Saveur immigrante

CHRONIQUE \ On sait que l’immigration occupera une place importante dans la campagne électorale qui s’amorce au Québec. Libéraux, caquistes, péquistes et solidaires formulent depuis quelques semaines des propositions pour améliorer l’accueil et l’intégration sociale et économique de nos nouveaux compatriotes. Certaines propositions ont du mérite. Comme celle du Parti québécois d’encourager des immigrants à s’installer en région.

C’est ce que Joanne Ouellette prône depuis des années. Les régions, soutient la directrice générale de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SÉRY), doivent être incluses dans la stratégie québécoise d’immigration. D’autant plus, fait-elle valoir, que de bons emplois sont disponibles dans plusieurs régions du Québec. L’accès à l’emploi, soutient-elle, est l’un des principaux facteurs de réussite pour l’intégration des nouveaux arrivants.

Depuis 1996, SÉRY accompagne de différentes façons les immigrants qui ont choisi de s’établir dans la région. L’organisation les accueille, les aide à se trouver des logements, des emplois, les accompagne pour inscrire leurs enfants à l’école, dispense des cours de français. Son bilan est remarquable : elle estime qu’entre 4635 et 5300 citoyens de Granby proviennent d’une immigration datant de moins de 20 ans.

Le potentiel d’accueil des immigrants en région demeure sous-exploité, affirme Mme Ouellette. « Tous les jours, on a des appels d’entreprises qui sont à la recherche d’employés. Tous les jours », dit-elle. Il est temps, selon elle, que le ministère de l’Immigration mise sur les régions pour accueillir les immigrants. Un recadrage est nécessaire, dit-elle.

Et ça doit commencer dans le message que livrent les ambassades et consulats du Canada ainsi que dans les bureaux du Québec à l’étranger, insiste Mme Ouellette. « On doit dire aux gens qui veulent immigrer ici ce qui les attend, les difficultés qu’ils vont vivre, qu’ils vont devoir apprendre le français. Mais on doit aussi leur dire toutes les possibilités qu’offrent les régions, que des emplois sont disponibles, qu’on va les aider à s’installer. Il faut faire la promotion des régions à ce moment-là. »

Le fait que les immigrants sont tous dirigés vers Montréal par les autorités ministérielles complique grandement la tâche, signale Mme Ouellette. Granby industriel et le CLD Brome-Missisquoi, en collaboration avec SÉRY, ont organisé ces dernières semaines des tournées des entreprises de la région au profit d’immigrants nouvellement arrivés. Des autobus ont été nolisés et sont allés les cueillir à Montréal. Plusieurs sont intéressés par les offres d’emplois qui leur ont été présentées, mais hésitent à venir s’installer dans la région. « Ils viennent de s’installer, d’inscrire leurs enfants à l’école, de s’habituer à leur nouveau quartier. Ensuite, on leur demande de déménager à nouveau », illustre-t-elle. « C’est pas mal compliqué quand on y pense. »

Mme Ouellette, à l’instar du Parti québécois, suggère que les personnes qui font des demandes d’immigration à partir de leur pays se voient attribuer une région d’attache où leur formation et expérience de travail seront sollicitées. « Beaucoup de gens pensent qu’ils seront mieux à Montréal. Ce n’est pas vrai. Plusieurs viennent de petits villages, ne veulent pas nécessairement vivre dans une grande ville », explique-t-elle, réfutant des idées reçues.

L’immigration est un sujet délicat. Le Québec n’y échappe pas. Trop de gens veulent restreindre l’arrivée d’immigrants, surtout d’origine musulmane, disant craindre une montée de l’intégrisme. Des politiciens opportunistes ont essayé de faire du pouce sur cette vague d’intolérance. On l’a vu avec le PQ en 2014 avec sa triste charte des valeurs. On le voit maintenant avec la CAQ et son malheureux test des valeurs.

Il faut se réjouir que les partis politiques s’activent ces derniers temps sur le plan des idées. Espérons que le débat va demeurer sain et que la question de l’immigration n’aura pas été que la saveur électorale du jour, indique Mme Ouellette. L’enjeu est trop important pour l’économie du Québec, fait-elle remarquer.

Il reste à souhaiter que les politiques le réalisent aussi.