autre) de manière à faire toucher, recouvrir, faire adhérer ou laisser une empreinte.»

L’attrait pour «temps de pose» pourrait venir d’une analogie qui peut paraître tirée par les cheveux: en photographie, la pose, c’est «l’exposition de la surface sensible d’une pellicule à l’action des rayons», et le temps de pose, c’est la «durée nécessaire à la formation d’une image correcte». L’expression est tantôt synonyme de «durée d’exposition», tantôt de «vitesse d’obturation», explique le GDT.

On pourrait ainsi dresser un parallèle entre cette durée nécessaire pour que l’image se forme correctement et cette autre durée nécessaire pour que la teinture fasse effet, pénètre le cheveu et le colore convenablement. Du moins, c’est peut-être de cette façon que les gens qui écrivent «temps de pose» le perçoivent.

Tout ça, évidemment, n’est que suppositions de ma part, la source la plus fiable nous assurant que «temps de pause» est la bonne orthographe. Mais cette petite recherche nous permet de constater que «temps de pose» est loin d’être dénué de sens et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe.

D’ici à ce qu’un dictionnaire accepte les deux, vous saurez quoi écrire et quoi répondre. Sans friser le ridicule.

PERLES DE LA SEMAINE

Un examen sur les vaches. Les élèves n’avaient pas droit à leur «caillé» de notes.


«La vache a toute sa force dans les pattes de devant, c’est une traction avant.»

«La vache française la plus courante est la hollandaise.»

«Le petit de la vache est le vacherin.»

«Heureusement qu’on tue les vaches pour les manger, sinon il y aurait plus de vaches que de brins d’herbe.»

«Le lait stérilisé est le lait des vaches qui n’ont pas eu d’enfants.»


Source : «Le sottisier du collège», Philippe Mignaval, Éditions Points, 2006.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

SÉANCE D’ORTHOGRAPHE

Les raies au menu

CHRONIQUE / J’aimerais avoir votre opinion sur l’utilisation du «si» dans «si j’avais» et «si j’aurais» (Jean Lecours, Québec).

En quinze ans de chronique sur la langue française, vous vous doutez bien que cette question m’est adressée régulièrement. Mais comme je n’en ai pas parlé depuis 2010, ce ne sera pas une perte de temps d’y revenir.

Nous avons donc presque tous appris à l’école que les «si» mangent les «rais». Une façon imagée de nous faire retirer rapidement les «si j’aurais» et compagnie de notre vocabulaire. Malheureusement, on ne nous dit pas vraiment pourquoi.

La semaine dernière, je vous parlais des différentes «valeurs temporelles» des temps, lesquelles expliquent pourquoi des temps du futur peuvent être utilisés au passé, des temps du passé utilisés au présent, etc. Mais les temps ont aussi différentes valeurs «modales» : ils sont propres à exprimer différentes situations (la condition, la concession, l’hypothétique, la conséquence, etc.). 

Ce qui nous amène aux valeurs modales de ces temps qu’on nomme conditionnel présent et conditionnel passé. Parce que, oui, le conditionnel, qui a longtemps été considéré comme un mode (du moins, c’est ce qu’on m’a enseigné), a été «rétrogradé» au statut de temps de l’indicatif par la plupart des grammairiens et linguistes, indique la Banque de dépannage linguistique.

Or, malgré son nom, le conditionnel ne sert jamais à exprimer la condition en tant que telle, mais la CONSÉQUENCE de cette condition. C’est plutôt l’imparfait qui a la valeur modale d’exprimer «une action possible qui est la condition d’une conséquence», explique la BDL. De là, les «si» qui mangent les «rais».


«Si j’avais plus d’argent, je partirais en voyage.»

«Si j’avais su, je ne serais pas venu.»


Maintenant, quand votre enseignant vous a dit que les «si» mangeaient les «rais», il n’a pas osé vous avouer qu’il y a des exceptions.

C’est le cas de l’interrogation indirecte, c’est-à-dire une question insérée dans une autre phrase. Sa particularité est qu’elle s’écrit toujours sans point d’interrogation. Le conditionnel n’est pas obligatoire après le «si» (d’autres temps comme le futur sont possibles), mais il est permis. En voici deux exemples. Essayez de mettre le verbe qui suit le «si» à l’imparfait et vous verrez que le sens ne sera pas le même.


