Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Léo-Paul Dion, un colosse de six pieds, récidiviste, n'était pas un idiot; il avait même un quotient intellectuel de 140.
Léo-Paul Dion, un colosse de six pieds, récidiviste, n'était pas un idiot; il avait même un quotient intellectuel de 140.

Le manuscrit de Léo-Paul Dion dévoilé [VIDÉO]

CHRONIQUE / Léo-Paul Dion a abusé et tué quatre garçons en 1963 avant de les enterrer. L'affaire a fait grand bruit à l'époque et horrifié la population. Dion, surnommé le monstre de Pont-Rouge, a écrit sa triste vie dans les moindres détails sur 250 pages, à la demande de son avocat, Me Guy Bertrand. Le manuscrit n'a jamais été dévoilé intégralement au public.

Les Éditions La Presse avaient réuni ses propos dans un livre après le procès, mais Me Bertrand était parvenu à le faire retirer du marché. Cette fois, le célèbre avocat a bien voulu confier ces documents à une équipe de télévision pour une série documentaire en quatre épisodes, qui commence le mardi 10 novembre à 22h sur Investigation, intitulée Léo-Paul Dion: confessions d'un tueur. L'idée n'est pas de tout dévoiler – les passages les plus sordides sont gardés secrets – mais bien d'en révéler certaines parties, pour entrer dans la tête du tueur, tenter d'expliquer ses motivations.

Léo-Paul Dion, un colosse de six pieds, récidiviste, avait été emprisonné pour avoir violé une jeune femme 23 ans plus tôt. Le «monstre» n'était pas un idiot, il avait même un quotient intellectuel de 140, selon le Dr Camille Laurin, seul psychiatre qui avait accepté de le rencontrer.

Pour lire les propos de Léo-Paul Dion, on a pensé à Gildor Roy, qui l'avait interprété dans la série Les grands procès, en 1994 à TVA. Un récit excessivement troublant, mais dont on a élagué les passages les plus insupportables. «Je ne vous les conseille pas», confie le réalisateur Jean-François Poisson, qui a dû passer au travers de tout le récit pour construire sa série documentaire, captivante sans jamais tomber dans le voyeurisme.

Tout le monde avait déconseillé à Me Bertrand de prendre la cause, qui lui a valu des menaces de mort et l'a suivi toute sa vie. Mais il a voulu en faire un exemple pour «faire le procès de la société», qui avait en quelque sorte forgé ce tueur en série. Enfant, Dion a été battu par son père et violé à des centaines de reprises par des religieux à l'orphelinat. Cette enfance cauchemardesque a déteint sur tout le reste de son existence.

Jean-François Poisson, qui a développé l'idée de cette série avec Sophie Charest chez Attraction Images, vient lui-même de Pont-Rouge. Cette proximité avec les gens du coin lui a ouvert bien des portes. D'ailleurs, la richesse de cette série repose entre autres sur la qualité des intervenants. Des membres des familles des victimes se confient à l'écran, de même que la nièce de Léo-Paul Dion, Julie, d'une candeur qui vous étonnera. Un personnage en soi dans cette courte série.

Les familles, qui ne bénéficiaient d'aucun soutien psychologique à l'époque, n'ont pas oublié. Dans le premier épisode, la sœur de Guy Luckeniuk, une des quatre victimes, parle de l'enfant créatif qu'il était et ouvre une boîte où elle a rangé précieusement les effets personnels de son frère. Des extraits d'un court métrage de l'époque vous montreront le garçon récitant un texte, des images qui émeuvent forcément.

Plusieurs journalistes spécialistes des affaires judiciaires refont la chronologie des événements et tentent de cerner le personnage, dont notre collègue du Soleil, Isabelle Mathieu, mais aussi Claude Poirier, Yves Thériault et David Santerre. Vous entendrez aussi un policier de l'époque, Marcel, centenaire au moment du tournage.

Rappelons que c'était avant l'abolition de la peine de mort et que le premier ministre Jean Lesage avait réclamé l'exécution de Dion. Condamné à la pendaison par la Cour, il sera finalement gracié avant d'être battu à mort en prison.

Il n'y aurait eu aucun intérêt à replonger dans cette histoire presque 60 ans plus tard, si ce n'était pour relater l'un des cas judiciaires les plus retentissants de notre histoire, mais aussi pour soulever des questions fondamentales sur la responsabilité criminelle en matière de maladies mentales. Un sujet hautement d'actualité, après les tragiques événements de la fin de semaine, qui nous plongent une nouvelle fois dans l'incompréhension et la douleur.

Investigation, qui a été plutôt chiche en nouveautés québécoises depuis ses débuts, nous en propose enfin une qui vaut qu'on s'y intéresse. Et il y en aura d'autres. «Nous souhaitons augmenter graduellement le nombre de productions originales à Investigation. Nous devions d'ailleurs avoir une autre production originale cet automne, mais malheureusement, celle-ci a été reportée dû aux difficultés de tournage liées à la Covid», me rapporte Mélanie Bhérer, directrice générale, variété, style de vie et documentaire chez Bell Média.


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L'ADISQ EN LÉGÈRE BAISSE

Le 42e Gala de l'ADISQ a été vu dimanche par 1 015 000 téléspectateurs sur ICI Télé, comparativement à 1 229 000 en 2019. La part de marché a toutefois augmenté, passant de 38 à 40%, et ce fut la seule émission millionnaire de la soirée. Dure soirée pour TVA, où les nouveautés En studio et Bijoux de famille ont respectivement rallié 677 000 et 592 000 téléspectateurs. Sur Noovo, Occupation double chez nous a intéressé 634 000 curieux. Samedi, En direct de l'univers avec Guylaine Guay a été suivie par 975 000 fidèles sur ICI Télé.

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