Pour Marc Campeau et Olivier Ménard, de l’escouade des bibliothécaires de la CSVDC, «la lecture, ce n’est que du plaisir et du bonheur».

Quand lire ne rime plus avec plaisir

Lundi, 23 avril. Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. « L’occasion de discuter de la place que les sociétés accordent aux auteurs et aux éditeurs en faisant la promotion de la lecture », propose la JMLDA dans son communiqué. À cela j’ajouterais également que l’occasion est belle pour se questionner sur la place qu’on accorde à la lecture dans nos vies. Pas seulement en terme quantitatif, mais aussi qualitatif.

On sait tous que lire comporte de nombreux bienfaits. Pour la santé, oui. Ça réduit entre autres le stress et aide à prévenir l’Alzheimer. Même que d’après une étude publiée en 2016 par l’Université de Yale, les personnes qui lisent beaucoup (plus de 3 h 30) par semaine, vivent en moyenne deux ans de plus.

Les parents savent aussi que la lecture en bas âge s’avère bénéfique à long terme pour leurs enfants. En plus de développer leur imaginaire, leur concentration et leur vocabulaire, les moments de lecture parents-enfants favorisent le lien d’attachement, l’estime de soi, la confiance et le sentiment de sécurité, en plus de jeter la base pour une relation positive avec la lecture.

De plus, généralement, plus un jeune lit, meilleurs sont ses résultats à l’école et plus long sera son parcours scolaire. « On dit que si un enfant de quatrième année [NDLR : l’âge où on commence à être vraiment à l’aise en lecture] lit 15 minutes chaque soir, il sera exposé à environ deux millions de mots de plus par année ! Ça fait une énorme différence en bout de ligne », souligne Marc Campeau, de « l’escouade tactique » des bibliothécaires à la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

Mais dans l’équation de tous ces bienfaits, on oublie probablement la donnée la plus importante : le PLAISIR !

Et les ados ?
C’est peut-être là qu’il faut se poser des questions en tant que société. Dans quelle proportion la lecture est-elle encore associée au plaisir ? Les enfants aiment lire et le font généralement assez bien ; c’est à l’adolescence qu’un clivage se forme. Un sondage pancanadien réalisé en 2017 pour le compte de Scholastic, un important éditeur jeunesse, révélait que l’intérêt pour la lecture diminue vers 12 ou 13 ans, soit l’âge d’entrée au secondaire.

Dans un article paru dans Le Monde en 2014, la sociologue Sylvie Octobre relevait elle aussi que les jeunes lisaient moins de livres, mais surtout qu’ils lisaient moins pour le plaisir. Elle poussait plus loin son analyse . « Ce désamour pour les livres vient, à mon avis, du glissement de notre société de ce qu’on appelait les humanités vers le technico-commercial. Auparavant, les filières les plus prestigieuses nécessitaient une pratique assidue de la lecture. Or la lecture, en tant que loisir, n’est plus vraiment obligatoire pour devenir ingénieur. Le français laisse peu à peu la place aux mathématiques », disait-elle.

La sociologue affirmait également que l’école avait son rôle à jouer dans cette évolution. « Au collège, les élèves se trimballent 15 kilogrammes de livres sur le dos toute la journée, qui sont des manuels scolaires. Le poids physique devient aussi un poids psychique, avec le temps. Les manuels donnent également du livre une image utilitaire. On note que les enfants [au] primaire lisent beaucoup, et ils aiment ça. Quand ils arrivent au collège, la lecture devient une contrainte. Cest l’effet pervers de la scolarisation de la lecture », croit-elle.

Quelques trucs
Pour que lire et plaisir riment à nouveau, Marc Campeau et son collègue Olivier Ménard ont plus d’un tour dans leur sac. « Aménager un coin lecture, permettre au jeune de se coucher 15-20 minutes plus tard si c’est pour lire, faire un calendrier de l’Avent avec des lectures selon les centres d’intérêt de l’enfant... », suggèrent-ils en vrac.

Mais le plus important, ajoutent-ils, c’est de rendre accessible une variété de lectures. « Il n’y a pas de mauvaise lecture. Et il n’y a surtout pas juste des romans !, soulignent les deux « superhéros des livres ». « C’est OK de lire des BD. Il y a des revues aussi. Des circulaires, le Guide de l’auto, même les cartes de Pokémon ou les textos ! Et tout ce qu’on peut lire d’autre sur des écrans. »

Ils ajoutent, en outre, que les parents sont « les modèles les plus puissants » pour leurs enfants. « Lisez souvent devant eux, même si c’est un livre de recettes. Et pas juste quand ils sont couchés le soir!»

Dans quelle proportion la lecture est-elle encore associée au plaisir? Les enfants aiment lire et le font généralement assez bien; c’est à l’adolescence qu’un clivage se forme.

Aux plus réfractaires, les deux bibliothécaires répliquent : « c’est impossible de ne pas aimer lire. C’est comme si on disait qu’on n’aime pas la musique ou le cinéma. On aime forcément certains genres. C’est la même chose en lecture. Il faut toujours y aller avec nos centres d’intérêt. »

« On est tous des lecteurs qui s’ignorent jusqu’à ce qu’on trouve ce qui nous allume. Parce que la lecture, ce n’est que du plaisir et du bonheur ! » concluent-ils.

Pour encore plus de plaisir...

Les 10 droits du lecteur selon Daniel Pennac :

Le droit de ne pas lire.

Le droit de sauter des pages.

Le droit de ne pas finir un livre.

Le droit de relire.

Le droit de lire n’importe quoi.

Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

Le droit de lire n’importe où.

Le droit de grappiller.

Le droit de lire à haute voix.

Le droit de nous taire.

Extrait de son livre Comme un roman


À vous de jouer!


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