«Je veux savoir si elle aimerait ce livre.» 

«Je me suis demandé si elle serait là.»


Il y a de plus les «même si», qui peuvent exprimer la condition, mais aussi la concession, en quel cas le conditionnel est également permis. «Même si» est alors synonyme de «bien que», «quoique». Si on mettait le verbe à l’imparfait, la phrase ne tiendrait plus debout.


«Même si je préférerais partir, je vais rester.»


Il y a d’autres exceptions qui existent dans la langue littéraire, que je n’évoquerai pas ici étant donné qu’elles sont beaucoup plus rares. L’important est que vous sachiez désormais qu’il n’y a pas toujours de la raie au menu des «si».

Perles de la semaine

Un examen sur les animaux, probablement donné dans la même classe que l’élève qui a répondu que «la peau de la vache sert à garder la vache ensemble».


«Le lapin a de grandes oreilles, car elles lui servent pour voir en hauteur.»

«Quand un oiseau se met à voler, ça veut dire qu’il a coupé les moteurs.»

«Le cochon est très utile, car il est entièrement fait de nourriture.»

«Les félins ont des pattes rétractiles qui leur rentrent dans le corps quand ils marchent.»

«Si on veut acheter un caméléon, on peut choisir sa couleur sur catalogue.»


Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Le temps est imparfait

CHRONIQUE / Pourquoi plusieurs serveurs dans les restaurants ou vendeurs dans les magasins nous abordent-ils à l’imparfait? Voici un exemple : «Est-ce que ça allait?» On dirait qu’ils utilisent ce temps de verbe comme signe de politesse. Je sursaute chaque fois. Font-ils une erreur? (Steeve Godin, Sherbrooke)

Étant donné que l’imparfait est un temps du passé, on peut avoir l’impression qu’il y a faute lorsqu’il est utilisé dans un contexte où le présent aurait très bien fait l’affaire. Dans le cas que vous citez, effectivement, l’employé pourrait tout aussi bien demander : «Est-ce que ça va?»

Mais quand on regarde de près, on se rend compte que les temps ont des usages beaucoup plus étendus que ceux auxquels ils devraient strictement se limiter. On dit qu’ils ont plusieurs «valeurs temporelles».

Par exemple, je veux vous raconter le naufrage du Titanic et je commence ainsi : «Nous sommes le 15 avril 1912.» Pourquoi n’ai-je pas dit «c’était le 15 avril 1912», puisque je vous parle d’un fait passé? L’utilisation du présent, ici, crée un effet dramatique qui rapproche les événements de nous.

Plus loin dans mon histoire, je vous raconte que le navire a fini de sombrer vers 2h20 et qu’il faudra attendre encore une heure avant qu’arrivent les premiers secours. Pourquoi ai-je employé le futur («il faudra» plutôt qu’«il a fallu»)? Il s’agit ici d’un «futur historique dans un contexte narratif au passé, c’est-à-dire pour évoquer un événement passé postérieur à un autre événement du passé», explique la Banque de dépannage linguistique.

Examinons donc le cas que vous soumettez. En fait, vous n’avez pas tort lorsque vous parlez d’un signe de politesse. Il existe en effet un imparfait que certains grammairiens qualifient «d’atténuation». Le locuteur rejette le fait dans le passé pour ne pas brusquer l’interlocuteur, explique le «Bon usage». Voici des exemples.

«Avant de commencer, je voulais vous demander deux choses [au lieu de "je veux"].»

«Je venais te dire que je m’en vais [au lieu de "je viens¨].»

Maintenant, indépendamment de cela, d’autres grammairiens estiment que, dans ce contexte, on se retrouve quand même devant un fait passé. Parfois passé de quelques secondes à peine, juste avant que l’on commence à parler (l’imparfait d’atténuation est d’ailleurs plus courant à l’oral qu’à l’écrit), mais passé quand même, ce qui légitime le recours à l’imparfait. Dans la première phrase, l’action de vouloir a débuté juste avant celle de demander, et dans la deuxième phrase, celle de venir précède de très peu celle de dire.

