Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Alors que la première série s’inquiétait de l’avenir, les huit nouveaux épisodes d’une demi-heure suivent leur parcours maintenant, alors qu’ils ont atteint la majorité.
Alors que la première série s’inquiétait de l’avenir, les huit nouveaux épisodes d’une demi-heure suivent leur parcours maintenant, alors qu’ils ont atteint la majorité.

Autiste, maintenant majeur: les défis de l'âge adulte

CHRONIQUE / Tous ceux qui ont vu le docu-réalité Autiste, bientôt majeur la saison dernière ont été bouleversés par l’ampleur de la tâche des parents, l’inquiétude à la venue prochaine de la majorité de leur enfant, et des ressources auxquelles ils n’auront plus accès. Mais ils ont surtout fait la connaissance de beaux humains, attachants, drôles, dans un monde pas toujours conciliant. Voir Raphaël Duplessis aller remettre un prix aux Gémeaux dimanche dernier m’a rempli de bonheur; quel aplomb, quelle assurance chez ce jeune homme qui s’est pris en main pour vivre une vie la plus normale et la plus agréable possible.

Producteur de la série chez Pixcom et père de Mathis, lourdement atteint, Charles Lafortune ne pensait jamais que la série allait connaître autant d’impact chez le public. Sa diffusion a changé la vie de ses protagonistes, qu’on s’est mis à reconnaître dans la rue. La plupart ont aimé se voir à la télé. Faut dire que leur réalité était dépeinte avec respect, tendresse et bienveillance, mais vérité aussi, la plus dure soit-elle. Alors que la première série s’inquiétait de l’avenir, les huit nouveaux épisodes d’une demi-heure suivent leur parcours maintenant, alors qu’ils ont atteint la majorité.

Dans Autiste, maintenant majeur, diffusée depuis cette semaine le mercredi à 19h30 sur Moi et cie, nous retrouvons les sept «personnages» de la précédente série, Maëlle, Mathis, Benjamin, Eliott, Raphaël, Malika et Laurent. Deux adultes autistes plus âgés s’ajoutent au groupe, dont Charles-Antoine Blais, 38 ans, qui vit encore chez ses parents, Simon et Sylvie, mais qui s’apprête à vivre en appartement. Moins autonome que Raphaël, mais capable de se débrouiller. Ses parents peuvent le laisser seul une journée, un week-end, même jusqu’à une semaine sans s’inquiéter. De là à vivre seuls en appartement, c’est une étape qu’ils s’apprêtent à vivre devant nos yeux. Et c’est beaucoup moins pénible qu’on pourrait le croire, même que c’est assez heureux, du moins au départ. «L’amour, c’est de leur permettre de sortir du nid», lance sa mère, qui se demande si elle n’a pas été trop protectrice avec lui toutes ces années, sacrifiant une bonne partie de sa vie sociale.

Charles-Antoine a été diagnostiqué sur le tard, à 14 ans. À l’époque, on parlait encore peu d’autisme, un concept avec lequel même les pédiatres étaient peu familiers. Heureusement, les choses ont changé. Ce qui n’a pas changé, c’est toute la complexité bureaucratique entourant l’autisme et les difficultés pour les parents au moment où leur enfant atteint la majorité. On le verra au cours des démarches de Charles Lafortune et Sophie Prégent pour assurer un bel avenir à Mathis : chaque fois, c’est à recommencer, il faut répéter l’évidence, «comme s’il était amputé et que quelqu’un m’appelait pour me dire : “la jambe a-tu repoussé?”»

Justement, comment va Mathis? Ses parents savent bien qu’il ne pourra jamais payer ses comptes lui-même, mais espèrent qu’il arrivera à se laver et à s’habiller seul un jour. Le premier épisode s’ouvre sur un pique-nique l’été dernier en pleine pandémie, où se retrouvent la plupart des familles. Une introduction difficile pour Mathis, qui refuse d’abord de s’y prêter, en crise. Un rappel pour Sophie Prégent des visites chez la belle-famille, souvent raccourcies par les réactions imprévisibles de son fils. Mathis est un adulte, il peut ne pas avoir envie de se prêter à tout ce que ses parents lui proposent. Ceux-ci doivent lâcher prise, suivre son rythme.

«Attelle-toi, parce que la majorité, ça va être quelque chose», se faisait dire Sophie Prégent par des parents qui l’ont vécu avant elle. En pleine deuxième vague de paperasse et de bureaucratie, le couple se demande jusqu’à quand Mathis pourra vivre avec eux. Une question que tous les parents se posent, et dont la réponse est différente pour chacun. Autiste, maintenant majeur, c’est autant d’histoires qu’il y a de familles, le spectre est large malgré les similitudes.

À ces lourds tracas, s’ajoutent des petits moments légers, qui font toute la force de cette série d’émotions en montagnes russes. Pour Benjamin, le fils de Mathieu Gratton et de Patricia Paquin, avoir 18 ans, c’est pouvoir fréquenter les bars, «aller au Jack Saloon» ! Maëlle n’en fait pas trop de cas : la majorité ne sert pas à grand-chose à part voter, consommer de l’alcool et pouvoir conduire. On termine l’épisode toujours aussi touché, plein d’empathie. Voilà une série pas seulement nécessaire, mais qui nourrit l’âme pas mal mieux qu’un bouillon de poulet.

Si vous avez raté la première, elle est disponible sur tva.ca, en plus d’être rediffusée dimanche à 18h sur Moi et cie.