L’idée de La maison bleue émane de Ricardo Trogi (au centre), qui l’a développée avec son partenaire de hockey Daniel Savoie (deuxième à partir de la gauche). Louis Morissette (à gauche) collabore au scénario en plus de produire la série chez KOTV. À droite : François Avard, script-éditeur, et Louis-Philippe Drolet, producteur chez KOTV.

Le P'tit Québec

CHRONIQUE / Si le peuple avait dit Oui en 1995, le Québec aurait-il sa propre monnaie? À quoi ressemblerait son armée? Et se serait-il réellement débarrassé du débat autour de la question nationale? On pourra en avoir un aperçu dans La maison bleue, nouvelle comédie en tournage à partir de lundi, et prévue pour l’hiver prochain sur l’Extra d’ICI Tou.tv.

L’idée émane de Ricardo Trogi, qui l’a développée avec son partenaire de hockey Daniel Savoie, connu pour son personnage de Patrice Lemieux. Louis Morissette, qui collabore au scénario en plus de produire la série chez KOTV, n’a pas la prétention de vouloir décrire ce que le Québec serait réellement devenu si le Oui l’avait emporté, par une marge aussi mince que 50,5 %. Le but premier de La maison bleue reste de nous faire rire.

Guy Nadon, à qui on pensait pour jouer le président Hamelin, est la première personne après la direction de Radio-Canada à qui KOTV a fait lire le projet. «Il nous a dit : “j’ai tellement ri, je veux le faire!” Ça nous a beaucoup rassurés», raconte le producteur, qui parle d’un président de bonne foi, «qui ne veut surtout pas être le premier à échapper le Québec». Anne-Marie Cadieux jouera son épouse, un peu désœuvrée, qui parle très peu anglais, une situation embêtante quand le président américain décide d’honorer le Québec de sa visite. Le couple a une fille, interprétée par Anyjeanne Savaria.

Ce Québec indépendant sera donc un petit pays ne jouissant pas d’une grande reconnaissance à l’international, et sclérosé systématiquement par une question référendaire. «Il reste quand même 49,5 % des Québécois qui ont hâte de retourner dans le Canada. On n’en sort jamais de la christie de question!» C’est aussi un pays qui dispose de moyens limités, ce qui se traduit par une armée un peu dégarnie, dirigée par le général Charrette, joué par Roger Léger. Sachez que les auteurs ont imaginé un Québec qui a sa propre monnaie. Curieux de savoir qui apparaîtra sur les billets de 5, de 10 et de 20 dollars, des gens assurément plus contemporains que les Laurier, Élisabeth II et Mackenzie King de la monnaie canadienne.

L’idée de La maison bleue est différente de tout ce que reçoit Louis Morissette comme propositions chez KOTV. Peu de comédies au Québec ont eu la politique comme trame de fond. La dernière, Si la tendance se maintient, remonte à 2001 et racontait qu’on pouvait faire élire n’importe quel imbécile, en l’occurrence Alain Gagnon, joué par Michel Côté.

Même s’il s’agit d’une série politique, le producteur croit que ce sont par les personnages et non par son sujet que le public risque d’embarquer. «Il faut qu’on les aime. La trame de l’amitié, de la famille, de l’adolescente qui ne suit pas les décisions de son père, est importante. L’entourage du président compte aussi pour beaucoup.» Geneviève Schmidt agira comme directrice des communications, Claude Despins, comme vice-président, et Dominic Paquet, comme garde du corps.

Dans l’histoire, la maison bleue présidentielle est située à Sillery, même si dans les faits, on tourne en très grande majorité à Mont­réal. «C’est une belle maison, mais comme dit Ricardo [Trogi], il lui a manqué 20 millions pour qu’elle ait l’air de la Maison-Blanche», s’amuse Louis Morissette. Vous y retrouverez une reproduction du bureau ovale et de la salle de crise. L’équipe tournera trois jours à Québec.

La maison bleue reste une comédie, marquée par toutes sortes de situations loufoques. En manque de ressources naturelles, le président américain souhaite échanger une partie du Québec, collée sur le Vermont, en échange d’une partie de la Floride. Le président Hamelin a aussi un voisin envahissant, un fédéraliste acharné, qui a gagné à la loterie et qui est venu s’installer à côté du président, «juste pour le faire chier».

Avant que les accusations fusent, on dit que La maison bleue ne prendra parti pour aucune option politique, de droite ou de gauche, et envisage de tirer partout. «Personne n’a l’air d’un prix Nobel» parmi les personnages, confirme Louis Morissette. «En comédie, les gens les plus gaffeurs sont les plus drôles. C’est la joke qui nous mène. On n’a pas d’agenda.»