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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Dominique Cambron-Goulet, journaliste au Bureau d'enquête, s'est mouillé en se faisant engager comme employé dans un centre de distribution d'Amazon.
Dominique Cambron-Goulet, journaliste au Bureau d'enquête, s'est mouillé en se faisant engager comme employé dans un centre de distribution d'Amazon.

L'envers d'Amazon: 10 secondes par item [VIDÉO]

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CHRONIQUE / Chaque fois que je vois l'amoncellement de boîtes portant le logo d'Amazon dans l'entrée de mon immeuble à condos, je me demande combien de commerces locaux auraient pu fournir tout ce matériel.

Parce que le confinement a constitué une période bénie pour l'entreprise de Jeff Bezos, qui a fait des profits records en assurant des standards de livraison ultra-rapides. Imaginez: 41% des achats effectués au Québec dans une année sont passés par ce géant américain. Quarante et un pour cent. Autant dire l'impact que ça peut avoir sur le commerce de détail, sans parler des impacts environnementaux.

Depuis le début de la pandémie, des employés, surtout américains, ont accusé l'entreprise de les avoir négligés et dénoncé leurs mauvaises conditions de travail. Qu'en est-il exactement?

Pour en avoir le cœur net, Dominique Cambron-Goulet, journaliste au Bureau d'enquête de Québecor, s'est mouillé en se faisant engager comme employé dans un centre de distribution d'Amazon à Lachine. Munie d'une caméra cachée, il y a travaillé incognito durant cinq semaines, pour nous faire témoins de ce que doit accomplir un employé dans ses journées de 10 heures et demi de travail.

Vidéoreporter au journal 24 heures, Alexis Magnaval s'est pour sa part improvisé livreur de colis, question de constater l'ampleur de la tâche.

On voit le résultat dans L'envers d'Amazon, un documentaire d'une heure signé Laurence Mathieu-Léger et disponible dès maintenant sur le Club illico.

Neuf à 10 secondes. C'est le temps que doit prendre un employé pour chaque item qu'il manipule à l'entrepôt d'Amazon. Dans le jargon, ils appellent ça le «takt time». Toutes les instructions lui proviennent d'un ordinateur, même quand il s'agit de prendre l'escabeau ou de plier ses genoux.

Au bout de sa journée, il aura manipulé près de 3000 articles, s'il y parvient bien sûr. Êtes-vous déjà essoufflé? Moi oui.

N'empêche, Amazon respecte les lois, même si filmer chaque employé sur son lieu de travail, «sauf peut-être dans la salle de bain», reste douteux. Une pratique qui devrait «reposer sur un motif sérieux préexistant», selon Isabelle Martin, professeure de droit du travail à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal.


« Le travail n'est pas une marchandise et les travailleurs ne sont pas que des moyens de production. »
Isabelle Martin

Si au moins cette productivité record et ces profits faramineux se traduisaient en dollars pour le Québec. Au lieu de ça, Amazon est éligible à des crédits d'impôt pour des entreprises de technologie.

Au fait, paie-t-elle des impôts ici? «Je ne le sais pas», répond franchement Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation jusqu'à la semaine dernière, qui souhaite que la situation soit clarifiée en matière d'équité fiscale pour ces géants étrangers en ajoutant qu'il faudra y mettre le temps.

Sans surprise, Amazon a refusé les demandes d'entrevues du Bureau d'enquête, se limitant à répondre par courriel des phrases toutes faites. Le géant plaide investir au Québec et créer des emplois, mais au rythme où les usines sont robotisées, on peut conclure que le nombre d'employés diminuera forcément.

«Amazon, à mesure qu'elle grossit, détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée», selon Stacy Mitchell, co-directrice de l'Institute for Local Self-Reliance de Portland aux États-Unis, qui ajoute dans le documentaire que l'entreprise a fait baisser le salaire moyen dans ce secteur.

D'ailleurs, la pandémie a bénéficié à Amazon mais les employés n'en ont jamais profité: leur salaire est de 16$ de l'heure alors que la moyenne au pays est de 22$ pour un poste en entreposage. Cherchez l'erreur.

Autre image très parlante: ces coussins d'air et autres enveloppes à bulles, pas recyclables partout, gonflent les tonnes de déchets plastiques qui polluent nos océans.

Nul besoin de dire qu'Amazon ne veut pas voir de syndicats entrer dans ses entrepôts. Ceux qui se sont essayé ont risqué gros; Maren Costa, fidèle employée depuis 17 ans à Seattle, a été congédiée en avril 2020 alors qu'elle militait pour de meilleures conditions. Son licenciement est toujours considéré comme illégal.

C'est en 1995 que Jeff Bezos a fondé cette compagnie, qu'il administrait de son garage en banlieue de Seattle. «Il y régnait vraiment une ambiance de collaboration digne d'une start-up et un esprit inventif», se souvient Maren Costa, qui est entrée en 2002 dans l'entreprise. Comme c'est souvent le cas, l'expansion a eu raison de ce bel esprit de départ.

Autre image très parlante que cette démonstration de tous les emballages d'expédition utilisés par Amazon. Ça donne le tournis. Ces coussins d'air et autres enveloppes à bulles, pas recyclables partout, gonflent les tonnes de déchets plastiques qui polluent nos océans.

Ne vous attendez pas à un grand reportage qui démolit pour démolir. Mais le travail de cette équipe, appuyée par de nombreux témoignages d'ex-employés et d'experts, fait réfléchir. Si j'avais à utiliser les services d'Amazon, c'est clair que je repenserais à ce que j'ai vu dans ce documentaire, qui mérite réellement d'être vu.

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