Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Julien Giguère, lieutenant-détective de la section antiterroriste de la police de Montréal, est joué par Émile Proulx-Cloutier. Au fil de ce qu'il raconte, on plonge dans une opération extrêmement complexe, du jamais vu au Québec.
Julien Giguère, lieutenant-détective de la section antiterroriste de la police de Montréal, est joué par Émile Proulx-Cloutier. Au fil de ce qu'il raconte, on plonge dans une opération extrêmement complexe, du jamais vu au Québec.

Comment on a traqué les felquistes

CHRONIQUE / Vous en avez peut-être soupé du FLQ et de la crise d'Octobre, qui a 50 ans cette année. Depuis un mois qu'on en entend parler, qu'on voit des reportages, des images d'archives, le film de Falardeau, la série du Club illico, Le dernier felquiste, le balado d'Anne-Marie Dussault et Marc Laurendeau et celui de Sébastien Ricard et Brigitte Haentjens. La chaîne Historia arrive donc un peu tard avec FLQ: la traque, docu-fiction en deux parties produit par Fairplay, présenté les vendredis 30 octobre et 6 novembre à 21h.

L'oeuvre du réalisateur et scénariste Guillaume Fortin en vaut néanmoins le détour, vraiment. Je ne me suis pas ennuyé une seconde, et je croyais pourtant avoir tout vu et tout entendu sur cet épisode douloureux de notre histoire. Plutôt que l'angle purement politique de la crise, bien qu'il soit inévitable, on explore en profondeur les opérations policières pour trouver les ravisseurs de James Richard Cross et de Pierre Laporte, avec tous les défis que cela comportait. Et c'est passionnant.

Le procédé utilisé dans FLQ: la traque était pourtant risqué: combiner des reconstitutions dramatiques à des entrevues avec des témoins de l'époque et de nombreuses images d'archives. Heureusement, ça marche. Entre autres en raison de la richesse des témoignages, mais aussi par la qualité des scènes où des acteurs campent les témoins de l'époque.

Pour raconter l'histoire, on part de l'enquête menée dès 1978 par le procureur spécial Jean-François Duchaîne, nommé par le gouvernement du Québec, et incarné ici par Jean-François Nadeau, le Robin de L'Échappée. On le voit dans son bureau interroger notamment Julien Giguère, alors lieutenant-détective de la section antiterroriste de la police de Montréal, joué par Émile Proulx-Cloutier. Au fil de ce qu'il raconte, on plonge dans une opération extrêmement complexe, du jamais vu au Québec.

Emmanuel Schwartz devient sous nos yeux Robert Lemieux, l'exubérant avocat du FLQ, qui négocie à la dure avec la police.

À ce titre, le casting est en tous points réussi, certains ayant des ressemblances frappantes avec les vrais personnages. C'est le cas d'Emmanuel Schwartz, qui devient sous nos yeux Robert Lemieux, l'exubérant avocat du FLQ, qui négocie à la dure avec la police. En plus de rappeler physiquement Paul Rose, Jason Roy Léveillée en emprunte la gestuelle et la prononciation en roulant légèrement ses «r». Non seulement ça passe, mais on embarque.

J'ai entendu là des points de vue qui ne feront pas plaisir à tout le monde, alors que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, réclamait cette semaine des excuses du premier ministre Trudeau pour l'arrestation de centaines de Québécois durant la crise d'Octobre. Si le Québec reste traumatisé par le recours à la Loi sur les mesures de guerre par le fédéral, il en reste pour croire que c'était la chose à faire.

C'est le cas de Robert Demers, négociateur pour le gouvernement du Québec. «Cette loi-là, c'était vraiment essentiel. Ce qui est certain, c'est que ça a ramené le calme», dit-il aujourd'hui, persuadé que cette décision du fédéral a sauvé la vie de M. Cross. «On met un bouchon sur le volcan», pensait pour sa part Julien Giguère, comme il le raconte au procureur Duchaîne dans l'interrogatoire, ajoutant que la loi leur aurait permis d'empêcher d'autres enlèvements.

Toute la question autour de la cause du décès de Pierre Laporte laisse toujours des doutes dans la tête de plusieurs, 50 ans plus tard. Encore là, certains croient encore qu'il s'agissait d'une exécution, alors que d'autres, comme Marcel Ste-Marie, alors sergent-détective de la section des homicides à la Sûreté du Québec, confirme la mort accidentelle, qui apparaît dans le rapport Duchaîne. «L'intention de tuer Laporte n'était pas là», croit-il fermement, sans vouloir minimiser la gravité du geste commis. Vous l'entendrez désigner clairement un coupable dans la mort du ministre.

En plus de rappeler physiquement Paul Rose, Jason Roy Léveillée en emprunte la gestuelle et la prononciation en roulant légèrement ses «r».

On reconstitue les enlèvements de Cross et de Laporte, en plus de relater l'arrestation de Bernard Lortie, de la cellule Chénier, qui semblait regretter son geste, de même que l'organisation du sauf-conduit à Cuba pour les membres de la cellule Libération. Toute la portion sur la traque des felquistes qui détenaient James Richard Cross ressemble à un film d'action. On explique comment on a découvert la planque, dans un appartement de Montréal-Nord, qu'on a privé d'électricité et de téléphone. L'arrestation des membres de la cellule Chénier dans une cachette au sous-sol est aussi racontée.

C'est vrai qu'on a beaucoup entendu parler de la crise d'Octobre. Mais cette période sombre de notre histoire méritait toute cette analyse, 50 ans plus tard, de plusieurs points de vue. Disons que FLQ: la traque vient clore ce rappel à nos mémoires de manière solide et éclairante.

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