La rencontre fortuite entre Félix (Marc-André Grondin, à droite) et Dominic (Pier-Luc Funk, à gauche) fait naître une relation singulière, qu’on sent puissante dès le début. Il se passe quelque chose entre ces deux-là qu’on ne parvient pas à expliquer, du moins pas après les deux premiers épisodes, mais qui suscite une sorte de fascination.

«Fragile»: un duo solide

CHRONIQUE / Félix et Dominic n’ont rien en commun. Le premier, issu d’un milieu aisé, traîne un passé criminel et tente de reconstruire sa vie. Le second, issu d’un milieu modeste, est propriétaire d’un garage et est un adepte de motoneige. «Fragile», la nouvelle série de Serge Boucher, commence avec le décès de ces amis improbables dans un accident de voiture, avant de nous ramener cinq mois plus tôt, au moment de leur rencontre.

Des questions, vous vous en poserez mille et une dans chacune des scènes de ces 10 épisodes, en quête d’un indice, d’un signe pouvant résoudre cette tragédie. Comme dans Aveux, Apparences et Feux, ses précédentes séries, l’auteur crée un univers propice aux secrets, aux non-dits, si caractéristiques de son œuvre. De multiples morceaux d’un casse-tête que son complice, le réalisateur Claude Desrosiers, parvient à merveille à mettre en place, plan par plan.

Depuis qu’il est sorti de prison pour un crime grave, Félix Bachand (Marc-André Grondin), 35 ans, semble errer dans la maison de sa mère Mireille (Isabelle Vincent), qui s’apprête à se lancer en politique, et de son beau-père Jean-Charles (Christian Bégin), à la tête des Papiers Lanthier. Le frère de Félix, Emmanuel (Maxime de Cotret), ne comprend pas toute l’attention qu’on lui porte et ne lui fait pas du tout confiance. Félix s’entend beaucoup mieux avec sa demi-sœur Camille (Monia Chokri), qui pourtant, ne lui dit pas tout. C’est le moins que l’on puisse dire.

À 21 ans, Dominic Couture (Pier-Luc Funk) possède son propre garage dans une petite ville qu’on situe à une demi-heure de Drummondville, en milieu rural. Sa mère Cynthia (Sandrine Bisson) et sa tante Nancy (Valérie Blais) tiennent un petit resto, où travaille Kim (Juliette Gosselin), la blonde de «Dom». Son oncle Bazou (Martin Drainville) sert de lien entre les deux clans, étant l’homme à tout faire des Lanthier, et jetant un œil suspicieux sur Félix, depuis son retour en société. Il l’épie jusque dans son bac de récupération.

La rencontre fortuite entre Félix et Dominic fait naître une relation singulière, qu’on sent puissante dès le début. Il se passe quelque chose entre ces deux-là qu’on ne parvient pas à expliquer, du moins pas après les deux premiers épisodes, mais qui suscite une sorte de fascination. Comme dans toute l’œuvre de Boucher, Fragile transpire la vérité. On reconnaît les gens de ce petit restaurant de région, adeptes de danse en ligne le samedi soir, et tricotés serrés. La relation entre Dominic et sa mère est presque malsaine tant elle est étroite. Même que le fils montre des signes de jalousie quand sa mère se met à fréquenter un policier qui la courtise de près.

Chose rare : vous verrez beaucoup l’hiver dans Fragile. La série avait pourtant été conçue pour l’été — on faisait du camping et du quatre-roues plutôt que de la motoneige —, mais les contraintes de temps pour déposer la série entière sur l’Extra ont changé les plans, et c’est tant mieux. «C’est payant pour l’histoire et le récit», croit Serge Boucher, et je suis d’accord. Tourner l’hiver coûte plus cher; la lumière du jour se fait plus chiche et on doit produire moins dans le même temps. Sans parler du froid qui engourdit les comédiens et l’équipe technique — en plus de la motoneige, Marc-André Grondin avait à conduire à vélo dans la neige. Mais ne pas voir l’hiver dans nos séries relève de l’absurdité. Et ça donne des images absolument superbes.

Après Mémoires vives, Pier-Luc Funk exploite avec beaucoup de justesse son registre dramatique; ses échanges avec Marc-André Grondin sont chargés, intenses. Fragile prouve encore que Claude Desrosiers sait tirer le meilleur des acteurs, que ce soit avec Christian Bégin en riche homme d’affaires ou Sandrine Bisson en mère poule, altruiste. Les allers-retours dans le temps sont habiles, l’été faisant contraste avec l’hiver.

Ce qui constitue un avantage pour plusieurs : nous n’aurons pas à attendre une semaine entre chaque épisode pour connaître la suite. Dès jeudi matin, l’intégrale des 10 épisodes sera disponible sur l’Extra d’ICI Tou.tv. À moins que vous préfériez attendre la diffusion sur ICI Télé, dont la date n’a pas encore été dévoilée. Parce qu’il se pourrait que vous ayez à prendre une pause entre les épisodes, le temps d’assumer la charge émotive qui en ressort. Le plus beau, c’est que vous avez le choix.

Une suite à «Alerte Amber»

La série Alerte Amber n’est pas terminée : une suite intitulée tout simplement Alertes sera diffusée à partir de l’automne 2020, à raison de 24 épisodes par saison au lieu de 10. Elle passe donc de série saisonnière au format de série annuelle. Cette nouvelle mouture reprendra l’histoire laissée en plan au dernier épisode, en plus de suivre de nouvelles enquêtes menées par l’Escouade de la capitaine Stéphanie Duquette, jouée par Sophie Prégent. Alerte Amber a été un gros succès cet automne, ralliant en moyenne 1535 000 téléspectateurs le lundi à 21h à TVA.