C’est le même genre d’imparfait, mélange de passé très récent et de politesse, que l’on peut percevoir dans la situation que vous évoquez. En disant «est-ce que ça allait», l’employé sous-entend «juste avant que je vous le demande». Il utilise une formule beaucoup moins brusque qu’«est-ce que ça va?», laquelle pourrait être perçue comme trop familière, voire impolie.

Perles de la semaine

Pas besoin que les Canadiens fassent les séries pour que nos commentateurs sportifs en échappent de solides... Voici un court florilège du «Sportnographe» des dernières semaines.

«Tout va à la vitesse grand G.»

«C’est des joueurs qui parlent en anglais, faudrait que je traduisse après.»

«C’est une amateuse de golf autant que moi, sinon plus.»

«Y avait pu de réservoir dans la tank à essence.»

«Vous connaissez l’histoire La petite chèvre à Madame Séguin?»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Séance d'orthographe

Rare médium

CHRONIQUE / Après avoir exploré la semaine dernière les différents anglicismes associés au mot «médium», nous avions terminé sur une question de vie ou de mort : peut-on commander un steak médium saignant? Réponse rapide : non, car demander que la cuisson d’un steak soit médium est un anglicisme. L’expression correcte est «à point».

Mais vous me connaissez suffisamment pour savoir que ce ne sera pas aussi simple...

Voyez-vous, explique le Grand Dictionnaire terminologique (GDT), la différence entre l’Amérique du Nord et la France dans la terminologie de cuisson de la viande rouge n’est pas qu’une affaire de choix de mots, mais aussi de conception. En effet, une viande à point en France correspond davantage à ce qu’on appellerait ici «médium saignant».

«La raison est qu’en France, on mange toujours la viande rouge à un degré moins cuit qu’en Amérique du Nord. Donc lorsqu’on commande une entrecôte à point à Paris, elle sera moins cuite que l’"à point" de Montréal et correspondra bien davantage à notre médium saignant», explique le GDT dans sa fiche (qui date quand même, je le souligne, de 1983).

Autre exemple de différence culturelle : plusieurs Français aiment bien leur steak à peine saisi des deux côtés et cru à l’intérieur. C’est ce qu’on appelle un steak bleu. Et l’équivalent anglais... n’existe tout simplement pas, parce que les peuples d’origine anglo-saxonne n’ont jamais été très friands de la viande crue. La seule traduction possible serait «raw» («cru»).

En résumé, nous avons, d’un côté, les termes «bleu», «saignant», «à point» et «bien cuit», et de l’autre, «rare», «medium rare», «medium» et «well done». Comment traduire alors correctement «médium», sachant que cela correspond à une viande «medium rare» en France?

Le GDT propose de traduire «medium rare» par «mi-saignant» et de continuer de traduire «medium» par «à point», quitte à ce qu’il y ait toujours une différence de conception de chaque côté de l’océan. Car on ne peut quand même pas demander à un côté de l’Atlantique de cuire plus ou moins sa viande rouge pour s’adapter à l’autre côté.

Au moins, la prochaine fois que vous commanderez une bavette à l’ombre de la tour Eiffel, vous saurez à quoi vous attendre.

Perles de la semaine

Des examens sur la guerre guère réussis...

«Après avoir gagné, les soldats allemands étaient inoccupés, alors ils ont fait l’Occupation.»

«De nombreux François sont entrés dans la clandestinité, ils ont pris le marquis.»

«De Gaulle a cherché de l’aide en Afrique, dans les colonies de vacances de la France.»

«À cause de leur tenue, les partisans de Mussolini étaient appelés les Chemises à fleurs.»

«À Yalta se sont réunis Churchill, Staline et Reagan.»

Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Séance d'orthographe

Médium saignant... les oreilles

CHRONIQUE / « J’ai remarqué, dans un article, que vous aviez recouru au terme "technique" pour désigner les types de peinture (huile, acrylique, etc.) utilisés par un artiste. Le mot "médium" est-il incorrect? » (Paul Côté, Sherbrooke)

Les mots d’origine latine qui sont restés tels quels en anglais et en français peuvent nous laisser une impression de passe-partout. Parce qu’ils s’écrivent de la même façon (à un accent aigu près dans le cas de «médium»), on peut croire, à tort, qu’ils sont acceptés dans les deux langues avec des définitions identiques.

Mais un anglicisme, ce n’est pas uniquement la transcription littérale d’un mot anglais en français, tel le verbe «to cancel» que beaucoup de Québécois francisent erronément en «canceller» au lieu d’«annuler»: c’est également lorsqu’on donne à un mot français une définition qu’il n’a qu’en anglais. C’est le cas de «condominium», qui n’est toujours pas accepté par le Grand Dictionnaire terminologique. Et c’est le cas, aussi, de «médium» («milieu» en latin) dans ce contexte-ci.

Voyez-vous, avant d’être employé au Québec comme synonyme de «technique», «moyen d’expression», «art», «matériel» ou «matériau», le mot «médium» avait déjà fait son entrée dans le vocabulaire de la peinture pour désigner autre chose. C’est donc pour éviter une confusion si l’Office québécois de la langue française le déconseille lorsque l’on veut parler de différents moyens d’expression (peinture, sculpture, gravure), matériaux (le bois, le marbre, le granit en sculpture; le fusain, le pastel ou le graphite en dessin; etc.), techniques (le haut-relief, le bas-relief, la ronde-bosse en sculpture...) et ainsi de suite. 

Et c’est quoi, la véritable définition de «médium» en peinture?

Imaginez-vous donc que le Petit Robert et l’OQLF ne s’entendent pas. Pour le premier, le médium, c’est le «liquide servant à détremper les couleurs», par exemple l’eau dans l’aquarelle ou l’huile dans la peinture à l’huile. Mais selon le Grand Dictionnaire terminologique, ça, c’est le «liant» («substances qu’on mélange aux pigments broyés pour produire la peinture»). Pour le GDT, un médium est une substance qu’on ajoute à la peinture pour «en modifier certaines caractéristiques comme la brillance, la fluidité, la texture ou le temps de séchage».

Leur désaccord n’enlève rien au fait que «médium» soit un anglicisme dans ce contexte. Toutefois, il sera très difficile de renverser la vapeur, «médium» étant malheureusement très implanté ici dans le domaine des arts visuels.

Il y a une autre erreur qui persiste en français avec «médium». Vous savez peut-être déjà qu’en latin, le pluriel de «medium» est «media». Plusieurs personnes continuent donc de croire que, lorsqu’elles parlent d’un moyen de communication ou de transmission d’informations telles la radio, la télévision ou la presse écrite, elles doivent dire «un médium» et «des médias».

Mais non! Soucieux de ne pas créer une nouvelle exception, les linguistes ont décidé qu’ils ne garderaient que la forme «média» dans ce contexte et que le pluriel se ferait comme la majorité des mots français : avec un s. On dit donc correctement «un média  et «des médias».

Quels sont alors les bons usages de «médium» en français? Primo, quand on parle d’une personne soi-disant capable de communiquer avec les esprits. Secundo, pour désigner le registre moyen d’une voix.

Et maintenant, vous vous demandez : «Est-ce que je peux aussi continuer de commander mon steak médium saignant»? 

Alors là, vous ouvrez une boîte de Pandore. Je vous en reparle la semaine prochaine.

PERLES DE LA SEMAINE

Sujet de l’examen : Adolf Hitler. J’ai l’impression que nous allons faire un petit voyage en nazi.

«Lors de cet attentat contre Hitler, la bombe a explosé sous la table. Non seulement Hitler n’était pas mort, mais il était encore en vie.»

«Pour Hitler, il n’y avait qu’une seule race valable : les lézariens.»

«Hitler a attaqué la Pologne pour faire croire aux Allemands qu’il les conduisait à la paix.»

«Le Führer s’amusait parfois à imiter Charlie Chaplin.»

«Hitler avait étudié les arts. La peinture était son violon d’Inde.»

Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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