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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Amy Price, la gérante du Cecil Hotel.
Amy Price, la gérante du Cecil Hotel.

L’hôtel à donner froid dans le dos

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CHRONIQUE / On se croirait dans un roman d’épouvante. Bienvenue au Cecil Hotel, dans le quartier de Skid Row à Los Angeles. Un simple petit tour dans les commentaires sur Tripadvisor vous donnera froid dans le dos. Et c’est bien en dessous de la réalité, croyez-moi.

«Au Cecil Hotel, les tueurs en série se sentaient comme chez eux», entend-on dès les premières secondes de la très prenante série documentaire Scène de crime : la disparue du Cecil Hotel (Crime Scene : The Vanishing at the Cecil Hotel) sur Netflix. Ça donne le ton.

Avec comme toile de fond l’histoire peu reluisante de cet hôtel, on se concentre sur la disparition d’Elisa Lam, une touriste de la Colombie-Britannique d’origine hongkongaise, venue y louer une chambre pour quelques jours en janvier 2013. 

Voyageant en solo, la jeune femme de 21 ans y trouvera la mort de façon vraiment mystérieuse, avant d’être découverte nue et sans vie dans un réservoir d’eau sur le toit, 19 jours après sa disparition. Les quatre épisodes relatent chacune des étapes de l’enquête.

Comme fil conducteur, on se plonge dans les écrits de la victime sur son compte Tumblr, qu’elle alimente alors de réflexions et où elle révèle notamment qu’elle est bipolaire. Avec l’hôtel, Elisa est en quelque sorte le personnage principal de cette histoire.

Au fil des épisodes, on suit aussi la mésaventure d’un couple du Royaume-Uni, qui croyait faire une bonne affaire en louant une chambre au Cecil Hotel, pas chère, en plein centre-ville de L.A. Après avoir admiré le hall, effectivement superbe, les amoureux déchantent rapidement en entrant dans leur chambre, dans un état lamentable. Le couple ira de déception en déception, jusqu’au soir fatidique de la découverte du cadavre d’Elisa Lam.

Mais les récits les plus fascinants proviennent de l’ancienne gérante des lieux, Amy Price, qui dénombre 80 décès durant les années où elle était en poste, de 2007 à 2017. Tout au long de son témoignage, on se demande comment et surtout pourquoi elle est restée gérante aussi longtemps.

Dès son arrivée, quand on lui a fait visiter les étages, on lui désignait tous les endroits où quelqu’un était mort. Il y en avait eu pratiquement dans toutes les chambres. Je me serais sauvé à toutes jambes à partir de cet instant, mais pas Amy Price.

De longues minutes sont consacrées à la dernière vidéo montrant Elisa Lam vivante, entrant et sortant de l’ascenseur. Tout est construit autour de ces quatre minutes qui feront rapidement le tour de la planète et qui seront scrutées à la loupe, éveillant toutes sortes de théories plus farfelues les unes que les autres. La jeune femme y affiche une conduite erratique, gesticulant de manière étrange, appuyant sur tous les boutons. On en conclut qu’on lui avait vendu des psychotropes au cours de la journée.

Le mystère s’épaissit quand on se rend compte que presque une minute a été retranchée au milieu de la vidéo. De quoi alimenter l’hypothèse que la direction de l’hôtel aurait voulu étouffer l’affaire.

L’un des récits les plus troublants concerne les heures précédant la découverte du cadavre. C’est alerté par les clients, qui se plaignaient du faible débit des robinets, de la couleur, de l’odeur et du goût de l’eau dans leurs chambres, que le concierge est allé inspecter les réservoirs, pour y faire la macabre découverte. 

«Ça nous a soulevé le cœur. Je crois que je suis traumatisée à vie», confie Sabina Baugh, alors dans l’hôtel avec son conjoint Mike. Il y a de quoi avoir la nausée, le couple s’était douché dans cette eau et en avait bu.

Construit en 1924 au cœur d’un quartier alors prospère, le Cecil Hotel était pourtant voué à un bel avenir. Tout s’est écroulé avec le krach de 1929; l’endroit est devenu miteux et le rendez-vous de criminels, de junkies et de personnages peu recommandables.

Quant au quartier de Skid Row, il est devenu malfamé, l’un des plus dangereux et des plus violents du pays. On n’a qu’à voir aujourd’hui ces trottoirs jonchés de tentes où vivent des itinérants, un portrait triste et désolant qui ne donne pas envie de s’y aventurer.

Depuis, le Cecil a servi d’inspiration à la série Histoire d’horreur : Hôtel (American Horror Story : Hotel), pour lequel Lady Gaga a remporté un Golden Globe. Hôtel deux en un, dont quelques étages ont été rebaptisés Stay On Main, il est fermé depuis 2017 pour rénovations, mais devrait rouvrir.

Après ce qu’en raconte la série documentaire, il s’en trouvera peut-être pour y louer quand même une chambre. Je vous annonce que ce ne sera pas moi.