Dans leur développement, les enfants ont besoin de tomber, de se relever, de tester leurs limites, d’apprendre à mesurer le danger. C’est dans leur nature.

Quand le parent est de trop

CHRONIQUE / J’adore l’été pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est le fait que ma maison reste propre un peu plus longtemps puisqu’on passe la majorité de notre temps à l’extérieur. Yé !

Une fois la belle saison installée, ma cour arrière et celle de mes voisins se transforment en mini camp de vacances. Les petits se rassemblent, font leur social, s’inventent des jeux, courent, grimpent, crient, se chamaillent, se réconcilient, et quoi encore.

Le grand air et l’énergie qu’ils dépensent font en sorte que je note une nette différence dans la qualité de leur sommeil la nuit venue, en comparaison à l’hiver, où on vit plus encabanés. Et j’étais en train de me dire qu’il devait sans doute exister toute une panoplie d’autres bienfaits à tout cet exercice en groupe à l’extérieur quand je suis tombé sur un article fort pertinent.

Des chercheurs de l’université de l’Essex, au Royaume-Uni, ont constaté qu’entre 1998 et 2008, les enfants de 10 ans démontraient une baisse de 27 % de la force de leurs muscles abdominaux, de 26 % de la force de leurs bras et de 7 % de leur force de préhension.

Le simple exercice de supporter son poids en se pendant à une barre horizontale ne pouvait être réussi par un enfant sur dix en 2008. En 1998, c’était un enfant sur vingt qui n’y parvenait pas.

À ce manque de force s’ajoutent également des difficultés à se situer dans l’espace, un manque d’équilibre et un manque de coordination.

La cause de tant de lacunes ? Un déficit en calcium provoqué par une sollicitation trop faible des os. Et ce qui renforce les os, c’est notamment le jeu extérieur. Libre.

Surprotégés

Or, aujourd’hui, en plus d’être de plus en plus reclus entre quatre murs et/ou devant un écran, les jeunes se voient souvent restreints dans leur exploration. Par peur qu’ils ne se blessent, plusieurs parents les surprotègent. Chaque fois que j’entends au parc un « attends, tu va te faire mal » ou un « attention, tu vas tomber », les oreilles me sillent.

Dans leur développement, les enfants ont besoin de tomber, de se relever, de tester leurs limites, d’apprendre à mesurer le danger. C’est dans leur nature. Si un parent intervient tout le temps, il interfère dans cet apprentissage. D’ailleurs, saviez-vous qu’on recommande de ne pas aider les petits à grimper dans une structure quelconque ? Car s’ils ne sont pas capables de grimper par eux-mêmes, c’est que le niveau de difficulté n’est pas adapté à leurs capacités physiques du moment. En croyant leur donner un coup de main, on les place, en fait, dans une situation à risques.

Dans le jeu extérieur, le rôle du parent, c’est donc de s’effacer. De laisser les enfants prendre des risques, tester leurs limites, se salir... et aussi gérer leurs conflits interpersonnels.

En se positionnant comme observateur, l’adulte pourra ainsi être à même de constater que les enfants font naturellement preuve d’entraide, de solidarité et d’empathie. « En s’effaçant, on observe qu’il se crée une dynamique naturelle dans le groupe. Comme s’il s’équilibrait de lui-même. D’ailleurs, souvent les enfants hyperactifs, ceux qui sont si difficiles à gérer habituellement, deviennent nos leaders naturels. Ceux qui vont pousser le groupe à être plus créatif », disait Sylvie Gervais, titulaire d’une maîtrise en activité physique et santé et fondatrice du projet Enfant Nature au magazine 100 degrés, il y a un an.

Je suis de l’école du « laissez les enfants résoudre leurs propres problèmes ». C’est arrivé un peu par paresse — j’étais lasse d’arbitrer des guéguerres de « un tel m’a dit telle affaire », « il ne veut pas partager », « c’est moi en premier, non moi » et tutti quanti. Je me suis vite rendu compte que mes « trouvez une solution » étaient redoutablement efficaces tant pour régler le conflit que préserver mes énergies. Et je les trouve belles, mes filles, quand elles négocient un consensus, qu’elles collaborent ou qu’elles se défendent contre une attaque.

Je me suis un jour demandé : est-ce que nous, parents d’aujourd’hui, sommes trop présents auprès de nos enfants ? Ou plutôt, sommes-nous mal présents ?

Qu’en pensez-vous ? J’ai envie de vous entendre sur le sujet.

À vous de jouer !

Chaque semaine, notre journaliste aborde des enjeux qui touchent la vie de famille. Santé, éducation, loisirs, gestion du temps, tout ce qui préoccupe les familles y sera abordé. Vous avez des questions qui demeurent sans réponse, des trucs à partager ou des suggestions­ de sujets?

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