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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Raynald Cloutier poursuit ses recherches et sa quête de vérité, mais craint que le dossier soit une nouvelle fois relégué aux oubliettes.
Raynald Cloutier poursuit ses recherches et sa quête de vérité, mais craint que le dossier soit une nouvelle fois relégué aux oubliettes.

Le mystère qui crève le cœur

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CHRONIQUE / Les coupures de journaux et les documents tapissent la table de la salle à manger. Raynald Cloutier fouille, et fouille encore. Il essaie toujours de comprendre, et craint que le silence ne se fasse de nouveau sur cette question qui le hante sans cesse depuis des mois: qui a bien pu déterrer le cercueil de sa défunte épouse, à deux reprises?

L’histoire avait fait grand bruit partout au Québec, en novembre dernier. Raynald Cloutier dénonçait une situation absolument inadmissible. Pour la seconde fois en trois ans, la sépulture de Francine Trudeau avait été profanée au cimetière Saint-Michel de Trois-Rivières, alors que des malfaiteurs avaient creusé la terre jusqu’à son cercueil. Une première fois en 2017, où ils se sont butés à une voûte d’acier qui avait été placée sur le cercueil lors de son enterrement en 1990. Puis une deuxième fois dans la nuit du 25 au 26 octobre 2020. Cette fois, ils avaient pris soin d’apporter les outils nécessaires pour percer la voûte d’acier, et ont même découpé le cercueil pour se rendre jusqu’aux mains de la défunte.

Une enquête a été ouverte par la police de Trois-Rivières. Le conseil de fabrique a également discuté de la sécurité entourant le cimetière.

M. Cloutier avait offert une récompense à quiconque détiendrait de l’information menant à la personne responsable. À trois reprises, lors de la parution de l’histoire dans les médias, le téléphone a sonné chez lui. Des gens qui ne souhaitaient aucune récompense, qui voulaient seulement donner une information.

Les trois fois, l’information pointait vers la même personne. M. Cloutier a transmis cette information à la police de Trois-Rivières. «On m’a dit qu’on ne pouvait rien faire si on n’avait pas de preuves. Ça je le comprends, mais ils auraient au moins pu aller rencontrer cette personne, la questionner. Personne n’a été rencontré, et on ne nous donne pas tellement de nouvelles», déplore-t-il.

Et depuis, plus rien. Malgré l’information transmise aux policiers, l’enquête n’avance pas. Et à ce qu’on a laissé savoir à M. Cloutier, la fabrique de la paroisse du Bon-Pasteur n’ajoutera pas de caméras dans le cimetière, ce qu’il réclamait.

«On a l’impression que c’est encore tombé entre deux chaises. Mais moi je n’accepte pas ça. Lorsque j’ai acheté le lot au cimetière, on m’avait indiqué qu’il y avait de la surveillance de nuit, qu’il y avait un gardien. Il n’y en a pas. Il y a un responsable qui est sur les lieux, mais il est dans la maison et il dort la nuit. Les deux fois, personne ne s’est rendu compte de rien. Ce n’est pas ça que j’appelle un gardien», mentionne-t-il.

En octobre dernier, des malfaiteurs ont déterré, pour la seconde fois en trois ans, le cercueil de l’épouse de Raynald Cloutier.

À la paroisse du Bon-Pasteur, qui gère le cimetière, le coordonnateur Michel Lévesque rappelle qu’un cimetière est un lieu public et qu’il ne serait pas, pour cette raison, possible de le clôturer davantage et d’en interdire l’accès. Par ailleurs, étant donné la présence de nombreux arbres et l’absence d’électricité en dehors des accès principaux, il en coûterait des dizaines de milliers de dollars pour poser un système de caméras digne de ce nom. Étant donné le caractère exceptionnel d’un tel événement, un investissement aussi important n’est pas nécessaire, a jugé le conseil de fabrique.

Michel Lévesque souligne par ailleurs que la présence d’un gardien de nuit, de la façon dont Raynald Cloutier l’entend, n’est pas un service habituel dans des cimetières de villes de la taille de Trois-Rivières, et que la présence d’un responsable, même s’il n’effectue pas des rondes durant toute la nuit, est un service jugé suffisant dans le contexte.

Raynald Cloutier n’en démord pas: la personne qui a fait ça savait très bien ce qu’elle faisait et où elle devait creuser. Le lot acheté au cimetière Saint-Michel est très grand, il peut facilement accueillir six à huit cercueils directement autour de la pierre tombale. Mais les deux fois, le ou les malfaiteurs ont creusé exactement à l’endroit où se trouvait le cercueil de Francine, au centimètre près.

«Ça ne peut pas être personne d’autre qu’un professionnel, quelqu’un qui connaissait parfaitement l’aménagement du cimetière», mentionne M. Cloutier.

Raynald Cloutier a toujours soupçonné que le motif puisse être le vol, et ce, même si Francine Trudeau ne portait aucun bijou sur elle lors de l’enterrement. À l’époque, la dame de 40 ans est décédée des suites d’une maladie. M. Cloutier, peiné par la perte de sa femme et occupé à prendre soin de ses enfants, a accepté l’offre d’un ami pour qu’il planifie pour lui les funérailles. Il a accepté l’achat d’une voûte, sans trop poser de questions.

Aujourd’hui, il réalise que la présence de cette voûte a pu susciter la curiosité de ceux qui ont fait le coup, et que ces derniers étaient au courant que le cercueil était protégé par ce bouclier. «Francine portait souvent des bijoux de son vivant. Mais quiconque est venu au salon funéraire en 1990 a pu constater qu’elle n’en portait pas lors de l’enterrement», rappelle-t-il.

Même plusieurs mois après la profanation de la tombe de son épouse, il entend maintenir la récompense promise à celui ou celle qui détiendra l’information menant au responsable de cette macabre opération.

À la police de Trois-Rivières, le sergent Luc Mongrain indique que malheureusement, l’enquête n’a pas vraiment avancé, qu’on nage un peu en plein mystère. «Il n’y a pas eu de témoin de la scène, et nous ne détenons aucune information probante», indique-t-il. Questionné à savoir si une personne d’intérêt, identifiée par plusieurs auprès de M. Cloutier, aurait ou non été rencontrée, il ne pouvait infirmer ou confirmer cette information.

Bref, rien pour atténuer la colère qui habite Raynald Cloutier, lui qui souhaiterait donc pouvoir dormir sur ses deux oreilles en sachant que plus personne ne viendra déterrer le corps de Francine, qu’elle pourra enfin reposer en paix.